Raphaël Pichon: Rameau en trois actes

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Raphaël Pichon

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(Québec) Le chef Raphaël Pichon n'est qu'au début de la vingtaine lorsqu'il fonde l'ensemble Pygmalion, un choeur et orchestre consacré au répertoire sur instruments d'époque aujourd'hui associé à l'Opéra de Bordeaux. À 30 ans, il s'offre les Violons du Roy pour son premier pupitre outre-Atlantique.

Il a pu voir jouer l'ensemble de Québec au Théâtre des Champs-Élysées en janvier dernier, sous la direction de Bernard Labadie et avec la mezzo-soprano Magdalena Kožená. Jusqu'à il y a trois ans, Raphaël Pichon menait lui-même une carrière de contre-ténor, en parallèle de celle de chef. Sa formation musicale a été marquée par le piano, le clavecin, le violon et le chant, même si le désir de diriger s'est imposé dès l'adolescence.

«Je crois que j'avais ça en moi. Pour moi, l'instrument, la voix, c'était une façon d'être de l'autre côté du miroir et d'apprendre le métier de chef. C'était la meilleure manière, je crois, d'être soi-même acteur, avoir affaire à des chefs différents et se nourrir de cette expérience», explique-t-il.

Pichon fait partie de cette génération de chefs qui travaillent et dialoguent avec les musiciens, plutôt que de les écraser d'une farouche autorité. «Au fond, on ne fait qu'agiter de l'air, on ne crée pas de son. Je ne peux pas faire sans eux, donc je fais à partir d'eux. S'il y a une autorité, elle est seulement musicale», indique-t-il. Une idéologie qui ne l'empêche pas, toutefois, d'avoir des idées claires et arrêtées sur la manière de faire vivre les pièces sur scène.

Même si son propre ensemble joue sur des instruments anciens, «un culte transmis par ses aînés», le jeune Français se dit sans préjugés pour les instruments modernes des Violons du Roy: «Ce qui m'intéresse, c'est la musique, l'investissement, la qualité d'écoute, la volonté des musiciens de sortir de la partition la vision du compositeur. Les instruments restent des médiums», assure-t-il.

La première partie du programme a été élaborée avec Laurent Patenaude, à la direction de l'administration artistique des Violons, «avec l'idée d'avoir un programme de Noël et de mettre en valeur certains solistes». Le Concerto en la majeur pour flûte, violon et violoncelle de Telemann mettra de l'avant la flûtiste québécoise Anne Thivierge, qui collabore avec l'ensemble Pygmalion depuis ses débuts, ainsi que la violoniste Nicole Trotier et le violoncelliste Benoît Loiselle, des membres réguliers des Violons.

Le concert s'ouvrira sur une note italienne avec Concerto grosso en sol mineur, op. 6, no 8 «pour la nuit de Noël», de Corelli. «Chez Corelli, tout est simple. Il y a juste un plaisir du son et de l'harmonie. De la musique à l'état pur, dans son état le plus beau», souligne le chef à propos de ce duel entre deux ensembles à cordes. «Au regard du reste du programme, c'est toutefois un répit tout à faire nécessaire et agréable», note-t-il.

Petit opéra sans paroles

Pour la seconde partie du concert, Pichon a proposé un collage de pièces tirées des opéras de Rameau, «sa marque de fabrique», qu'il a baptisé Le théâtre de Rameau. Musicalement, même sans paroles, le petit opéra aura beaucoup de couleurs et de textures, assure le chef. «On peut passer d'un caractère très dense, très noir et très dramatique à tout à coup un caractère très léger, très simple, très naïf.»

La structure du collage respecte la construction d'une tragédie lyrique française, avec une ouverture suivie de trois actes. «Notre Ouverture, tirée de Zaïs, est peut-être la plus redoutable de toutes, prévient le chef. Elle décrit le chaos, du coup elle est très morcelée. C'est très mécanique et très délicat à exécuter.»

S'il n'y a pas nécessairement de trame narrative claire, le chef aime bien diriger en ayant en tête «cette idée d'un amour impossible qui finit par le devenir, un Roméo et Juliette transposé dans différents univers mythologiques».

Au fil de cette histoire pleine de tensions et de moments sombres, chaque acte aura un petit mouvement de réjouissance, plus léger, dans la tradition lyrique française.

Parmi les prochains projets de Raphaël Pichon, il dirigera justement les musiciens et le choeur de Pygmalion pour la création de Dardanus de Rameau aux Opéras de Bordeaux, de Versailles et de Saint-Pétersbourg, avec Frédéric Antoun dans le rôle-titre et Karina Gauvin en Vénus. L'année 2015 marquera aussi un premier disque consacré à Mozart avec son ensemble et leurs débuts à Amsterdam, à Lisbonne, au Brésil et à Vienne.

***

Vous voulez y aller?

Quoi: Un festin de Roy

Qui: les Violons du Roy, dirigés par Raphaël Pichon

Programme: Concerto grosso en sol mineur «pour la Nuit de Noël» de Corelli, extraits de Tafelmusik de Telemann et extraits de différents opéras de Rameau

Quand: jeudi 18 décembre, 20h

Où: salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm

Billets : 51 $ à 71 $ (23 $ pour les 30 ans et moins)

Info: 418 641-6040

Note: le concert est représenté le lendemain à 19h30 à la salle Bourgie à Montréal

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