Frédérick Gravel: déjouer les codes de la perfection

Les créations chorégraphiques de Frédérick Gravel sont à... (Photo Denis Farley)

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Les créations chorégraphiques de Frédérick Gravel sont à mi-chemin entre le show rock garage et la performance, avec le côté festif du music-hall, et visent autant à faire danser qu'à faire penser.

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(Québec) La beauté est-elle dans l'oeil de celui qui regarde? Elle est plutôt dans les imperfections de la création et dans les projets singuliers, croit le chorégraphe Frédérick Gravel. Ses acolytes et lui viennent nous présenter Usually Beauty Fails (UBF), un spectacle créé à Danse-Danse il y a deux ans et déjà présenté en Finlande, en France et aux Pays-Bas.

Depuis 2008, Frédérick Gravel s'impose comme une étoile montante en danse contemporaine et il y a de quoi s'étonner qu'aucun de ses spectacles n'ait encore été présenté dans la capitale. Il a participé à plusieurs projets théâtraux ou musicaux hybrides, comme le spectacle Mutantes de Pierre Lapointe, en plus de signer quatre spectacles : Gravel Works (un cabaret hétéroclite sur le processus artistique), Tout se pète la gueule, chérie (sur le désarroi du mâle contemporain), UBF et Ainsi parlait, en collaboration avec le dramaturge Étienne Lepage.

Ses créations chorégraphiques sont à mi-chemin entre le show rock garage et la performance, avec le côté festif du music-hall, et visent autant à faire danser qu'à faire penser.

Q Qu'est-ce qui est à l'origine de la création de Usually Beauty Fails?

R Je me suis demandé ce que je pouvais faire de beau et que je ne pourrais pas juger. La beauté est une construction sociale. Même en faisant une démarche sincère, je me trouvais à introduire plein d'images qui m'avaient été mises dans le crâne par la publicité, ou la grosse machine de la pop.

Q Voulais-tu créer quelque chose d'esthétiquement beau ou quelque chose de touchant?

R J'avais envie de jouer avec l'idée de la beauté retouchée et magnifiée, mais puisqu'on est live, nécessairement, il allait y avoir de l'imperfection. Pour susciter l'émotion, au cinéma et en musique, par exemple, il y a aussi des recettes et des lieux communs. Mais c'est dans les détours, dans les imperfections justement, que je commence à trouver ça beau.

Q Comment cette idée d'imperfection, rarement associée à la danse, se traduit-elle sur scène?

R J'intègre des segments d'improvisation, où nous sommes plus vulnérables. Ils sont aussi longs à travailler que les portions chorégraphiées, parce qu'il faut trouver l'angle, l'état, ce qui fait que ça va être intéressant. C'est un combat compliqué au début, mais c'est plus facile à garder vivant au fil des représentations.

Q Tu as étudié en sciences politiques puis en danse à l'UQAM, avant de rassembler tes intérêts dans un mémoire de maîtrise sur le rôle de l'artiste dans la société démocratique. Quelle conclusion en as-tu tirée?

R Je vais essayer de résumer! Une société vraiment démocratique donnerait la chance aux gens de se constituer, de s'éduquer et d'arriver à une opinion éclairée et à ce que chacun ait son projet d'être quelqu'un. L'artiste crée des expériences qui aident à constituer des pensées. Ce serait donc, en quelque sorte, le modèle de citoyen démocratique idéal, parce qu'il travaille à son projet à lui, qui le forme comme un individu singulier.

Q Pendant tes spectacles, tu commentes ce qui se déroule sur scène au micro. Pourquoi   as-tu besoin de cette deuxième couche de discours, au-delà de la danse et de ce qu'elle peut évoquer?

R Je créais des morceaux qui se tenaient en eux-mêmes, et je n'arrivais pas vraiment à les lier sans que la transition soit un peu fausse. Je me suis dit : «Ce n'est pas grave, je vais juste venir expliquer que maintenant, je vais faire autre chose.» Pour moi, c'était plus franc, plus honnête. Dans un spectacle de musique, c'est très courant que l'auteur-compositeur-interprète explique et présente ses chansons, ou raconte une anecdote pour créer une connexion avec le public. En danse, quand cette connexion est créée, il y a comme une zone de confort, on peut aller assez loin esthétiquement et conceptuellement et les gens nous suivent.

Q Ce rôle de commentateur comporte certains défis, comme de devoir s'exprimer dans différentes langues selon l'endroit où est présenté le spectacle et de devoir renouveler ton discours soir après soir. Comment le vis-tu?

R Je ne suis pas exactement la même personne en anglais et en français. Je n'ai pas le même humour, alors ça fait du bien de changer de langue. À Rome, quelqu'un traduisait tout ce que je disais au fur et à mesure en italien, alors ça donnait complètement autre chose. Je surfe constamment pour ne pas être trop technique ou trop anecdotique dans mes commentaires. Il faut trouver un élan, se nourrir de l'instant et en même temps avec une ligne. Je crois que je comprends ce que vivent les gens qui font du stand up.

Q UBF est à géométrie variable, puisque les trois musiciens, dont tu fais partie, et

les six danseurs changent constamment. Qu'est-ce que ça apporte au spectacle?

R On se trouve à faire un peu de tout, comme des one man band. À Québec, il y aura Stéfan Boucher, celui qui a écrit la plupart des chansons, et Vincent Legault, qui fait partie du band Dear Criminals. On a chacun notre synthétiseur, donc tout dépendant de qui est là, les sonorités et les arrangements changent. Avec les danseurs, on essaie que tout le monde puisse faire tout, et dépendamment qui est là, on redistribue le matériel à jouer. C'est ce qui est intéressant : l'objet [artistique] existe, et on peut le triturer.

=> Vous voulez y aller?

  • Quoi : Usually Beauty Fails
  • Qui : Frédérick Gravel
  • Quand : mardi, mercredi et jeudi à 20h
  • : salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre
  • Billets : 50,50 $ (41,50 $ étudiants et 60 ans et plus)
  • Info : 418 643-8131

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