Le Messie selon Trevor Pinnock

Fidèle à son habitude, Trevor Pinnock, 67 ans,... (Photo Peer Lindgreen)

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Fidèle à son habitude, Trevor Pinnock, 67 ans, dirigera les Violons du Roy et la Chapelle de Québec tout en jouant du clavecin durant les arias duMessie.

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(Québec) C'est sous la houlette du réputé chef d'orchestre et claveciniste Trevor Pinnock que les Violons du Roy partageront leur nouvelle lecture du Messie. Fin connaisseur de l'univers baroque et de l'oeuvre de Handel, le maestro britannique renoue avec l'ensemble, ainsi qu'avec les chanteurs de la Chapelle de Québec, après une pause de 10 ans. Le Soleil l'a joint à son domicile de Londres.

Q Vous avez joué le Messie à maintes reprises et vous l'avez également enregistré. Comment l'abordez-vous aujourd'hui? Tentez-vous d'y dénicher de nouveaux éléments?

R Quand vous avez une pièce aussi formidable, c'est toujours un nouveau périple... Évidemment, vous pouvez essayer de créer de nouveaux éléments d'une manière qui pourrait être artificielle. Je crois plus que le voyage devient nouveau, peu importe quelles sont vos bases. C'est un peu comme marcher dans le bois. Vous y marchez tous les jours, mais c'est constamment différent, la lumière n'est pas la même, il y a différentes couleurs selon les saisons et c'est ainsi avec l'interprétation d'une pièce : il y a toujours des découvertes au cours du voyage.

Q Qu'y a-t-il de spécial avec le Messie, pourquoi y retourne-t-on année après année, génération après génération?

R Handel avait une foi très profonde et il était un grand humaniste; il comprenait bien l'Homme. Il présente la condition humaine dans le Messie d'une manière qui est compréhensible pour tous, qu'importent les croyances. Il faut se rappeler qu'à l'époque de Handel, vous aviez la foi chrétienne ou vous alliez en enfer. Il n'y avait pas d'autres options comme aujourd'hui, où l'on trouve un supermarché de toutes les expériences spirituelles possibles; ça n'existait pas à l'époque de Handel et en un sens, ce devait être plus simple.

Q Vous avez dirigé avec doigté et précision plusieurs autres oeuvres de Handel. En quoi ceci vous a outillé pour vous attaquer au Messie?

R De connaître les autres oeuvres permet de construire un portrait de ce qu'est le Messie. À titre de musicien, on doit parvenir à établir une relation personnelle avec les compositeurs, qu'importe s'il s'agit d'Handel, de Stravinsky ou de Mozart. On doit les connaître personnellement, en quelque sorte. Et, bien sûr, ce qu'on doit faire, c'est utiliser notre instinct musical et d'essayer d'être aussi près des compositeurs que possible. Alors je me retrouve à fonctionner avec une sorte de processus imaginaire, où si je veux faire quelque chose d'une certaine façon, je dois consulter Handel, je dois l'appeler pour lui demander «est-ce que c'est OK?» et ma conscience musicale me dira «oui, c'est OK» ou non. À quel point Handel est impliqué, c'est bien sûr une question à débattre, mais je fonctionne beaucoup avec l'instinct, je ne suis pas tellement scolaire. Je dois restreindre mon instinct avec mes connaissances scolaires, mais pour moi ce qui est le plus important est d'être près du compositeur par l'entremise de la musique.

Q Au cours de votre carrière, vous avez travaillé de près avec des ensembles sur instruments d'époque, mais aussi avec des instruments modernes. Qu'apporte à vos oreilles l'approche des Violons du Roy, qui marie les deux, avec des archets qui sont des répliques des archets d'époque?

R C'est profondément musical. Pour moi, travailler avec des instruments d'époque a été et continue d'être une passion, mais, au final, l'instrument demeure un instrument. Ce n'est pas la musique, ce n'est pas le fondement. Il faut se rappeler ça. Et c'est parfaitement possible de faire de la très bonne musique et de servir pleinement le Messie avec des instruments à la manière des Violons, qui est évidemment influencée par l'apprentissage historique, mais sur des instruments modernes.

Q Le travail à titre de chef invité est différent de celui d'un chef qui a son propre ensemble. Combien de temps de répétition est nécessaire pour parvenir à faire ce que vous souhaitez avec un ensemble?

R Ça fait plusieurs années depuis que j'ai eu mon propre orchestre: 12 ou 13 ans et j'ai passé mon temps à travailler avec différents autres orchestres, la plupart avec des instruments modernes et quelques orchestres symphoniques. [...] c'est une portion de ma vie, car je donne aussi des concerts en solo. Il y a plusieurs orchestres avec lesquels je collabore sur une base régulière, donc la plupart me connaissent. Le mieux on se connaît, le plus on se fait confiance. Et peut-être que la chose la plus importante quand on fait de la musique est la confiance, de savoir qu'on peut faire de la musique ensemble. Pour ce qui est de la durée nécessaire, ça dépend de la longueur d'une pièce et, en fin de compte, du temps que vous avez avant un concert, car vous devez finir par donner la performance. On peut toujours faire plus, mais on doit performer. Je ne travaille pas avec les gens lorsqu'on m'offre trop peu de répétitions, j'en veux suffisamment.

Q Plusieurs de vos enregistrements avec The English Concert ont été réédités ces dernières années. Les avez-vous réécoutés et y changeriez-vous quelque chose aujourd'hui?

R J'en ai entendu, surtout par hasard, mais je suis très occupé à titre de musicien et je vis profondément dans le présent avec ce que je fais: créer de la musique. Pour moi, c'est plus important que de réécouter du vieux matériel. Sans doute que je referais les choses différemment, car la musique n'est pas faite pour être jouée d'une seule façon. Il n'y a pas une seule vérité. Et c'est naturel dans une vie de changer certaines choses et que cela se traduise dans d'autres aspects de la vie. On est fondamentalement les mêmes personnes, mais en vieillissant, il y a différentes façons d'aborder les choses.

Q Vous avez enregistré beaucoup avec The English Concert et tourné autour du monde à une période où jouer sur des instruments d'époque était loin d'être chose commune. La décision de quitter cet ensemble en 2003, après 30 ans d'activités, n'a pas dû être facile. C'était votre bébé, vous l'aviez fondé...

R Ç'a été une décision très difficile. Ça m'a pris plusieurs années à figurer le processus. D'abord de comprendre que le temps était venu pour moi de quitter et de m'en aller dans une autre direction, ensuite de faire le plan pour expliquer ça à l'orchestre et, enfin, d'élaborer les plans pour passer à l'action. J'avais besoin de leur donner deux ans pour qu'ils fassent leurs ajustements, pour qu'ils se trouvent un nouveau chef ou pour qu'ils s'arrêtent et se disent «on a eu 30 années formidables». Ils ont décidé de se trouver un nouveau directeur musical [Andrew Manze, puis Harry Bicket] et ils ont du succès à faire surtout des opéras, en faisant des choses différemment de la manière dont je le faisais. Et, bien sûr, je ne savais pas ce qui m'arriverait ensuite. Donc, j'ai sauté d'une falaise, dans l'inconnu. C'est une très bonne chose à faire, car toutes sortes de choses se produisent et j'ai eu d'autres développements musicaux formidables qui en sont ressortis et qui ont continué d'attiser ma passion.

Q Quel est votre souci premier lorsque vient le temps d'interpréter une oeuvre? Y a-t-il une quête qui sous-tend l'ensemble de votre travail?

R Ma quête a toujours été de chercher comment faire parler la musique, de manière à ce qu'elle signifie quelque chose pour les gens. Je suis davantage obsédé par ça que par l'idée de comment ça sonnait dans le passé [sur des instruments d'époque]. C'est très intéressant, dans un sens, mais je suis un musicien, pas un historien, alors mon obsession est «comment pouvons nous rendre ça vivant? Quelle est la vie intrinsèque de cette musique?»

***

Vous voulez y aller?

Qui: Les Violons du Roy et la Chapelle de Québec sous la direction de Trevor Pinnock

Quand: jeudi à 20h et dimanche à 14h

Où: Palais Montcalm

Billets: de 65 $ à 89 $; 23 $ pour les 30 ans et moins

Tél.: 418 641-6040

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