Dans la maison d'Adam Cohen

Adam Cohen... (La Presse, Marco Campanozzi)

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Adam Cohen

La Presse, Marco Campanozzi

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Alors que sa carrière n'allait nulle part, Adam Cohen a choisi d'embrasser l'héritage de son célèbre père, le chanteur et poète Leonard Cohen. Après Like a Man, certifié disque d'or au Canada en 2012, il a lancé cet automne l'album We Go Home, qui fait aussi dans la poésie acoustique pour laquelle son père est reconnu. Le Soleil a rencontré, dans la résidence familiale de Montréal, celui qui sera en spectacle jeudi au Palais Montcalm.

Après avoir franchi la porte de la maison de pierre taillée du Plateau Mont-Royal, on aperçoit deux dessins peints dans le portique: un homme dans une bouteille à la mer et un fedora duquel tombe la pluie, des oeuvres qui figurent sur les deux derniers albums d'Adam Cohen. Même s'il habite maintenant en Californie et qu'il a grandi en France et en Grèce, c'est dans la résidence familiale de la métropole que le fils de Leonard Cohen se sent vraiment chez lui.

Un peu plus loin, on voit sur un secrétaire une photo d'Adam et de sa soeur Lorca en compagnie de leur illustre paternel et, sur des crochets, un chapeau de cowboy et... un fedora. Décidément, on est un Cohen ou on ne l'est pas!

«Ma mère est Américaine et elle a vécu 30 ans en France, mais malgré tous les pays où j'ai vécu, c'est tout de même ici la maison avec un grand M. C'est ici que je suis né, c'est ici que j'ai développé mes rêves», raconte Adam Cohen, installé à la table de la cuisine et entouré d'un mobilier délicieusement rétro.

Mythologie montréalaise

Quand il dit «ici», il parle à la fois de la résidence, de la ville et du Québec. «Quand on veut donner une religion à ses enfants, on ne leur dit pas tout, on leur en montre les monuments», illustre le chanteur de 42 ans pour parler de son attachement à Montréal.

«Lorsque j'habitais la Grèce, New York ou la France, mon père me parlait toujours de Montréal et du Québec d'une façon mythologique: les femmes montréalaises, les rues, les poètes, les vieilles maisons victoriennes, les grands hommes politiques comme Lévesque et Trudeau et aussi la bouffe comme les bagels, les cornichons à l'aneth...» se souvient-il en mentionnant ces images qui ont marqué sa jeunesse.

Adam Cohen estime que sa connexion spéciale avec sa ville natale vient du fait qu'il fait partie de la diaspora québécoise. «On retrouve toujours chez les gens de la diaspora un feu qui brûle beaucoup plus vivement, c'est le feu de leur culture, l'empreinte d'où ils viennent. Les gens comme moi ont besoin de nourrir cette flamme parce qu'ils sont loin de la source», explique celui qui habite maintenant Los Angeles.

La langue

Et au-delà du Québec et de sa mythologie, c'est aussi un amour profond de la langue française qui unit Leonard et Adam Cohen. Même si on entend rarement le paternel s'exprimer dans la langue de Molière, le fils parle un français impeccable du fait qu'il a résidé longtemps en France.

«Il y a une fierté énorme chez mon père de savoir que son fils parle le français. Chaque fois que je suis avec lui et qu'on lui parle en français, il me pointe en souriant pour que je réponde à sa place. C'est arrivé récemment alors qu'on était tous les deux sur un banc public à L. A. et qu'un couple de Québec est venu nous voir pour nous dire qu'ils avaient vu mon père à la Place des Arts et moi au Palais Montcalm», raconte-t-il.

C'est également arrivé à l'Olympia de Paris quand l'ex-président français Nicolas Sarkozy et sa femme Carla Bruni sont venus les saluer. «Mon père m'a pris par le bras et m'a dit qu'il voulait qu'on sache qu'il avait élevé des enfants francophones!» indique le fils en avouant qu'il côtoie lui-même davantage la communauté francophone que la communauté anglophone quand il est au Québec.

«Chez mon père, il y a aussi cet amour de la langue française, même s'il ne l'utilise pas dans sa poésie et ses chansons. Il reconnaît la magie de la langue, mais sait aussi qu'il ne la maîtrise pas autant que l'anglais. Il ne faut pas oublier non plus qu'il a refusé en 1968 le Prix du Gouverneur général, car à l'époque, c'était considéré comme "a canadian award" et qu'il sentait davantage une appartenance au Québec», raconte Adam.

En fumant une clope dans sa cour arrière alors qu'une brise froide se faisait sentir en ce début du mois de novembre, Adam Cohen risque une théorie quant à la préservation de la langue et la culture francophone au Québec.

«Je crois que c'est comme la nourriture: la culture québécoise francophone se fait préserver par le froid. Imaginez si on avait ici le temps qu'il fait à Miami, le Québec deviendrait comme New Orleans, ce serait un parc à thème parce que tout le monde de partout voudrait s'y installer. Heureusement qu'il y a le froid pour le protéger de toutes ces influences!» conclut-il.

***

Vous voulez y aller?

Qui: Adam Cohen (invitée: Stéphanie Lapointe)

Où: Palais Montcalm

Quand: jeudi 27 novembre à 20h

Billets: 46 $, 23 $ (30 ans et moins)

Tél.: 418 641-6040

Site Web: www.palaismontcalm.ca

Épicurien impénitent

La réputation d'Adam Cohen le précède: comme son père, il est reconnu pour apprécier particulièrement la bonne chère, les bonnes bouteilles et le charme des femmes. Une réputation que le principal intéressé ne tente pas de nier.

Comme notre rencontre se déroule à l'heure du dîner, l'artiste profite d'ailleurs de l'occasion pour nous faire découvrir Omnivore, un petit resto méditerranéen situé à deux pas de chez lui et où il a ses habitudes.

«Ça, c'est vraiment le rêve américain», nous explique-t-il. «Le propriétaire de ce restaurant était un chauffeur de taxi originaire du Liban qui a un jour décidé de lancer son propre petit business au coin de Saint-Laurent et Marie-Anne.»

Durant le repas, l'épicurien nous raconter ses coups de coeur alimentaires aux quatre coins du monde. «J'adore la bouffe libanaise et à Paris, la cuisine libanaise profite de l'influence de la cuisine française. L'houmous, le pain, le sel...» raconte celui dont les pensées retournent soudainement en Europe.

«En Grèce, quand tu manges une tomate ou du basilic, c'est comme si tu n'en avais jamais mangé avant. Et quand tu dégustes une salade là-bas, tu comprends le sens du mot alchimie, comment un produit devient magique quand il est converti avec les mains, avec la volonté», poursuit-il, un sourire illuminant son visage et un éclair dans les yeux.

«Quand tu te demandes pourquoi tu n'avais jamais goûté cela avant, le chef t'explique que cette herbe, ce basilic, ce romarin, il l'a entretenu lui-même, que cet oeuf vient d'une poule de son voisin nourrie avec des graines faites spécialement pour elle, que cette huile d'olive vient de son jardin et qu'elle a été pressée à la main.»

L'alcool et le parfum

De retour à la résidence des Cohen, on remarque six bouteilles de téquila Gran Patrón sur une étagère de la cuisine. «Je voyage avec, c'est le seul alcool que je bois», avoue Adam. « La vodka me donne mauvais caractère, le vin me donne une mélancolie que je n'aime pas et le whisky, je ne touche pas à ça, car je suis allergique au gluten. Mais la téquila, quand j'en prends le soir, le lendemain ça va!»

Il avouera avoir essayé plusieurs marques avant de faire de la société de Las Vegas son unique fournisseur d'alcool. «Il y a beaucoup de fabricants et c'est un domaine où ça devient de plus en plus raffiné. C'est le début d'un mouvement vers la téquila faite à l'ancienne, à la main, sans sucre. Il y en a des millions, mais on peut se fier à celle-là», indique-t-il en avouant avoir toujours à portée de la main un petit flasque de sa boisson favorite.

«Un homme qui boit la même chose depuis 20 ans, qui porte le même parfum depuis 20 ans, c'est un homme à qui on peut se fier», lance-t-il d'ailleurs, en se gardant toutefois de révéler avec quelle essence il se parfume. «Je ne le dirai jamais...» laisse-t-il échapper, sourire en coin.

Adam Cohen se fait également discret au sujet de la gent féminine. «Les femmes? C'est très important, mais on n'en parle pas», lance-t-il sans en dire davantage.

La party tax

Il avoue aussi que sa réputation de fêtard est à peine exagérée. «Parfois, c'est vrai, parfois, c'est faux. Il faut payer la party tax! Si quelqu'un te dit qu'il y a une sagesse dans la vie de tournée, il ment. Ce n'est pas sage du tout! Je ne veux pas faire une tournée avec un prêtre, un psy et un entraîneur. Il faut un peu suivre nos instincts et faire de notre mieux.»

«Tu sais, une tournée, si tu ne bois pas, si tu ne fumes pas, si aucun flirt n'est possible et que tu n'as pas le droit de sacrer, ce n'est pas très amusant...» fait-il remarquer. «Tout ça, c'est comme un rêve d'ado que l'on vit. Ceux qui ne l'admettent pas sont des menteurs.»

L'idée est, pour le père du jeune Cassius, sept ans, de trouver un équilibre entre la vie de tournée et la vie de famille. «C'est plutôt maladroit de mélanger le côté domestique et le côté professionnel. Quand ma famille vient me retrouver sur la route, ce n'est qu'à moitié satisfaisant. Je ne veux pas les mettre dans une autre chambre, mais en même temps, je ne veux pas non plus rentrer saoul à 3h du matin...»

«Des fois, je quitte ma petite famille à L. A. et mon fils me dit : "Tu t'en vas encore? Pour deux mois?" Je l'avoue, parfois je me demande pourquoi je fais ça», indique le chanteur, qui dit obtenir sa réponse chaque fois que quelqu'un le croise sur la rue et lui dit, en souriant : «Bonjour Monsieur Cohen!»

«C'est incroyable, car autrefois, Monsieur Cohen, c'était mon père et que je suis moi aussi devenu Monsieur Cohen. Et cette reconnaissance, elle fait encore plus de bien à Montréal qu'à Copenhague ou à Berlin. C'est pourquoi je reviens toujours ici quand je me demande si cette carrière en vaut vraiment la peine», confie-t-il en terminant.

Repartir à zéro

Adam Cohen sait ce que veut dire repartir à zéro. Désillusionné, il a quitté l'industrie de la musique en 2007 avant d'effectuer un retour réussi avec l'album Like a Man, composé de 10 chansons qu'il avait mises dans un tiroir et qu'il ne pensait jamais partager, en 2012. Pour We Go Home, lancé cet automne, il a aussi dû tout recommencer.

«Cet album, j'ai dû l'écrire vite», fait remarquer Cohen, indiquant qu'il avait essayé de lancer un nouvel album très rapidement pour profiter du momentum de Like a Man. «Mais en bout de ligne, je me suis planté. J'ai fait un disque qui n'était pas assez naturel», explique l'artiste à propos de cet album enregistré à Los Angeles qui ne verra jamais le jour puisqu'il a décidé de le mettre de côté et de tout reprendre.

«Au fond, la musique, c'est comme une date, il faut que ça aille bien, qu'il y ait une symbiose, mais des fois ça ne coule pas. N'importe quoi peut venir bouleverser, nuire au potentiel de quelque chose, comme le petit pois dans le lit de la princesse», indique l'artiste en faisant référence au célèbre conte d'Andersen.

«Je me suis donc remis à écrire rapidement en me basant sur ces choses qui remplissent mes pensées. Qui suis-je? Comment je vais faire pour donner quelque chose au monde?» raconte-t-il.

Pour lui, il n'y a pas de recette magique lorsqu'il est question d'écrire des chansons. «J'aimerais être boulanger et avoir une recette fixe, mais ce n'est pas le cas... J'ai beaucoup de mal à contrôler quand l'inspiration vient. C'est comme être le serviteur de quelqu'un de très imprévisible. Des fois, à 4h du matin, il veut que je lui lave sa culotte ou, à midi, il veut que je le sorte en boîte. C'est un boss infernal!» illustre-t-il.

Le fils avoue aussi qu'il n'a pas la discipline de son père Leonard. «Lui, il a une très grande discipline. Il se lève toujours à 4h du matin et il écrit. Et il le fait tous les jours, quoi qu'il arrive», confie-t-il au sujet de la poésie et des chansons de son paternel.

We Go Home

Adam Cohen a aussi décidé d'enregistrer son plus récent album dans le salon des maisons familiales de Montréal et de l'île grecque d'Hydra. Une guitare prend d'ailleurs toujours place dans son salon montréalais, à l'ombre de la statuette soulignant l'admission de son père Leonard au Songwriters Hall of Fame.

C'est là qu'a pris forme le bien nommé We Go Home. L'ensemble à cordes prenait place devant lui, le batteur dans un coin du salon alors qu'Adam était sur le canapé avec sa guitare.

«J'avais amené quelques microphones et quelques instruments ici, c'était très "lo-fi". Dès que je me suis installé sur le canapé, c'était très satisfaisant, très naturel, très confortable. J'avais trouvé l'antidote à l'angoisse que je vivais», poursuit-il en indiquant que c'était la première fois de sa carrière qu'il devait faire face à des attentes en lançant un nouvel album.

En Grèce, où la moitié de l'album a été enregistré, il a opté pour la même simplicité. «Regarde, j'avais installé un microphone sur le tricycle de mon fils!» fait il remarquer en pointant cet arrangement particulier sur une photo.

Un point pour le Québec!

Chez les Cohen, l'amour du Québec se transmet de père en fils.

Il fallait voir les yeux d'Adam briller quand, durant l'entrevue, j'entreprends de lui raconter que j'ai rapporté une erreur au parc Legoland de Carlsbad, en Californie, qui présentait une miniature de la célèbre sculpture Québec Libre! d'Armand Vaillancourt, grand ami de Leonard Cohen, et indiquait à tort que l'artiste né à Black Lake, au Québec, était natif de la France.

Après avoir été mis au courant de sa bourde, le parc d'attraction a modifié l'explication inscrite à côté de l'oeuvre apparaissant sur la maquette en petites briques colorées de la ville de San Francisco dans le secteur Miniland U.S.A. afin d'indiquer que Vaillancourt était plutôt un Québécois. «Un point pour le Québec!» a lancé fièrement Adam Cohen après avoir serré la main de l'auteur de ces lignes.

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