Marie-Nicole Lemieux: à la française

Marie-Nicole Lemieux... (Photo Denis Rouvre)

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Marie-Nicole Lemieux

Photo Denis Rouvre

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(Québec) Lorsque nous avons attrapé - Marie-Nicole Lemieux la semaine dernière, celle-ci s'apprêtait à s'envoler vers Paris pour un concert. Un heureux plongeon dans la capitale française avant de revenir, la semaine prochaine, interpréter les plus beaux airs d'opéra français avec l'orchestre symphonique de Québec.

Au téléphone, la contralto québécoise est pétillante et désarmante de simplicité. Et, surtout, ravie à l'idée de venir présenter chez elle les airs d'opéra français qu'elle a enregistrés avec le chef Fabien Gabel et l'Orchestre National de France en 2010. Depuis le lancement du disque Ne me refuse pas, qui a reçu un Choc Classica ainsi que le Grand Prix de l'Académie Charles Cros, aucun spectacle ne lui a permis de prolonger «ce coup de foudre artistique» avec le chef français. 

Il faut dire que Marie-Nicole Lemieux a toute une gamme de prétendants, qui ne demandent qu'à la réinviter à chanter. Bernard Labadie, qu'elle confie avoir bien hâte de retrouver, Daniele Gatti, Antonio Pappano, Michel Plasson et Yannick Nézet-Séguin, par exemple, demandent à inscrire leur nom sur son carnet de bal, maintenant rempli trois ans à l'avance. «Quand le chef est inspirant, ça va tout seul», résume la belle rieuse.

Son faible pour le répertoire découle d'abord du fait qu'il lui permet de chanter dans sa langue maternelle. «J'ai la chance de bien comprendre les sous-textes. Le français, c'est très difficile à chanter pour les non-francophones, il y a beaucoup de sons différents. Ça prend encore plus de sens quand je chante en français en France, où ce répertoire est souvent boudé. Ça devient comme une mission», explique-t-elle.

Son italien a davantage été mis à contribution au cours de la dernière année, notamment dans Il Trovatore cet été à Salzbourg, le plus grand festival d'opéra au monde. «Ils ne l'avaient pas fait à Salzbourg depuis 1962», note-t-elle. N'hésitant pas dire que Salzbourg est à l'opéra ce que Cannes est au cinéma, avec ses tapis rouges, ses séances de signature et son effervescence surréaliste, Marie-Nicole Lemieux se dit choyée de son été dans les Alpes autrichiennes. «Je crois que c'est un des derniers endroits au monde où les femmes mettent de grandes robes de gala pour aller à l'opéra.»

Réjouissant falstaff

Récemment, elle a aussi chanté dans Falstaff, un autre opéra de Verdi, sous l'égide de Robert Carsen, où elle côtoyait Lyne Fortin et Gerald Finley. «Une superbe production, il n'y a pas de temps mort, c'est luxuriant. Le public a ri, mais comme des fous!» décrit-elle. Elle retrouvait le chef Johannes Debus, qui dirigeait l'orchestre pour son premier Falstaff à Francfort en 2003. «Dans les théâtres allemands, c'est vraiment des usines, on fait cinq ou six opéras par semaine, et parfois on a juste dix jours de répétition. Je sentais que pour un chef, ça payait. Parfois, les chanteurs, ils nous arrivaient de manger un temps, et il nous rattrapait et je me disais : "ça, c'est l'expérience"», raconte-t-elle.

L'opéra a été créé à Covent Garden à Londres, puis présenté à La Scala de Milan. L'opéra d'Amsterdam et le Metropolitan Opera de New York ont aussi acheté la production, mais sans Marie-Nicole Lemieux. Le premier, parce que la chanteuse était déjà prise, et le second, parce qu'il a déjà sa liste de collaborateurs réguliers. «Tant pis pour eux!», s'exclame la dame en riant de bon coeur.

La contralto était bien contente que la production soit reprise à Toronto, à quelques heures de Montréal, ce qui a permis à ses parents d'aller la voir, et à son conjoint et à sa petite fille de ne pas trop s'ennuyer. «Je pouvais revenir à la maison sans prendre l'avion, c'était merveilleux», souligne-t-elle.

La patience de la contralto

Depuis que sa fille fréquente l'école, Marie-Nicole Lemieux a fait le choix de se limiter à trois productions d'opéra par année, et de saisir les occasions de chanter un peu plus près de la maison - une bonne nouvelle pour le public québécois. Cet hiver, elle chantera dans Samson et Dalila à l'Opéra de Montréal. Le public de Québec aura un bref aperçu de sa performance dans ce rôle à la fin du concert de mercredi prochain. «Je n'aurais pas pu faire Dalila il y a dix ans, note la chanteuse. La voix de contralto est une voix qui prend du temps à se développer, et les rôles intéressants arrivent quand la carrière est bien amorcée.»

La patience est donc de mise pour les contraltos. «Il faut laisser mûrir les aigus. J'avais très peur de faire de mauvais mouvements vocaux, et que je casse ma voix», se souvient Marie-Nicole Lemieux. «Quand j'ai commencé ma carrière, ça ne faisait même pas deux ans que je travaillais ma voix avec un nouveau professeur, Marie Daveluy. Ce qui m'a sauvée, c'est le baroque, où il y avait beaucoup de rôles de travestis et de contraltos, qui ne demandaient pas un ambitus [registre] vocal énorme.»

=> Vous voulez y aller?

  • Quoi : Une soirée à l'opéra avec Marie-Nicole Lemieux
  • Programme : Ouverture de Corsaire (Berlioz), L'invitation au voyage de Phydilé (Duparc), Cantique de Jean Racine (Fauré), extraits de Charles VI (Halévy), extraits de Faust (Gounod), ouverture de Mignon (Thomas), extraits de Carmen (Bizet), extrait de Horodiade (Massenet), extraits de Samson et Dalila (Saint-Saëns)
  • Avec : la contralto Marie-Nicole Lemieux, le chef Fabien Gabel, l'OSQ et le choeur de l'OSQ, sous la direction de David Rompré
  •  : salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre
  • Quand : mercredi le 26 novembre à 20h
  • Billets : 23 $ à 90,75 $
  • Info : 418 643-8131

Un Félix amer

Marie-Nicole Lemieux était tout heureuse d'être nommée pour un Félix à l'ADISQ, pour un disque enregistré avec l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières. «Je ne suis jamais là [aux galas]! Mais là, j'avais 10 jours entre deux représentations à Toronto et je pouvais y assister... J'ai écrit, mais personne ne m'a répondu», raconte-t-elle.

La contralto a été d'autant plus blessée que le soir du gala, qui était diffusé sur ARTE, ses colauréats ont mentionné qu'elle était retenue à Toronto... «Mais j'étais à Montréal, à 30 minutes de là!» se désole la chanteuse. Je ne considère pas encore que ce prix-là me revient. On m'a comme fait comprendre que ce n'était pas à moi, mais bien à Michel Tremblay et André Gagnon», indique Marie-Nicole Lemieux, pour qui les félicitations venues de toutes parts ont eu un goût amer. 

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