Violons du Roy: compliments aux chefs

Bernard Labadie n'a pas pu accompagner les Violons... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Bernard Labadie n'a pas pu accompagner les Violons pour cette tournée, mais il était bien présent dans l'esprit des musiciens.

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Si on peut dire que la tournée qui s'achève a été couronnée de succès pour les Violons du Roy, il faut toutefois préciser qu'elle s'est déroulée dans des circonstances inhabituelles. Privés de la présence de leur chef Bernard Labadie, en traitement pour un lymphome, et de plusieurs des membres réguliers, les musiciens ont dû prendre davantage de responsabilités pour maintenir leur niveau d'excellence.

Jonathan Cohen a dirigé les Violons du Roy... (Collaboration spéciale, Josianne Desloges) - image 1.0

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Jonathan Cohen a dirigé les Violons du Roy avec sensibilité et nuances tout au long de la tournée européenne. 

Collaboration spéciale, Josianne Desloges

Mathieu Lussier, bassonniste et chef en résidence, dirigera... (Collaboration spéciale, Josianne Desloges) - image 1.1

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Mathieu Lussier, bassonniste et chef en résidence, dirigera les deux prochaines tournées de l'ensemble. 

Collaboration spéciale, Josianne Desloges

«Je sens que les musiciens se sont beaucoup regroupés, qu'ils ont acquis une grande autodiscipline», note Laurent Patenaude, le directeur de l'administration artistique des Violons. Les chefs invités, aussi doués soient-ils, n'ont pas l'autorité d'un directeur musical ou d'un chef fondateur, rôle qu'avait choisi d'occuper Bernard Labadie avant d'être frappé par la maladie qui le tiendra éloigné des projecteurs jusqu'à la saison prochaine. Les musiciens ont donc vécu un double abandon. «En quittant la direction musicale, il pouvait nous rassurer en nous disant qu'il ne serait jamais loin», indiquent-ils. Le fait que la tournée européenne découle de la sortie d'un disque qu'ils ont enregistré sous la direction de leur mentor - si bien que lorsqu'ils jouent les pièces, les directives de Labadie résonnent encore à leurs oreilles - est aussi porteur d'émotion pour les musiciens.

«Ça aurait pu être un désastre, cette tournée-là», glisse le bassoniste et chef en résidence Mathieu Lussier, en route vers l'aéroport pour le vol du retour. «Mais on est vraiment tombés sur un chef exceptionnel. Jonathan est quelqu'un qui fait vivre la musique sur le moment. Il peut changer drastiquement sa manière d'aborder les pièces. Ça crée une forme d'excitation pour les musiciens de ne jamais savoir ce qui va se passer. Il ne contrôle pas l'orchestre, il le dirige, le sculpte.»

Le chef anglais nous a accueilli tout sourire, quelques minutes avant le concert, dans sa loge du Théâtre des Champs Élysées. «C'était un grand privilège de remplacer Bernard, qui a fait un si grand travail avec l'orchestre. Ce sont des musiciens généreux, plein de talent», a-t-il tenu à souligner d'emblée. Varier les phrasés à chaque concert est une approche toute naturelle pour le chef qui est aussi violoncelliste et claviériste. «Je ne connais pas exactement l'interprétation de Bernard, mais je crois que je ne suis pas trop loin de sa vision, de son style élégant, de ses idées sur la pratique d'exécution musicale, dans le respect historique des oeuvres.» 

Le chef Jonathan Cohen, tout sourire ... (Photo Michelle Seto) - image 2.0

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Le chef Jonathan Cohen, tout sourire 

Photo Michelle Seto

Le pianiste parisien Alexandre Tharaud, soliste vedette de cette tournée, fréquente les Violons du Roy depuis maintenant huit ans, ce qui lui a permis de développer une belle complicité avec l'ensemble. «Partout, ça a été un succès considérable, et surtout une énergie sur scène que j'ai rarement sentie avec d'autres orchestres. Une tournée aussi riche ne peut qu'épuiser les musiciens. Mais eux, les Violons du Roy, ils sont encore pétillants, ils ont une énergie considérable, qui se transmet au soliste et au public», indique-t-il.

La période particulière que traversent les Violons et Bernard Labadie le touche profondément. «C'est quand même le père des Violons du Roy, celui qui a formé cet ensemble, qui lui a donné un son, une couleur, une énergie. Ne plus vouloir en être le directeur artistique amène déjà une période de transition, le fait de savoir qu'il est dans son lit d'hôpital [ajoute de l'inquiétude]. On s'écrit tous les jours, mais c'est évidemment émouvant [...] pourtant, j'ai l'impression que l'orchestre n'a jamais été aussi soudé que maintenant.»

Malgré les épreuves, l'épopée a été mâtinée de rires et de belles folies, dont Tharaud a souvent été l'instigateur en jouant les agents de bord ou le préposé aux clés d'hôtel pour l'orchestre. «Et j'ai appris à jouer au aki! lance Tharauden s'illuminant. «Après les mains, je peux maintenant dire que je suis habile de mes pieds.»

Le pianiste a invité l'orchestre chez lui pour célébrer la fin de la tournée, et tout ce beau monde a pu festoyer en regardant le canal Saint-Martin et la ville qui brillait de mille feux. Un moment privilégié, presque familial, qui a terminé l'aventure parisienne sur une belle note.

Un voyage d'affaires en coulisses

Alors que sont publiées ces lignes, l'orchestre s'apprête à replier bagage pour mettre le cap sur l'Ouest canadien, tournée qui sera dirigée par le chef en résidence Mathieu Lussier. Celui-ci dirigera également la tournée américaine des Violons, avec le pianiste Marc-André Hamelin, en mars.

En l'absence de Bernard Labadie, Lussier s'est fait le porte-parole de l'orchestre dans les coulisses des salles de spectacle, où on construit l'avenir une rencontre à la fois. Depuis leur fondation il y a 30 ans, les Violons du Roy ont fait plus d'une quinzaine de tournées, évalue Laurent Patenaude, directeur de l'administration artistique. Les Violons se rendent en Europe tous les deux ans environ et aux États-Unis presque chaque année.

Occuper l'orchestre une trentaine de semaines par année est impossible en se limitant seulement à Québec et à Montréal, note Lussier. Les tournées, au-delà du rayonnement qu'elles apportent aux Violons, revêtent donc une importance vitale. Après un ou deux concerts, celui-ci s'est aperçu que personne ne représentait les Violons aux événements après-spectacles, qui offrent souvent de belles occasions de tisser des liens d'affaires.

«L'équipe de gens qui peuvent vendre des concerts n'est pas avec nous [en tournée]. Normalement, c'est Bernard [Labadie] qui s'occupait de tout ça», explique-t-il, heureux de se rendre utile.

Le chef associé a notamment pu discuter avec le directeur du théâtre impérial de Compiègne, qui a manifesté son intérêt pour accueillir les Violons. «Il ne pourrait pas se permettre des concerts de l'envergure de cette tournée-ci, mais ce serait peut-être l'occasion d'aller dans un plus petit circuit, qui mettrait davantage l'orchestre en valeur», juge Lussier.

D'autres projets de tournée, que nous avons promis de ne pas dévoiler ici, se dessinent aussi à l'horizon.

 

Le lot des jeunes parents

Les musiciens des Violons du Roy, dont la moyenne d'âge oscille autour de 40 ans, constituent ce qu'on peut appeler un «jeune» orchestre. Un qualificatif garant d'énergie, mais aussi de procréation...

Au fil des années, plusieurs couples se sont créés, dont celui de Benoît Loiselle et de Véronique Vychytil, qui ont deux enfants en bas âge. «Ils ont besoin d'un de leurs parents. Il y a l'école, et ils s'ennuient trop sinon», expose Loiselle, pour qui, comme bien d'autres dans l'orchestre, les rendez-vous familiaux sur Skype font partie du quotidien en tournée. Maman a gardé le fort pour cette fois, Papa lui cédera sa place pour la tournée canadienne des Violons, qui débute dans quelques jours.

Heureusement, l'orchestre peut compter sur des musiciens surnuméraires enthousiastes pour combler les sièges des absents. Et comme le dit le bassoniste Mathieu Lussier, dont les enfants sont déjà grands, «ça ne dure que quelques années, quand on y pense, c'est minime sur toute une carrière de musiciens».

Pourtant, lui-même semblait trouver la semaine en famille entre les deux tournées bien courte. 

***

Le casse-tête de la contrebasse

«C'est plus facile d'apporter un fusil dans un vol d'Air Canada qu'un alto», clame Michel Robitaille, directeur de tournée des Violons du Roy et complice de l'ensemble depuis les débuts.

Si les violons et les altos peuvent habituellement être comptés comme des bagages à main, c'est une tout autre histoire pour les violoncelles et surtout pour la monstrueuse contrebasse, qui cause bien des maux de tête en voyage. Il faut régulièrement que le contrebassiste Raphaël McNabney et lui prennent des vols ou des moyens de transport différents du reste de l'orchestre pour se rendre à destination.

«On pourrait adapter certains éléments du protocole des armes à feu aux instruments, comme le fait que seul le propriétaire peut les manipuler», soumet encore le directeur de tournée, qui voit régulièrement les musiciens tourner au vert en voyant la manière dont les douaniers suspicieux manipulent leur instrument.

«Mais bon... Pour chaque mauvaise histoire, il y a en 10 bonnes», nous assure McNabney. 

***

Leçon d'histoire

Quelques musiciens ont profité de leur passage à la ville aéroportuaire de Mérignac, en France, pour aller visiter Bordeaux, juste à côté.

«C'est plus aéré, en meilleur état que Paris, opulent, j'étais sous le charme, jusqu'à déclarer que c'était ma ville française préférée!» raconte le violoncelliste Raphaël Dubé, avant de se faire servir une petite leçon d'histoire par Alexandre Tharaud. «Je lui ai rappelé que si Bordeaux a cette architecture si flamboyante, c'est grâce à cette période atroce de l'histoire de France qu'est la traite négrière. Les armateurs, qui envoyait des bateaux d'esclaves noirs vers les Antilles, y ont fait fortune», indique le pianiste.

La remarque a eu pour effet de garder les jeunes musiciens aux aguets. «Dans les appartements du roi, où étaient nos loges à Versailles, je ne faisais que penser à toutes les décisions politiques qui avaient étaient prises dans ce trop-plein de beauté», note le violoncelliste Benoît Loiselle. 

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