Sur la route des Violons du Roy

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Les basses accordent leurs instruments avec un concert, sous le regard de l'altiste Issac Chalk.

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(Québec) Paris, 24 octobre. Les Violons du Roy ont rendez-vous avec la Ville Lumière pour la fin de leur tournée européenne, marquée par l'absence de leur mentor, Bernard Labadie, mais aussi par un nouvel aplomb. L'heure est aux bonnes bouffes, aux musées, aux premiers bilans et à la musique, bien sûr, qui est toujours au centre de leur univers.

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Michel Robitaille, le directeur de tournées, et le contrebassiste Raphaël McNabney doivent se livrer à toutes sortes de contorsions pour que la contrebasse puisse suivre le reste du groupe lors des déplacements. 

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Le pianiste parisien Alexandre Tharaud s'est amusé à tenir toutes sortes de rôles pendant la tournée, notamment en jouant les guides touristiques.

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Le Soleil a pu accompagner les musiciens sur les derniers milles de cette épopée pleine de risques et d'émois, leur deuxième avec le pianiste parisien Alexandre Tharaud et leur première avec le chef anglais Jonathan Cohen. Nous nous sommes aussi fait le témoin, des deux côtés du rideau, de leur performance au théâtre des Champs-Élysées. Quelle étrange expérience de laisser des êtres humains, nerveux, rieurs, un sandwich en main et le col de chemise ouvert en arrière-scène et de retrouver, une fois dans la salle, un orchestre tiré à quatre épingles, plein de fougue et de rigueur.

On ne pourrait pas se douter que sous leur mine sérieuse, ils cachent tous des personnalités hautes en couleur et des qualités qui en font, au-delà d'un ensemble musical exceptionnel, une joyeuse bande d'humains.

Une esquisse, dont nous avons pu évaluer la véracité, nous est brossée par la première violoniste Pascale Giguère, tout sourire au milieu des siens à leur arrivée à l'Hôtel du Pré (voir encadré), où la directrice a reçu la vingtaine de musiciens québécois avec des bulles. «Rassure-toi, ce n'est pas toujours comme ça !», ont tenu à souligner plusieurs musiciens à la journaliste tout juste descendue de l'avion.

Le violoncelliste Raphaël Dubé est un bruiteur et un blagueur invétéré, le corniste Louis-Pierre Bergeron trimbale toujours des jeux de société dans son étui, le violoniste Benoît Cormier - qui a pris congé de l'Orchestre symphonique de Québec pour faire cette tournée - a été nommé sommelier en chef et la violoniste Michelle Seto est une photographe-archiviste infatigable. Sa légendaire étourderie en fait souvent la vedette des anecdotes de voyage des Violons. À Versailles, par exemple, elle a fait une Cendrillon d'elle-même en égarant un de ses - minuscules - souliers.

L'orchestre a décidé de devancer son départ de Köln (Cologne) en Allemagne, de quelques heures pour mieux goûter la fin de la tournée dans la capitale française. Sitôt le champagne bu, l'ensemble s'est fractionné en sous-groupes à la recherche d'une bonne table et d'un musée à explorer. Pendant que Le Soleil mettait le cap sur le musée d'Orsay avec Michel Robitaille, le directeur de tournées, et le contrebassiste Raphaël McNabney pour voir l'exposition consacrée au marquis de Sade, d'autres musiciens se dirigeaient vers le Louvre, le musée de l'Orangerie, consacré aux impressionnistes, ou le Grand Palais qui présentait des dessins d'Hokusai, «le Bach de l'illustration japonaise».

Chaque repas a été une occasion de refaire le trajet de Bilbao à Paris. «En tournée, on revient à nos besoins de base, manger, dormir, parler, jouer de la musique», indique la violoniste Maud Langlois. «Et on peut dire que nous sommes une belle bande de gourmets et de gourmands.» En 48 heures, nous avons ainsi dîné dans un authentique restaurant italien, célèbre pour ses charcuteries et son cochon de lait, soupé au fastueux Terminus Nord et essayé un restaurant végétarien du neuvième arrondissement, avant d'être reçu chez le pianiste Alexandre Tharaud avec un buffet de quesadillas et de cheesecakes

Le vendredi matin, trois musiciens se sont offerts pour raconter leur tournée au Soleil autour d'un petit déjeuner. Les premières villes visitées, Bilbao, Perpignan, Mérignac et Toulouse, du 10 au 15 octobre, semblaient déjà loin. Loin de chez soi, le temps se déploie d'une drôle de manière. «On a l'impression que ça fait quatre mois qu'on est partis», indique Maud.

À Paris, le violoncelliste Benoît Loiselle a opté... (Photo Michelle Seto) - image 2.0

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À Paris, le violoncelliste Benoît Loiselle a opté pour Montmartre, alors que d'autres musiciens se dirigeaient vers le Louvre, le Grand Palais ou le musée d'Orsay.

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La première violoniste Pascale Giguère, l'altiste Jean-Louis Blouin,... (Photo Michelle Seto) - image 2.1

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La première violoniste Pascale Giguère, l'altiste Jean-Louis Blouin, la violoniste Edith Pedneault et Marjorie Tremblay (hautbois) devant l'entrée des artistes du théâtre des Champs Élysées.

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L'effet Versailles 

Leur passage au château de Versailles, le 16 octobre, dans la galerie des Glaces, était encore bien vivace dans leur esprit, pour sa magnificence dorée et pour les drôles de contraintes qu'elle leur a imposées. «Nous étions sur une scène surélevée, très étroite, et il y a un lustre qu'ils n'ont pas pu monter et qui était à l'endroit exact où devait se tenir Jonathan [Cohen, le chef]», raconte Marjorie Tremblay (hautbois). Sans compter qu'il était impossible de sortir le piano pendant le concert, ce qui a obligé les Violons à jouer toute une symphonie derrière l'instrument massif et inutilisé... Une situation qui, une semaine plus tard du moins, fait bien rire les musiciens.

Ce concert en tant que tel était, de l'avis de tous, spécial, même si chaque concert est différent, particulièrement sous la direction tout en souplesse et en émotions de Cohen. «Cette fois, il y avait des silences plus longs, très habités, et des mouvements plus libres, électrisants», décrit Raphaël Dubé.

La visite a pris des airs de pèlerinage, Versailles étant, après tout, la maison des premiers Violons du Roy. «Je pensais à Bernard [Labadie] et à son rêve, d'avoir fondé cet orchestre-là, dans cet esprit-là, alors qu'il avait 21 ans. C'est le lieu originel», souligne le violoncelliste. «Et apparemment, cet orchestre était déjà reconnu pour sa précision», ajoute Maud Langlois.

L'orchestre a eu le privilège, une fois la nuit tombée, de visiter des salles, dont la chapelle où se déroulaient les baptêmes royaux et les sacres des rois de France. «Voir les statues le soir, à l'extinction des lumières, est un moment privilégié. Le château a une vie propre, comme s'il était, à lui seul, un spectacle», relate la violoniste.

Les Violons étaient alors au milieu d'une épuisante séquence de cinq concerts en cinq soirs dans cinq villes (et deux pays). Ljubljana, en Slovénie, où ils ont pu prendre une journée de repos, leur est apparue comme un paradis. «C'est une petite ville vraiment jolie, tranquille, méconnue avec des grottes immenses», indique Pascale Giguère.

Sitôt reposés, ils ont eu la surprise, en arrivant à Köln, d'avoir à intégrer une pièce non prévue au programme, mais qu'ils avaient heureusement jouée plus tôt en tournée. Ils s'en sont heureusement bien tirés, malgré une répétition écourtée avant le concert. Il y a des journées comme ça où le sort semble s'acharner... Visiblement, le meilleur moyen de triompher est la rigueur et le souci d'excellence, deux qualités dont les Violons du Roy ne manquent pas.

Le vendredi matin, les Violons du Roy ont... (Collaboration spéciale Josianne Desloges) - image 3.0

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Le vendredi matin, les Violons du Roy ont testé un violoncelle du luthier angevin Patrick Robin dans le lobby de l'Hôtel du Pré.

Collaboration spéciale Josianne Desloges

Le luthier angevin

Dans un petit orchestre, chaque son compte beaucoup, ce qui exige des instruments de grande qualité, et chaque acquisition d'instrument a des airs d'histoire d'amour. La renommée du luthier Patrick Robin est venue aux oreilles du violoncelliste Benoît Loiselle, qui a profité de l'escale parisienne pour organiser une rencontre, et essayer un nouvel instrument pendant une journée.

Plusieurs membres des Violons du Roy se sont massés dans le hall de l'hôtel pour ce test de son hors du commun. Après quelques minutes, les musiciens n'ont pu s'empêcher de lancer au luthier: «Vous ne faites pas des altos aussi? Et des violons?» Plusieurs en ont profité pour lui faire voir leur instrument.

Même si, selon l'expert, personne n'a jamais rien fait de plus achevé que les Stradivari à Crémone, la lutherie connaît une de ses meilleures périodes depuis le XVIIIe siècle.

«La culture du secret est terminée. Maintenant on étudie beaucoup, c'est plus ouvert, il y a plus d'échanges», note celui qui dessine tous ses modèles à l'ancienne, au compas et à l'équerre, et ne prend des commandes que des musiciens qu'il peut apprendre à connaître. «Ça n'aurait pas de sens pour moi de faire des instruments sans rencontrer les musiciens», note l'habitant d'Anjou.

Il a une liste d'attente de trois ans, mais se garde une certaine latitude pour les projets qui lui font le plus envie. Puisqu'il était visiblement sous le charme de l'ensemble de Québec qu'il entendait pour la première fois au Théâtre des Champs Élysées, nous ne serions pas surpris de voir Loiselle jouer sur un de ses violoncelles d'ici quelques années...

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