iTMOi: dans la tête de Stravinsky

Dans le récit dansé de l'Akram Khan Company... (Photo Jean-Louis Fernandez)

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Dans le récit dansé de l'Akram Khan Company défilent un prêtre qui doute, un faune démoniaque, une femme reine de toute une société, un jeune homme qui incarne Stravinsky et une jeune fille, celle qui doit être sacrifiée.

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(Québec) Pour Akram Khan, réinterpréter le Sacre du printemps impliquait de plonger dans la tête d'Igor Stravinsky et d'en faire le théâtre de fabuleux combats entre les différents univers qui s'y déploient. iTMOi est un récit chorégraphique qui s'annonce, comme Vertical Road présenté à Québec en 2012, aussi mystique qu'envoûtant.

Nous avons joint le chorégraphe à São Paulo, la veille de la 100e présentation de son solo Desh, inspiré de son père et de ses origines bangladaises. Un bonheur, puisqu'en 2012, il avait dû interrompre sa tournée, paralysé par une blessure au talon d'Achille. La même année, il a toutefois élaboré les chorégraphies de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres.

La pratique d'Akram Khan se compose de chorégraphies pour grand ensemble et de duos surprenants - avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui en 2005, la ballerine Sylvie Guillem en 2006, l'actrice Juliette Binoche en 2008 et bientôt avec le danseur de flamenco Israel Galván, qu'on a vu au Carrefour de théâtre en 2011. Le Britannique navigue entre le kathak, une danse traditionnelle indienne, et la danse contemporaine, qu'il n'a découverte que lorsqu'il avait 20 ans passés.

Un premier contact

Le sacre du printemps, créé à l'origine par des ballets russes puis allègrement repris depuis, fut justement un de ses premiers contacts avec la danse contemporaine occidentale. Lors d'une audition à l'université, à Londres, il visionne un enregistrement vidéo de l'oeuvre. «Ça a vraiment formé ma perception de ce que la danse devrait être, de ce que la danse peut être et de ce que la danse a été. Je me suis senti comme un témoin de ma propre vie», indique-t-il.

Ce n'est pas tellement la musique composée par Igor Stravinsky il y a tout juste 100 ans qui l'a happé, mais la structure et les thèmes de la proposition artistique. «L'essence de l'histoire n'est pas à propos d'une femme ou d'une jeune fille, c'est à propos de la nature et du rituel du sacrifice dans nos sociétés», explique-t-il, en faisant notamment allusion à la nature, sacrifiée sur l'autel de l'industrialisation humaine. «Nous détruisons la chose même qui nous a donné naissance. Pour moi, la nature est un corps sensible, c'est pourquoi nous l'appelons la Terre mère et non la Terre père.»

La vie de Stravinsky a également nourri son interprétation du Sacre du printemps, iTMOi signifiant «in The Mind of Igor». «J'ai simplement essayé d'imaginer de quoi sa tête était remplie, expose Khan. Je ne crois pas qu'il ait été très différent de vous et moi. Le monde de la danse classique, le monde de son enfance, passée à Saint-Pétersbourg à marcher dans les places publiques et à écouter les musiciens gipsys», souligne Khan, fasciné par la fabuleuse mémoire du compositeur.

Chorégraphie de confrontation

Le mélange de ces influences, ou plutôt la confrontation de ces univers mémoriels, a inspiré la chorégraphie de iTMOi, qui a «quelque chose de classique et quelque chose de primaire et de bestial», décrit le Britannique. C'est pourquoi il a invité trois compositeurs différents (Nitin Sawhney, Jocelyn Pook et Ben Frost) à créer leur propre monde musical, qui s'entrecroisent dans le spectacle. Pour lancer la création, Khan a attribué à chacun un mot : vie, mort et rupture, qui, pour lui, sont les fondements du monde.

Il se souvient du récit que sa mère lui a fait, enfant, de l'histoire biblique d'Abraham et Isaac. «J'étais terrifié lorsqu'elle m'a dit que le père sacrifierait son fils pour montrer son amour et sa foi en Dieu. Je me souviens d'avoir demandé  à ma mère si elle me sacrifierait, moi, si Dieu lui demandait. Elle a dit non», raconte Khan. Sa mère venait d'introduire la notion de doute dans son esprit d'enfant, et par le fait même, la capacité de remettre les idées reçues en question. «Cette histoire a été le début de quelque chose, pour moi», note le créateur, élevé dans une communauté évangélique.

Dans son récit dansé, on pourra reconnaître un prêtre «confus et qui doute», un faune démoniaque, une femme «reine de toute une société», un jeune homme qui incarne en quelque sorte Stravinsky et une jeune fille, celle qui doit être sacrifiée. Pour le reste, le chorégraphe nous a habitués à des effets visuels saisissants et des décors minimalistes, ciselés par des éclairages en clair-obscur.

Vous voulez y aller?

Quoi : iTMOi

Qui : Akram Khan Company

Quand : mardi à 20h

Où : salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre

Billets : 49,50 $ à 70,50 $

Tél. : 418 643-8131

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