Richard Galliano: conjuguer jazz et accordéon

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Richard Galliano

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Même s'il n'est pas le premier accordéoniste à s'exprimer majoritairement à travers le jazz, le Français Richard Galliano, qui sera en spectacle au Grand Théâtre le 22 octobre à l'occasion du Festival international de jazz de Québec, est certes l'un de ceux qui ont le plus contribué à populariser ce jeune instrument de musique à travers ce style musical.

«Il y avait beaucoup de jazzmans américains des années 40 et 50 qui utilisaient l'accordéon. Art Van Damme, par exemple, ou alors Ernie Felice ou certains accordéonistes latinos. Cependant, c'était un peu la face cachée du jazz», avoue Galliano en entrevue téléphonique avec Le Soleil dans un studio d'enregistrement de Paris.

L'accordéon, Richard Galliano est en quelque sorte tombé dedans quand il était petit, puisque son père Luciano est accordéoniste. À 87 ans, il enseigne toujours cet instrument au Centre culturel des Cèdres de Mouans-Sartoux. C'est cependant le trompettiste américain Clifford Brown, décédé dans un accident de voiture à l'âge de 25 ans en 1956, qui a incité Richard Galliano à se tourner vers le jazz.

«Clifford Brown était un génie. Pour moi, il a été une véritable révélation et son premier album a été le détonateur qui m'a donné le goût de jouer et de comprendre le jazz. Et 50 ans après, je suis toujours aussi admiratif : sa musique est une beauté pure», commente-t-il.

Orchestre miniature

Pour Richard Galliano, conjuguer jazz et accordéon allait donc de soi. «Je considère qu'un accordéon, c'est ni plus ni moins qu'un orchestre en miniature. C'est aussi un orgue. Je me disais que le langage du jazz, comme celui de la musique baroque classique, on peut faire ça à l'accordéon aussi», indique celui qui se réjouit que de plus en plus de musiciens se tournent aujourd'hui vers cet instrument et le voient d'un autre oeil.

«Vous savez, l'accordéon, comme le saxophone d'ailleurs, c'est un instrument plutôt récent. Il a été inventé en 1820, mais c'était alors seulement un petit jouet, et il a plutôt atteint sa perfection dans les années 40. Ça ne fait pas des siècles qu'il est présent, alors on peut toujours le regarder avec un éclairage nouveau.»

Même s'il aime bien sortir des sentiers battus avec son instrument, Richard Galliano utilise toujours le même en spectacle depuis plus de 50 ans, un modèle à boutons fabriqué par la société italienne Victoria qui est devenu son arme de prédilection.

«J'en possède d'autres, j'en ai essayé plusieurs autres, mais je suis toujours revenu à celui-là. C'est un peu comme un stradivarius», indique-t-il. «En fait, c'est un Fisarmonica, qui est un peu un dérivé de l'accordéon plus proche du bandonéon et de l'orgue. J'adore le son plus boisé, plus rond, qu'il produit.»

Le tour de la terre

Après avoir fait une cinquantaine de disques et présenté plusieurs milliers de spectacles, Richard Galliano ne se lasse toujours pas de son instrument et de la musique. «Vous voyez, au moment où je vous parle, je suis au milieu d'une session d'enregistrement de trois jours pour un album double qui célébrera mes 30 ans sur disque. On y trouvera 22 compositions écrites de 1985 à 2015 et que je revisite avec de nouveaux musiciens, une interprétation différente, bref un sang nouveau.»

Ensuite, comme il l'illustre si bien, il remettra son accordéon sur son dos pour retourner faire le tour de la terre. «La musique me garde jeune, et jouer en public, ça recharge mes batteries. Plus je joue, plus je suis en forme et plus j'ai envie de jouer. C'est pour ça que plusieurs musiciens jouent jusqu'à leur dernier souffle. Regardez Abbado [NDLR : le chef d'orchestre Claudio Abbado, décédé en janvier], jusqu'au dernier moment, il a dirigé!»

Au cours des prochaines semaines, le musicien fera la navette entre la France, le Brésil, les États-Unis et le Québec. «Il faut avoir une bonne santé, et ça a peut-être l'air d'une vie de fous pour les gens de l'extérieur, mais je suis un peu mercenaire! Ce qui me fatigue le plus personnellement, ce sont les périodes de repos!» conclut-il.

La sagesse de Nougaro

Richard Galliano a touché à presque tous les styles musicaux. C'est cependant un grand de la chanson française qu'il a accompagné pendant plusieurs années, le regretté Claude Nougaro, qui lui a refilé un conseil qu'il applique toujours aujourd'hui.

«Nougaro disait : j'aimerais écrire pour que le maçon puisse siffler la chanson en travaillant. Je trouve qu'il avait raison. Il ne faut pas que ce soit trop compliqué ou alors, si c'est compliqué, le public ne doit pas sentir que c'est compliqué. Il faut que ce soit lisible, que ça ait un discours clair. La lisibilité, c'est comme pour un film. Il faut une belle histoire, un scénario qui se joue bien par de bons acteurs», explique-t-il à propos de sa vision de la musique.

L'accordéoniste a commencé à accompagner Nougaro en 1975 pour ensuite devenir son chef d'orchestre et arrangeur dans les années 80. «Nous avons composé une dizaine de chansons ensemble, dont la plus connue est certainement Vie violence que je joue toujours en concert. Bien sûr, je composais la musique, et Claude faisait les paroles», indique-t-il à propos du chanteur décédé en 2004, en l'honneur de qui il a composé son Tango pour Claude.

Galliano garde aussi d'excellents souvenirs d'un autre monstre sacré de la chanson française, Charles Aznavour. «J'ai écrit les arrangements pour sa chanson Vivre avec toi et, encore aujourd'hui, ça demeure l'un de mes plus beaux souvenirs de carrière, car j'aime beaucoup la dimension chanson de la musique.»

Se mettre au défi

Celui qui a collaboré avec plusieurs dizaines d'artistes au fil des années ne déteste pas non plus être mis au défi et monter sur scène aux côtés de musiciens avec lesquels il n'a jamais joué, comme il le fera à Québec. 

«Il y en a avec qui je n'ai jamais joué, d'autres avec qui j'ai déjà joué, mais avec lesquels je n'ai pas joué les compositions qu'on interprétera. Il y aura Josh Nelson au piano, Vic Juris à la guitare, George Mraz à la contrebasse et Maurizio Zottarelli - un Brésilien qui habite New York - à la batterie. On habite à des endroits différents, on ne parle pas la même langue, car je ne parle pratiquement pas anglais, mais quand on se retrouve ensemble, il faut qu'on communique, et c'est par la musique que ça se passe.»

Vous voulez y aller?

Quoi : Richard Galliano

Où : Grand Théâtre de Québec, salle Octave-Crémazie

Quand : le mercredi

22 octobre, à 20h

Billets : 65 $ (régulier)

et 39 $ (étudiants)

Tél. : 418 643-8131,

1 877 643-8131 (sans frais)

Site Web :

www.grandtheatre.qc.ca

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