Benjamin Alard, organiste ad lib

«Les concertos de Handel n'ont rien à voir... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

«Les concertos de Handel n'ont rien à voir avec la symphonie de Saint-Saëns ou le concerto de Poulenc, donc le constructeur doit faire des compromis. Ici, pour un compromis, c'est bien réussi. L'acoustique de la salle est très belle, ce qui aide beaucoup, et les timbres sont assez clairs pour qu'on puisse y jouer de la musique ancienne» - Benjamin Alard, au sujet de l'orgue du Palais Montcalm

Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'orgue est un instrument à part, chargé de tristesse et de beauté, et propice aux improvisations flamboyantes. «L'instrument est tellement exigeant et difficile qu'on en devient un peu fou. On doit trouver des tas de moyens pour le rendre vivant», commente le jeune organiste Benjamin Alard, qui jouera avec les Violons du Roy pour leur premier volet de l'intégrale des concertos de Handel.

Le cycle se poursuivra pour les trois ou quatre saisons à venir, avec différents organistes invités. Le Français Benjamin Alard sera le premier à se commettre, demain et lundi, avec les concertos en si bémol majeur et en mineur. Richard Paré, membre fondateur des Violons, interprétera quant à lui celui en fa majeur. 

Sans vouloir jouer les fantômes de l'opéra, Alard est bien conscient de l'aura de solitude et de mélancolie souvent associée aux organistes. Une image qu'il se fait un plaisir de briser en étant particulièrement attentif aux musiciens avec qui il partage la scène.

Il multiplie les concerts avec des ensembles renommés, dont La Petite Bande, en Belgique, qui vient de terminer l'intégrale des cantates liturgiques de Bach. Ce cycle amorcé il y a 15 ans est marqué par le souci de se rapprocher le plus possible des conditions d'interprétation originales, avec seulement de quatre à huit chanteurs.

Une approche qui plaît bien à Alard, qui place toutefois la qualité de l'interprétation avant l'exactitude historique sur sa liste de priorités. «Ce que j'ai beaucoup aimé chez les Violons du Roy est que même s'ils ne jouent pas sur instruments anciens, lorsqu'on se ferme les yeux, on ne pourrait pas le deviner», illustre-t-il.

Improvisations

Les concertos de Handel font partie des rares compositions pour orgue exclues du répertoire religieux. Le compositeur les jouait lui-même, lors des intermèdes de ses oratorios, qui attiraient de nombreux spectateurs. Puisque à ce moment, en Angleterre, la musique n'est plus uniquement financée par le pouvoir et que les spectateurs commencent à payer leur place, le compositeur a dû imaginer cette stratégie pour faire connaître son talent d'organiste.

«C'était un virtuose pour improviser des cadences. Lorsqu'on joue ses pièces, on ne peut pas se contenter de faire trois notes et de passer à la suite, il faut prendre des risques. Au début, c'est effrayant, parce que l'orchestre ne sait pas trop quand reprendre et qu'il y a des virages compliqués», indique Alard. Seulement dans le deuxième mouvement du concerto en mineur, il y a six endroits où on peut lire ad libitum sur la partition, alors que le troisième mouvement doit quant à lui être improvisé au complet. Pour le concert, Alard a choisi d'opter pour une ornementation à partir de l'air le plus connu de l'opéra Rinaldo, de Handel: Lascia ch'io pianga.

Initié à l'orgue par le curé de son village natal en Normandie, Alard a ensuite développé une passion pour les orgues anciennes. Il est cotitulaire des grandes orgues du facteur Auberti en l'église Saint-Louis-en-l'Île, à Paris, depuis qu'il est entré dans la vingtaine, il y a neuf ans.

Que pense-t-il de l'orgue du Palais Montcalm, dont on fait grand cas depuis son inauguration? «Ce n'est vraiment pas facile de construire un orgue dans une salle de concert, puisqu'il faut contenter tout le monde», observe le musicien. L'instrument doit avoir un son assez doux pour accompagner un orchestre, tout en étant adéquat pour jouer des pièces de différentes époques. «Les concertos de Handel [XVIIIe siècle] n'ont rien à voir avec la symphonie de Saint-Saëns [XIXe siècle] ou le concerto de Poulenc [XXe siècle], donc le constructeur doit faire des compromis. Ici, pour un compromis, c'est bien réussi. L'acoustique de la salle est très belle, ce qui aide beaucoup, et les timbres sont assez clairs pour qu'on puisse y jouer de la musique ancienne», conclut l'organiste.

***

Le clavicorde, une révélation

Depuis deux ans, le claveciniste et organiste français Benjamin Alard se passionne pour le clavicorde, qu'on pourrait présenter comme l'ancêtre du piano. «C'est un instrument très doux. Si quelqu'un joue à plusieurs mètres de distance, on ne l'entend presque pas», indique le musicien. Celui-ci considère qu'il s'agit du seul instrument à clavier qui permet d'être vraiment «dans le son», un peu comme un chanteur qui sent sa voix résonner dans tout son corps. «Ça a changé mon rapport avec la musique. Je me suis rendu compte qu'avec le clavicorde, il fallait complètement oublier l'aspect technique pour se laisser aller», raconte-t-il. Un véritable contraste avec l'orgue, où la technique est primordiale. «Sinon, tout tombe à plat. Il faut créer la vie, trouver des tas de moyens, qui nous torturent parfois. Lorsqu'on est habitué à truquer le jeu, on est complètement déstabilisé sur un clavicorde», explique Alard, qui apprécie que l'instrument redéfinisse les conventions. Impossible, par exemple, d'applaudir lors d'un concert de clavicorde, sous peine d'avoir les oreilles écorchées après le flot de sonorités délicates. 

Vous voulez y aller?

Quoi: Les concertos pour orgue de Handel

Qui: les Violons du Roy, Mathieu Lussier (chef) ainsi que Richard Paré et Benjamin Alard (orgue)

Programme : Concertos pour orgue en mineur, en si bémol majeur et en fa majeur de Handel, Ouverture en sol mineur pour trois hautbois, basson et cordes de Fasch, Sinfonia de la Cantate de Bach

Quand: demain à 14h et lundi à 20h (entretien de préconcert à 19h)

Où: salle Raoul-Jobin, Palais Montcalm

Billet: 52 $ demain, entre 43 $ et 65 $ lundi, 23 $ pour les 30 ans et moins

Info: 418 641-6040 et www.violonsduroy.com

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer