Patrick Watson: « Mon job, c'est d'être créatif »

Patrick Watson... (Photo: André Pichette, archives La Presse)

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Patrick Watson

Photo: André Pichette, archives La Presse

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<p>Ian Bussières</p>

C'est au premier étage d'un édifice situé boulevard Saint-Laurent que le chanteur et pianiste Patrick Watson se réfugie pour créer. Trois des quatre albums de Watson et son groupe ont pris vie, en tout ou en partie, dans ce studio d'enregistrement où il puise son inspiration.

C'est donc dans son antre que Le Soleil a rencontré l'artiste de 34 ans en après-midi. Sa scally cap cachant ses cheveux en bataille, les pieds sur un tabouret, grillant les Benson & Hedges l'une après l'autre, Watson est dans son élément au milieu de quatre claviers, un piano et d'autres instruments de musique disséminés un peu partout à travers les fils, les consoles et le matériel informatique, sans oublier le Félix de l'album anglophone de l'année qu'il a remporté en 2009 installé entre deux contenants de jus d'orange.

«Je suis de la première génération qui n'avait pas besoin des grands studios, pour qui c'était possible de produire sur l'ordinateur avec des logiciels comme Cubase. Dans les années 90, c'était impossible de produire soi-même. Si tu n'avais pas 200 000 $, tu ne pouvais pas t'acheter d'équipement de studio, la console pour mixer. C'était juste trop cher!» explique Watson, passant sans cesse d'une langue officielle à l'autre.

Un faux palmier, la table de ping-pong qui occupe une partie du studio, un livre de Pinocchio, un autre sur les robots et les vaisseaux spatiaux et, disons-le, quelques bouteilles vides de Boréale et de Newcastle Brown Ale montrent qu'il y a aussi de la place pour décompresser même si Watson est un musicien sérieux qui gère son processus créatif à travers une discipline quotidienne.

Discipline et responsabilité

L'auteur de Beijing, de The Great Escape et de Lighthouse habitait jusqu'à tout récemment dans l'appartement situé juste à côté de son studio, près du Barfly et du fameux Cinéma L'Amour, en plein coeur du Plateau-Mont-Royal. Il est déménagé quelques maisons plus loin, de sorte qu'il peut encore se rendre au travail à pied. Au travail, car oubliez l'image du musicien à l'horaire plus ou moins défini : Patrick Watson fait du 9 à 5.

«Je travaille très efficacement. Tous les jours, je suis ici de 9 à 5 et je ne mange même pas mon lunch! C'est la seule façon d'être compétitif. Quand je rentre en studio, je suis tout excité, car j'ai eu plein d'idées la veille au soir et je me mets à travailler immédiatement dessus. Mais à 5h, je pars», confie-t-il.

Watson prend son travail très au sérieux. «Faire de la musique, c'est un immense honneur, une grande responsabilité. Tu sais, il y a un million de personnes qui veulent faire ça et moi j'ai la chance de le faire.»

«Mon job à moi, c'est d'être créatif pour trouver des histoires flyées et des sons flyés. J'adore ce job et je vais tout faire pour le garder! Quand tu es musicien, il faut que tu vises haut. Il n'y a pas de place pour les chansons moyennes, surtout aujourd'hui alors que tu dois rivaliser avec tous les artistes qui ont enregistré depuis 100 ans. Tu peux m'écouter ou tu peux écouter Bob Dylan! Ma compétition, c'est aussi les Doors, les Beatles, Michael Jackson, Pink Floyd... C'est la réalité!»

L'auteur-compositeur-interprète est stimulé par l'évolution de son processus créatif dans la trentaine. 

«Quand tu as 20 ans, tu as plein de choses à dire, car tu sors de ta crise d'adolescence et que tu découvres la vie. À 30 ans ou 40 ans, il faut que tu te demandes ce que tu vas dire maintenant! Moi, j'ai eu la "chance" de ne pas avoir bien réussi les idées que j'avais quand j'avais 20 ans!»

C'est d'ailleurs avec une grande fierté que l'artiste parle des nouvelles compositions de son groupe, celles qui figureront sur le successeur d'Adventures in Your Own Backyard. «Là, j'ai vraiment les outils pour écrire une bonne chanson. Mes compos, ces temps-ci, battent toutes mes compos d'avant», lance-t-il avec assurance.

La fin d'un chapitre

«Les spectacles symphoniques représentent vraiment la fin d'un chapitre pour moi. Le prochain album, je veux faire quelque chose de vraiment fou, de moins safe que sur mon dernier album.

J'écoute plein de musiques différentes. J'ai écouté beaucoup de hip-hop pour le flow des rappeurs. Par exemple, Kendrick Lamar, je déteste ce qu'il dit, mais je trouve ça très intéressant la façon dont il phrase tout ça. J'aime aussi le fait que le hip-hop soit vraiment "dans ta face". Je ne ferai pas un album hip-hop, mais je prendrai sûrement quelques éléments de ça. Mon prochain album sera moins rêveur, plus "dans ta face" et je veux qu'il fasse bouger», poursuit-il.

«Je fais des milliers de tests. La majorité, c'est de la merde, mais s'il y en a un qui est bon, c'est parfait. Présentement, j'ai déjà une dizaine de pièces de composées, dont trois ou quatre que j'aime beaucoup. Je veux me rendre à 25 avant d'en choisir pour enregistrer.»

Un peu plus tard, Patrick Watson ouvrira son ordinateur : une voix fredonne sur un air de piano. La voix aiguë caractéristique du chanteur se fait entendre à travers un mélange fort réussi de sonorités électros et de guitare psychédélique sur un rythme R & B. «La guitare est un peu comme Sgt. Pepper et il y a aussi un peu de l'approche de Michael Jackson là-dedans. Je crois que cette chanson s'appellera Crazy Hearts», commente-t-il.

Il fait ensuite entendre Love Songs for Robots, une pièce où sa voix et son jeu au piano se présentent dans une enveloppe plus ambiante. «Tu sais, j'ai écrit cette chanson en dormant!» lance l'artiste, sourire en coin. «En fait, je me suis endormi en enregistrant l'intro et quand je me suis réveillé, je l'ai réécoutée et je me suis dit : wow

«Je veux aussi utiliser tous les outils que les gens prennent pour faire des chansons pop aujourd'hui, par exemple le sexe ou la violence, pour en faire un usage différent dans mon oeuvre. Je veux faire un cheval de Troie, m'en servir pour dire quelque chose de totalement différent, pas juste pour être cool ou à la mode», conclut-il.

Dans le studio de Patrick Watson, le prix... (La Presse, André Pichette) - image 2.0

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Dans le studio de Patrick Watson, le prix Félix qu'il a remporté en 2009 trône près de deux statuettes et de deux contenants de jus d'orange. Une publicité pour la marque Tropicana dans laquelle figurait sa pièce The Great Escape a d'ailleurs contribué grandement à faire connaître le chanteur montréalais.

La Presse, André Pichette

Près d'Oscar et de Phoenix

Si Patrick Watson a enregistré la totalité de son dernier album dans le studio situé à deux pas de sa résidence de Montréal, c'est beaucoup pour être près d'Oscar, cinq ans, et Phoenix, deux ans, ses deux fils qu'il s'émerveille à regarder grandir.

«Je pensais que le fait d'avoir des enfants affecterait ma carrière, et ça l'a fait, mais de façon positive. Ça me donne encore plus le goût de travailler, car, avec des enfants, il faut que ça marche! Ils sont ce qu'il y a de mieux dans ma vie. Je n'aurais jamais cru que quelque chose pouvait être plus important que la musique dans ma vie, mais c'est le cas», avoue l'heureux papa.

«Les avoir près de moi me fait apprécier encore plus la musique. Il n'y a rien de mieux que revenir de tournée et d'avoir un câlin de mes enfants et il n'y a rien que je préfère plus que d'aller les reconduire à la garderie avant d'entrer en studio. Et, en plus, être parent, c'est un peu comme la musique, tu dois faire preuve d'imagination», poursuit-il.

«Ils sont le meilleur antidote au cynisme. Par exemple, quand ils voient un camion de pompiers et qu'ils sont tout excités, tu te rends compte que c'est bien vrai que c'est cool, un camion de pompiers! Avec des enfants, tu ne perds pas ton temps avec des crises existentielles. Ils sont comme un bouton mute pour les trucs inutiles.»

Musicalement, Patrick Watson s'assure que ses enfants sont exposés à plusieurs styles différents. «Parfois, Oscar entend une de mes nouvelles chansons et me dit : "Oui, papa, c'est cool!" Mais s'ils entendent une chanson pop, par exemple une pièce de Justin Bieber, ils vont aimer ça aussi, et c'est bien correct. Mais ils aiment aussi beaucoup écouter des chansons de pirates. Et parfois je fais jouer de la musique classique. Mon travail n'est pas de leur dire quoi écouter, c'est de leur faire entendre ce qui existe.»

Enfant du désert

Peu le savent, mais Patrick Watson est né aux États-Unis. «Mon père était un pilote d'essai et il a été transféré à l'école de pilotes d'essai de l'aviation américaine à Lancaster, en Californie. Je suis donc né en plein coeur du désert de Mojave, et ma famille y a résidé pendant un an. Évidemment, je n'ai aucun souvenir de l'endroit, mais j'aime dire que c'est parce que je suis né en Californie que je dis souvent le mot dude!» lance l'artiste en riant.

Watson a grandi à Hudson, une petite communauté à majorité anglophone dans Vaudreuil-Soulanges. «Le Québec est une île francophone dans une mer anglophone, et Hudson est un peu une île dans une île. C'est un joli petit village qui ressemble davantage à certaines petites villes de Nouvelle-Angleterre. Il n'y a pas de McDonald's, pas de Tim Horton.»

Malgré tout, l'artiste rappelle que c'est la communauté francophone du Québec qui l'a adopté en premier en tant qu'artiste. «J'ai été accueilli à bras ouverts par les Québécois francophones, des gens qui sont très ouverts à la culture. Peut-être aussi que l'intérêt des Québécois pour la musique progressive y est pour quelque chose.»

Vous voulez y aller?

Quoi: Patrick Watson et l'Orchestre symphonique de Québec

: Grand Théâtre

Quand: les jeudi et vendredi 7 et 8 novembre, à 20h

Billets: de 30 $ à 80,50 $ (régulier)

Tél.: 418 643-8131 ou 1 877 643-8131

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