Le coup de gueule de Philippe Arseneault

Philippe Arseneault... (La Presse, Édouard Plante-Fréchette)

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Philippe Arseneault

La Presse, Édouard Plante-Fréchette

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) L'heure était à la fête cette semaine à Montréal. La métropole a célébré avec fierté ses 375 ans, mercredi, à coups de reconstitutions historiques, de pont illuminé et de spectacles bilingues. Sous le vernis de la fierté se cachent cependant bien des défauts, de l'avis de Philippe Arseneault. Et il ne se prive pas de les critiquer avec virulence dans son deuxième roman, Ma soeur chasseresse.

En voilà un extrait : «De tout cela, je retenais surtout une chose : les Montréalais, de quelque quartier qu'ils soient, devaient être tenus occupés avec des festivals, des momeries ou des ventrées, sinon ils s'ennuyaient et alors, qui sait dans quelle hystérie ils étaient capables de s'absorber?»

Les mots sont de son narrateur, Roé Léry, qui fait flèche de tout bois. Écrivain d'origine québécoise vivant en Chine depuis 15 ans, il revient au pays le temps d'une tournée de promotion pour son dernier livre, Putrescence Street, écrit en «franglais» avec une ironie connue seulement de son auteur. Et ce n'est pas seulement de Montréal qu'il a le dédain, ce Roé Léry, mais de la société canadienne-française en général. 

Voilà un solide coup de gueule que s'offre l'écrivain Philippe Arseneault, aux antipodes de son premier roman sombre et fantaisiste, Zora, un conte cruel, accueilli par le prix Robert-Cliche en 2013. Un brûlot totalement assumé, assaisonné de réflexions douces-amères sur l'amour, où le coeur de Jeanne Mance fait une irruption surprenante. Malgré le venin, la plume d'Arseneault se fait aussi sensible, et surtout sincère. 

«J'endosse complètement le propos éditorial, c'est la partie sur laquelle je n'ai pas faire de compromis. Les réflexions sur la société, sur la politique, sur la vie, c'est moi à 100 %», assure l'auteur, joint au bout du fil à Montréal. «Mais il y a une morgue que le narrateur, Roé, ne se prive pas d'exposer en public et qui n'est pas du tout caractéristique de ma personne. Il est plus méchant que moi, il est moins capable de cacher sa frustration, sa colère, ses irritations que moi», ajoute l'auteur, aussi journaliste pour Les Affaires

Au début du roman, Roé Léry s'en prend particulièrement au franglais qui court dans les rues de Montréal. Il l'a utilisé pour écrire son roman alimentaire, et le procédé a fait mouche, même si au fond, l'écrivain l'exècre. Pour Philippe Arseneault, c'était un prétexte pour ouvrir sur quelque chose de plus grand, le réel malaise qu'il entretient avec sa société d'origine. «Le franglais, c'est un détail, c'est un phénomène urbain de culture populaire», explique-t-il. Ce qui le tarabiscote, et qui l'a poussé à s'exiler 10 ans en Chine - à l'image de son narrateur - c'est le «rapport à l'intelligence» qu'entretiennent ses concitoyens. «Je m'inscris dans l'idée d'écrivains et d'intellectuels qui sont obsédés par l'anti-intellectualisme des Québécois et l'absence d'intellectuel dans l'espace public, et par le rapport très conflictuel et historique qu'on entretient avec l'intelligence et les choses de l'esprit, ce que l'écrivain québécois Carl Bergeron appelle la vie noble.» 

Philippe Arseneault renvoie une image flatteuse de la Chine, où il devrait d'ailleurs retourner s'établir cet automne, après un retour un peu plus long que prévu au Québec. Un pays qui n'est pas parfait, admet l'auteur, mais qui a le mérite d'être «pétri de son histoire nationale, de sa culture classique». «C'est quelque chose qui ne survit pas juste dans le cursus scolaire, ça émerge dans le quotidien des gens, dans leurs conversations, dans leur façon d'utiliser des références littéraires à tout bout de champ, dans leur façon d'imager leurs propos ou de formuler leurs opinions en utilisant comme métaphores des contes populaires qui ont des milliers d'années d'histoire, en utilisant beaucoup de proverbes», compare-t-il. 

Et que notre histoire collective soit si jeune comparée à d'autres sociétés millénaires n'y change rien. «Ce n'est pas vrai que c'est rien, quatre siècles d'histoire. Il y a des richesses infinies là-dedans quand on connaît son histoire et qu'on y accorde de l'importance», martèle-t-il, convaincu.

***

En passant par le square Viger

Il a beau trouver bien des défauts à Montréal, reste que Philippe Arseneault y a trouvé aussi beaucoup d'inspiration dernièrement. L'auteur vient tout juste de remporter le prix littéraire Radio-Canada dans la catégorie Nouvelle, avec Chercher toujours, qui raconte la rencontre fortuite entre une avocate pressée et un Inuk à la recherche de sa fille itinérante au square Viger, en plein hiver. «Le square Viger est un endroit vraiment effrayant à Montréal, c'est vraiment laid, c'est tout bétonné. Quand je travaillais à La Presse, je passais à côté tous les soirs pour rentrer à la maison et je me souviens qu'en plein hiver, en janvier, à - 30, chaque soir, il y avait un gars qui couchait dans son sac de couchage», raconte l'auteur. «L'humain en moi était très triste et bouleversé par ce qu'il voyait, mais l'écrivain trouvait qu'il y avait une espèce de richesse narrative dans cet endroit-là», poursuit-il, tout en avouant ne pas être rompu à l'art de la nouvelle, mais y trouver un beau défi. Les trois membres du jury de cette année, Ying Chen, Biz et Audrée Wilhelmy, ont comparé son texte à un «petit sushi : ramassé, nutritif et beau».  

Envie de le lire? C'est disponible au goo.gl/e1U7BV




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