Chocs poétiques dans les rues de Québec

Jean Désy, poète, auteur et médecin est à... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Jean Désy, poète, auteur et médecin est à la tête d'une brigade littéraire qui parcourra aujourd'hui les rues du Vieux-Québec pour offrir gratuitement de la poésie.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) AU FIL DES PAGES / Jean Désy n'y va pas par quatre chemins. Le poète, auteur et médecin, grand amoureux du Nord, pense que «la parole poétique est plus nécessaire que jamais». Avec une bande d'auteurs, de poètes et de slameurs, il parcourra les rues du Vieux-Québec, aujourd'hui, pour la répandre gratuitement.

L'idée de ces brigades littéraires n'est pas nouvelle. Jean Désy a lui-même participé à ce genre d'exercice plusieurs fois, notamment durant le Mois de la poésie. La Maison de la littérature a eu l'idée d'en organiser une pour souligner la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, célébrée chaque année le 23 avril (voir plus bas). 

Pour Jean Désy, c'est une «grande joie» d'avoir été placé à la tête de cette brigade. «En général, c'est émouvant, parce que c'est comme si ça mettait la parole en évidence. Il y a des gens qui sont comme sous le choc. En général, la première réaction des gens c'est: "Est-ce qu'il faut payer?"», raconte l'auteur en riant. 

Une fois la gratuité assurée, la plupart des passants se prêtent au jeu, ajoute-t-il. Et il se fait un plaisir de déclamer sa poésie en français, même aux touristes, quitte à leur expliquer rapidement en anglais le sens, le thème. «Quand tu offres la parole poétique, quelqu'un peut dire "Ça ne me dit rien, je ne comprends pas", ou quelqu'un peut dire "Wow, tu viens de me toucher à l'os"», explique-t-il, précisant que les deux réactions sont tout à fait correctes.  

«Le fascisme ambiant a absolument besoin du contrepoids de la parole poétique, qui par définition ne peut pas être fasciste. Elle peut être n'importe quoi. Si on croit à la poésie, c'est tout le contraire d'une pensée fasciste uniforme qui dit "J'ai trouvé ce qui est bon"», expose-t-il encore.

Pour le médecin, ce genre d'activité est un moyen efficace pour distribuer la littérature au coeur de la ville. Une ville, d'ailleurs, qu'il continue d'habiter pour assouvir sa passion d'enseigner la littérature et la médecine à l'Université Laval, mais aussi pour son cercle dynamique de gens qui font vivre la poésie. «La vie poétique, à Québec, elle vit bien», insiste Jean Désy. 

Il en veut pour preuve notamment la vitalité du slam, qui rassemble des centaines de personnes, majoritairement jeunes, à chaque événement du Slam de poésie tenu au Tam Tam Café. Des habitués de ces soirées, dont Véronique Langlais, Thomas Langlois et Pascal Pico Larouche, seront notamment de la partie aujourd'hui dans la brigade qui sillonnera le Vieux-Québec. 

Même s'il se réjouit de la vitalité de la littérature, Jean Désy n'en pense pas moins qu'il faut continuer d'être «vigilant» dans les domaines du droit d'auteur, surtout avec la grande présence du numérique, qui peut aider comme elle peut nuire. «Les créateurs ont tout intérêt à s'en préoccuper», dit celui qui a utilisé le blogue comme premier jet pour son dernier livre, La route sacrée, publié avec Isabelle Duval.

Précarité et fragilité

«Les meilleurs créateurs ne demanderont jamais des salaires de PDG», argue-t-il encore. Mais la vie étant ce qu'elle est, dans un pays comme le nôtre, les contraintes matérielles restent importantes. «On a tous besoin de manger, d'avoir un toit sur notre tête. Il faut composer avec ça», dit-il. Or, la précarité qui suit souvent le métier d'écrivain ou de poète, même publié, «rend les créateurs nettement plus fragiles». 

Jean Désy, qui donne notamment un cours sur les grandes oeuvres littéraires à des étudiants de médecine, s'inquiète d'une certaine tendance à vouloir éliminer les sciences humaines des universités, au profit des seules facultés de médecine et d'ingénierie. Des établissements japonais ont déjà franchi le pas, raconte-t-il. «J'en suis à une époque de ma vie où je ressens le besoin d'aller au fond des choses. Je suis vieux, et je me sens un devoir de dire "Ne mésestimons pas le pouvoir de la poésie, surtout chez les jeunes», insiste-t-il.

Des roses et des livres

Saint-Georges terrassant le dragon, peint par Jost Haller... (Musée d'Unterlinden, Colmar) - image 3.0

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Saint-Georges terrassant le dragon, peint par Jost Haller vers 1453.

Musée d'Unterlinden, Colmar

L'utilisation du 23 avril pour célébrer le livre et le droit d'auteur n'est pas anodine. Elle a des racines jusqu'au... Moyen-Âge, où cette date marquait la célébration de Saint-Georges, en Espagne, qui, selon la tradition, aurait déclenché une pluie de roses en tranchant la tête d'un dragon pour sauver une princesse. 

Plus «récemment», le 23 avril 1616 marqua les annales puisque Miguel de Cervantes, William Shakespeare et Inca Garcilaso de la Vega, trois auteurs notoires sont morts la même journée. Puis en 1930, la journée hommage à Cervantes, d'abord célébrée en Espagne le 7 octobre, jour de sa naissance, fut déplacée le 23 avril, jour de sa mort. De fil en aiguille, cette journée devint la fête du livre, dont un éditeur fit la promotion en donnant une rose à l'achat de chaque livre. Ce n'est qu'en 1995 que la journée fut consacrée officiellement par l'UNESCO comme Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Elle est maintenant célébrée partout à travers le monde. 

Au Québec, la comédienne Pascale Montpetit agit comme porte-parole depuis plusieurs années. Durant les activités de la journée, les participants distribueront le guide Destination lecture 2017, une précieuse ressource qui rassemble une foule d'adresses autour de la littérature (librairies, bibliothèques, éditeurs, associations), ainsi qu'un mot et des suggestions de lecture de Jean Désy. Pour tout connaître de la programmation dans la province: www.journeedulivre.ca.

Quelques activités dans la région dimanche

Rencontres avec les auteurs:

  • Nathalie Leclerc 13h30
  • Julie Stanton 16h
  • Daniel Grenier 18h30
Librairie du quartier, 1120, avenue Cartier, Québec

Trois auteures, trois styles, rencontre avec les auteures lévisiennes:

Céline Cyr, Valérie Harvey et Mélissa Verreault

14h, Bibliothèque Francine-McKenzie, 100, rue Arlette-Fortin, Lévis

Escouade littéraire de la Maison de la littérature avec:

  • Jean Désy
  • Virginie Francoeur
  • Normand Genois
  • Véronique Langlais
  • Thomas Langlois
  • Hélène Matte
  • Geneviève Morin
  • Sylvie Nicolas
  • Jacques Ouellet
  • Pascal Pico-Larouche 
de 14h à 17h, dans les rues du Vieux-Québec




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