La patience salvatrice de Robert Lalonde

Robert Lalonde: «Le travail d'écrivain, c'est d'abord de... (La Presse, André Pichette)

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Robert Lalonde: «Le travail d'écrivain, c'est d'abord de sortir ce qu'on a à dire, et ensuite essayer de voir comment on peut faire pour se rendre au lecteur sans trop l'embourber.»

La Presse, André Pichette

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Alors qu'un film inspiré de son roman C'est le coeur qui meurt en dernier sort sous peu sur les écrans, Robert Lalonde offre à ses lecteurs un nouveau carnet, dans la veine des Iotékha' et Le seul instant, où il nous ouvre les portes de son atelier - et de ses réflexions - au milieu de la nature toujours éblouissante qui lui fait office de décor. Le Soleil s'est entretenu avec l'auteur et comédien, qui, dans La liberté des savanes, fait l'éloge d'une patience salvatrice devant les difficultés de la vie.

Ce n'est pas la première fois que vous nous offrez des écrits tirés de vos carnets. Les écrivez-vous toujours en pensant que vous allez les publier?

R On n'écrit jamais tout à fait en étant sûr qu'on va publier, mais (...) si je vois à la fin qu'il y a moyen de passer d'écrivain à lecteur de mon propre travail, c'est à ce moment que se prend la décision de publier ou pas. Si j'arrive à faire un livre qui va concerner quelqu'un d'autre que moi. Le travail d'écrivain, c'est d'abord de sortir ce qu'on a à dire, et ensuite essayer de voir comment on peut faire pour se rendre au lecteur sans trop l'embourber. 

D'où l'importance de retravailler. C'est un travail qui semble vous plaire, non?

R Oui, c'est plaisant parce qu'on a sorti tout ce qu'on avait à sortir sur l'affaire, et après, il faut élaguer, il faut recomposer. Il y a beaucoup de choses qui sont déjà là, il s'agit de donner une forme intéressante pour le lecteur. Et de conserver un certain choc émotif. 

Dans La liberté des savanes, le choc émotif principal semble être le suicide du fils de votre voisin, à qui vous vous adressez de façon posthume. Ça a réveillé quelque chose en vous?

R Oui, ça a réveillé des choses que j'aurais pu moi-même dire au même âge que ce garçon. Ça m'a rappelé un certain nombre de personnes que j'ai connues, des jeunes personnes à qui j'ai eu affaire au cours de ma vie d'enseignant, qui manquaient un peu de patience vis-à-vis de l'existence, vis-à-vis des pièges qu'elle nous tend, vis-à-vis un certain sentiment d'échec qu'on peut avoir à certains moments (...) Je pense qu'on vit dans une époque où on peut facilement, face à une difficulté, un échec ou un mur que l'on frappe, avoir l'impression que quelque chose est définitif. On porte plus qu'autrefois une certaine honte à ne pas réussir tout de suite. Et ça m'apparaît dangereux, parce qu'on a rendez-vous avec l'échec assez souvent dans la vie, on n'est pas dans le bonheur tout le temps. (...)

La vie est quand même plus compliquée, plus difficile et plus étonnante que ce qu'on essaie de nous faire croire dans l'univers des magazines, où on nous dit quoi faire pour être heureux. Je m'en prends un peu à ça dans le carnet. Vivre nous imposera toujours de trouver notre propre voie, chacun. On ne peut pas suivre une trajectoire dessinée par d'autres. 

C'est le chemin que je fais avec un certain nombre d'autres écrivains qui se sont exprimés là-dessus, (...) des écrivains avec qui j'ai un rapport très fraternel depuis plusieurs années, qui sont mes meilleurs amis. Ils sont toujours sur ma table. 

Ce sont vos compagnons de vie, au fond?

R Je pense qu'on se suicide moins et je dirais même qu'on se radicalise moins quand on lit. À partir du moment où on lit, où on voyage dans les imaginaires et les réalités d'autres personnes, la solitude est moins forte, et l'impression d'appartenir à une humanité complexe est rassurante. 

Vous le dites dans ce carnet, les livres vous ont carrément sauvé quand vous étiez jeune?

R Tout à fait. C'est évident que si je n'avais eu que les gens autour de moi comme répondants quand j'étais adolescent, je ne pense pas que j'aurais eu envie de durer. Mais certains écrivains et certains amis ont été comme des anges sur ma route, et dans mes carnets, j'essaie de placer quelques-un des ces anges-là sur la route des autres. 

Vous suggérez entre autres que le temps finit par arranger les choses?

R S'il ne les arrange pas, en tout cas, il finit par changer la perspective. C'est toujours relié à la fameuse notion de guérison. Est-ce qu'on guérit vraiment d'une blessure ou si on la voit autrement, on voit autre chose, on aperçoit d'autres horizons? Le mal est là, mais on peut survivre. 

Comment l'écriture de ces carnets nourrit votre écriture de fiction?

R Une des raisons pour lesquelles j'écris ces carnets, c'est pour faire une expérimentation d'écriture, pour travailler autrement. En général, les carnets m'apprennent à travailler de façon plus fragmentaire. Ce n'est pas la peine de tout dire au lecteur, qui a vécu et lu avant de lire mon livre. (...) Et quand je sors de l'écriture de mes carnets, quand je reviens à la fiction, j'ai vraiment l'impression que je peux aller à l'essentiel. Les gens feront leur chemin eux-mêmes. 

Vous êtes-vous lancé à nouveau dans la fiction?

R Oui, en même temps, d'ailleurs. Il peut m'arriver très souvent que pendant que j'écris mes carnets, une idée de roman naisse. Je prends beaucoup de notes. J'ouvre un cahier ou l'autre, dépendant de la journée. 

Est-ce à dire que vous travaillez encore de façon manuscrite pour le premier jet?

R Oui! J'ai exceptionnellement travaillé à l'ordinateur pour ces carnets-là, et je me suis un peu fourvoyé en faisant ça. J'ai l'habitude d'avoir tous mes papiers devant moi, et la mémoire de mon livre toujours avec moi, que je consulte à mesure que j'avance. Avec l'ordinateur, on a tendance à tout laisser dans la machine et ensuite peser sur ''imprimer'' et voir ce que ça donne. Et ça m'a joué un tour un peu, parce que j'ai besoin de l'écriture manuscrite pour pouvoir intervenir régulièrement sur mes textes, je suis un peu comme Proust avec ses paperolles. 

Dans un autre ordre d'idée, le film adapté de votre livre C'est le coeur qui meurt en dernier sortira bientôt sur les écrans. Avez-vous joué un rôle dans l'adaptation?

R Non, pas du tout. Je suis incapable de faire ça, écrire quelque chose sous une forme et le transformer dans une autre. Je me suis contenté de lire les versions du scénario écrit par Gabriel Sabourin. Je ne comprenais pas au début pourquoi il voulait faire un film avec une livre qui raconte 50 ans de vie avec ma mère, ça ne fait pas une histoire! Il fallait en trouver une, il fallait l'écrire autrement. La meilleure chose pour moi était de les laisser faire leur projet. Qui a donné un très bon film, d'ailleurs. 

Oui, vous l'avez vu?

R Oui, c'est bon, c'est émouvant. L'émotion du livre est là, mais l'histoire est différente. Il y a une intrigue, alors que dans mon livre, il n'y en a pas vraiment. Mme Filiatrault est ravissante, elle représente tellement comme comédienne les femmes de cette génération-là. On sent un peu qu'elle fait son chant du cygne avec ce rôle-là. Elle n'était pas sûre de le faire, au début, mais à la fin, elle était très contente. 

Ça a été réalisé par des gens avec qui vous travaillez sur Au secours de Béatrice. On sent qu'un esprit de famille s'est créé sur ce plateau.

R C'est une famille naturelle qui s'est constituée comme ça. On travaille avec des gens en qui on a confiance, dont la sensibilité est proche de la nôtre. Mais je n'y suis pour rien, dans ce projet, ce sont eux qui ont monté ça. Moi, j'étais bien pépère chez moi à attendre! J'ai tout de même un petit rôle, je fais un caméo à la Hitchcock où je m'interroge moi-même en quelque sorte : je demande à l'auteur (joué par Gabriel Sabourin) si son oeuvre est autobiographique!

Robert Lalonde sera présent au Salon international du livre de Québec samedi et dimanche. On pourra notamment l'entendre en entrevue, le voir en dédicace et connaître ses prescriptions littéraires. Il participera aussi à une table ronde sur le pouvoir de la littérature en ces temps sombres, dimanche à 11h30, en compagnie d'Amélie Nothomb, de Grégoire Delacourt et de Larry Tremblay. Pour les détails : silq.ca




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