La petite histoire dans la grande

Dans Rue des Remparts, Micheline Lachance plonge au coeur... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Dans Rue des Remparts, Micheline Lachance plonge au coeur de la Guerre de Sept ans et de la fatidique bataille des plaines d'Abraham.

Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) S'il y a bien un domaine où les Québécois font honneur à la devise Je me souviens, c'est en littérature. Les romans à saveur historique qui plongent dans notre passé collectif deviennent des succès de librairie les uns après les autres. Le Soleil s'est entretenu sur le sujet avec Micheline Lachance, auteure de la saga Le roman de Julie Papineau. Elle nous revient cet hiver avec Rue des Remparts, qui plonge au coeur de la Guerre de Sept ans et de la fatidique bataille des plaines d'Abraham.

«On appelle ça la Conquête, mais en réalité, on a été cédés, même si les Canadiens s'étaient défendus au prix de leur sang.» Micheline Lachance est formelle : «On a été abandonnés et laissés à nous-mêmes par les Français, puis les Anglais. Les Canadiens-Français se sont forgés d'eux-mêmes.»

Cette certitude, elle l'a acquise en faisant les recherches pour son tout dernier roman, Rue des Remparts, qui se passe au coeur de notre vieille ville fortifiée, et au coeur du destin de la Nouvelle-France du 18e siècle. Un travail fastidieux, de loin le plus complexe de sa carrière d'écrivaine.

Micheline Lachance a pourtant l'habitude de fouiller le passé. Elle a d'abord été connue comme journaliste, dirigeant la revue Châtelaine dans les années 90, et collaborant pendant plusieurs années à L'actualité. En parallèle, elle a développé une fascination pour l'histoire, qui l'a menée à se pencher sur le destin de Julie Papineau, la femme du patriote Louis-Joseph Papineau. Sans crier gare, sa saga est devenue un véritable phénomène littéraire. «Les gens ont envie de savoir d'où ils viennent», analyse Micheline Lachance. «Le mérite des romans historiques est d'allumer une petite flamme.»

Si l'auteure s'est beaucoup consacrée au 19e siècle dans ses recherches, elle s'est plongée cette fois-ci dans le XVIIIe siècle. «Ça faisait très longtemps que je voulais écrire une épopée sur comment s'est passée la chute de la Nouvelle-France», explique-t-elle. «Je me suis mise à lire sur les grandes familles du Québec, et je suis tombée sous le charme de Geneviève de Lanaudière, qui avait eu sept fils, tous morts en bas âge, sauf un.»

Voilà donc l'angle trouvé. Sauf que les documents d'archives, eux, étaient plus rares que pour ses oeuvres précédentes. Au fil de ses recherches, elle a découvert avec surprise une ambiance tout à fait différente dans les moeurs et les coutumes de l'époque. «Les femmes du 19e siècle étaient très pudiques, dévotes et obéissantes aux maris et aux curés. Au

18e siècle, elles étaient libertines et frivoles. C'était des années folles», constate Micheline Lachance. Il s'en est passé, raconte-t-elle, «des vertes et des pas mûres» dans la bourgeoisie qui habitait à Québec et à Montréal. Or, pendant ce temps, l'administration de la colonie était corrompue et le peuple crevait de faim. 

C'est ce contexte tout particulier que l'écrivaine s'est attelé à décrire à travers le prisme de l'amitié entre Geneviève de Lanaudière et Catherine de Beaubassin. Une amitié qui n'a pas été sans conséquence sur la trajectoire d'un certain Général Montcalm... «J'ai voulu raconter comment la petite histoire de Geneviève de Lanaudière s'est insérée dans la grande Histoire de la chute de la Nouvelle-France.»

Le véritable objet de la passion de Montcalm

Si Micheline Lachance tient à faire ses recherches elle-même, c'est pour «découvrir des choses qu'[elle] ne cherche pas». C'est le cas du coeur de son livre, à savoir la réelle identité de l'amante de Montcalm. Les livres d'histoire ont principalement retenu que c'était Catherine de Beaubassin. Or, un ouvrage de Sophie Imbault consacré à la famille Tarieu de Lanaudière l'a mise sur la piste pointant Geneviève de Lanaudière comme étant le véritable objet de la passion du marquis de Montcalm. Thèse dont elle a été étayée à la lecture des correspondances de Montcalm, comme elle l'explique à la fin du livre.

À partir de là, elle avait les éléments de base. «La vérité historique a beaucoup d'importance pour moi», insiste Micheline Lachance, qui a une maîtrise en histoire. «Le romancier remplit les blancs», ajoute-t-elle. Le récit est fictionnel, mais les faits sont rigoureux. Certains dialogues sont même tirés mots à mots des correspondances laissées derrière par les Montcalm, Bougainville, Bourlamaque... «Montcalm était une vraie commère. Il racontait tout. C'est très précieux», opine, un sourire dans la voix, Micheline Lachance.

«Le défi du roman historique est d'arriver à un équilibre entre les données historiques et l'émotion», poursuit encore l'auteure. Sa première version de Rue des Remparts était «trop historique», elle l'a réécrite en accordant plus d'importance à l'intrigue romancée.

Intrigue qui met encore une fois de l'avant des femmes, une constante dans l'oeuvre de Micheline Lachance. Elle l'avoue d'emblée : elle se sent plus à l'aise de rendre avec justesse les sentiments des personnages féminins. Quand elle s'est attardée à des personnages historiques masculins - et elle l'a fait notamment avec le frère André et Armand Papineau - elle s'est tournée vers la biographie et l'essai plutôt que le roman.

Il y a aussi que le destin des femmes dans notre histoire la fascine profondément. «L'histoire de nos aïeules est le secret le mieux gardé de notre histoire. On a parlé des combattants, des curés, et même des grandes religieuses, mais on parle rarement du rôle des femmes et de leur influence sur les hommes», justifie-t-elle. «Elles n'ont pas joué des rôles de premier plan, mais elles ont eu une influence certaine dans ces moments-clés de notre histoire», argue-t-elle.

Et la réserve de personnages intéressants, s'enthousiasme-t-elle, n'est pas près de se tarir!

***

Des parutions à surveiller

Voici quelques titres à surveiller dans le domaine des romans historiques cette année :

  • L'année sans été, de Julie Lemieux - Hurtubise 
Première série en quatre tomes qui paraîtront tous cette année (le premier est déjà en librairie), d'une auteure de Québec. On y suit le destin d'Angélie, une jeune noble fiancée, qui s'embarque en 1815 dans une expédition peu commune pour une jeune femme de son rang afin d'aller rejoindre son père mourant au poste de traite du lac Chamouchouane.

  • Le secret perdu des Jésuites, d'Éric Nicolas
Première série ici aussi pour un médecin à la retraite qui s'est intéressé au destin d'un dénommé Charland, mathématicien de génie, arpenteur, cartographe, officier de milice et premier fonctionnaire de la ville de Montréal, dont le destin au tournant du 19e siècle est empreint de mystère.

  • Chez Gigi - Le petit restaurant du coin, de Rosette Laberge - Druide
Le Québec des années 50 revit dans cette nouvelle saga historique entamée par Rosette Laberge. On y fera la rencontre de Rita, Béa et Laurence, trois jeunes femmes qui traînent au restaurant de madame Gigi, la mère de Rita. Un histoire trempée dans le rock'n roll et les milkshakes...

  • Le châtiment de Clara, de Sergine Desjardins - Guy Saint-Jean éditeur
Une histoire qui débute dans les salons de Paris, en 1688, fréquentés par Clara de Longueville, 28 ans. Un collègue de son mari la fera tomber en disgrâce, ce qui la poussera à fuir vers un autre continent...

Quelques auteurs prolifiques à connaître :

 Louise Tremblay D'Essiambre, Jean-Pierre Charland, Michel David, Suzanne Aubry




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