Gilles Legardinier: la liberté du succès

Avec son dernier roman, Le premier miracle, l'auteur... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Avec son dernier roman, Le premier miracle, l'auteur Gilles Legardinier espère encourager les gens à sortir de chez eux, à découvrir le monde et à s'intéresser à l'histoire.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Difficile d'évaluer sa popularité ici au Québec, mais en France, Gilles Legardinier cartonne, comme on dit. Pourtant, son succès est largement passé sous le radar des médias français, jusqu'à ce qu'il fasse sa place dans les compilations de ventes tout juste derrière les rois des palmarès, Guillaume Musso et Marc Lévy. «Je suis un enfant du bouche-à-oreille», explique-t-il simplement.

Le Soleil l'a rencontré au Château Frontenac, la semaine dernière. Il arrivait de Trois-Rivières, où une libraire l'avait fait venir pour une soirée de dédicaces. «La librairie était pleine, c'était vraiment un miracle pour moi», s'étonne encore Gilles Legardinier. «Je ne suis pas connu au Canada, c'est normal, ça ne me pose pas de problème. C'est un immense pays. Les Français s'imaginent que vous êtes une province française, ils sont fous. Vous avez votre vie, votre culture, vous n'avez pas besoin de nous», expose-t-il en riant. 

Le scénario est généralement le même en France, peu importe où il passe. Des librairies pleines, des gens en file, des admirateurs qui l'appellent par son prénom. Une proximité gagnée livre par livre, dont l'auteur s'enorgueillit. Pourtant, ce genre du succès populaire dérange le milieu littéraire; lors d'un récent passage à On n'est pas couché, talk-show de fin de soirée animé par Laurent Ruquier, des chroniqueurs l'ont écorché.  

«C'était grossier et violent. Je ne les ai pas attendus pour savoir qui je suis», rétorque Gilles Legardinier. Que son succès dérange, il s'en fout. «On ne peut pas être universel. Il n'existe pas sur terre un livre qui fasse l'unanimité. J'écris pour ceux qui ressentent, je n'écris pas pour ceux qui jugent. Il y a suffisamment de gens qui aiment mes livres pour que je n'aie pas besoin de ceux qui ne les aiment pas. Tout va bien!»

Mais encore : «Je suis un gros vendeur en France, mais ce n'est pas important pour moi. Ce qui compte, c'est que les gens qui viennent me voir, qui lisent mes livres, ne soient pas déçus. À chaque fois, c'est un match qui se joue un à un. [...] Ma démarche, elle est sincère.»

Chose certaine, Legardinier ne se prend pas la tête. Le ton à la fois humoristique et bienveillant, un peu décalé et tendre qui l'a fait connaître, c'est le sien aussi dans la vraie vie. «Je suis un auteur heureux. Ça sort tout seul. Je ne suis pas un auteur maudit», rigole-t-il. 

Son rythme de production en témoigne. Un livre par an, en moyenne. «Je connais d'avance toujours mes six prochains livres. Mais on ne fait pas un bon vin dans l'année», nuance-t-il, avec un sens de la formule certain. 

C'est que Le premier miracle a pris du temps à «mûrir», comme il le raconte à la fin de son livre, dans un ultime chapitre - sa marque de commerce - où il s'adresse directement et très personnellement à ses lecteurs. C'est quelque part entre cette habitude, et celle de mettre un chat en couverture de ses livres, qu'il a créé un phénomène.  

La séquence a commencé avec Demain j'arrête, une comédie sentimentale où une femme développe une curiosité obsessive pour son nouveau voisin, qui va l'entraîner dans des situations délirantes. L'histoire veut que Legardinier n'ait pas aimé la première couverture proposée par son éditeur. Il a alors proposé un chat portant un bonnet péruvien. Il s'est battu bec et ongles, la couverture a été retenue. Et c'était parti pour quatre autres romans avec ce même concept félin en couverture.  

Avec Le premier miracle, Gilles Legardinier rompt la série. «C'était une bonne habitude, ça m'a porté chance, mais c'était aussi un sparadrap, je n'arrivais plus à m'en décoller», avoue-t-il, amusé. «Les hommes pensaient que c'était pour les filles, les gens qui aiment la littérature pensaient que c'était de la littérature de gare. Aujourd'hui, ceux qui me suivent, et ils sont nombreux, ils ne sont pas là à cause d'une couverture, ils sont là à cause d'un ton et d'une personnalité. Ça m'a apporté autant de bonheur que de malheur, ça m'a emprisonné. Donc je ne reviendrai pas aux chats.» Voilà, c'est dit.

Changement de genre

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Gilles Legardinier s'est senti emprisonné par l'habitude de mettre un chat en couverture de ses livres. Celles-ci étant souvent mal interprétées, il a décidé de rompre avec ce style de présentation.

Ce nouveau roman marque aussi un changement de genre, avec un retour au thriller d'aventure, où Ben, un historien de renom, se fait embrigader par une branche spéciale des services secrets britanniques qui enquête sur une série de vols d'objets très particuliers cachés dans des endroits mystiques. Il est mis en équipe avec l'agent Karen, chargée de sa sécurité. 

Plutôt que d'un changement de registre, Gilles Legardinier préfère parler «d'un agrandissement du genre». «J'ai écrit des thrillers d'abord, puis des comédies, et pour moi, celui-là, c'est un thriller où il y a de la comédie. C'est l'union des deux. C'est un tout, je suis bien là-dedans», annonce-t-il. 

L'histoire qui en résulte est un heureux mélange d'énigmes à la Da Vinci Code, mais avec beaucoup plus d'humour et de dérision, qui vient surtout à travers la paire formée par Ben et Karen. «Pour moi, l'histoire du livre, c'est un couple de comédie, plongé dans une aventure qui les dépasse. Mes personnages sont toujours des gens qui sont en train d'apprendre quelque chose sur eux-mêmes et sur le monde, et j'aime bien la dynamique hommes-femmes, je trouve que ça fait des étincelles», argue l'auteur.

Il n'a pas lésiné sur la recherche pour rendre son histoire crédible, se rendant lui-même aux différents endroits du monde dont il parle dans le livre : les temples d'Abou Simbel, en Égypte, Osaka, au Japon, mais aussi l'Écosse, plus particulièrement les Îles Shetland, complètement au Nord, où lui est apparue l'idée du roman. «L'Écosse, c'est ma terre. C'est l'endroit où je me sens moi-même. On peut faire des centaines de kilomètres sans voir d'humains, vous n'allez pas là-bas par hasard, [...] c'est une terre de volonté, une terre de nature», s'enthousiasme Gilles Legardinier.

Reste que même si ses recherches historiques ont été rigoureuses, il s'est permis quelques largesses avec les faits historiques. «Ah ben oui, je suis romancier!» se défend-il en riant. «Pour moi, une histoire devient intéressante quand elle est à la limite de la réalité. Quand vous vous demandez en permanence ce qui est vrai et ce qui est faux.» Pour lui, le résultat tient plutôt «d'un agencement de faits historiques qui sont relus à travers une autre histoire et qui trouvent une cohérence qu'ils n'auraient pas sans ça.»

Finalement, il espère surtout encourager les gens à sortir de chez eux, à découvrir le monde et s'intéresser à l'histoire, qui n'est pas «un endroit poussiéreux». «On vit dans un monde qui est anxiogène, où tout nous pousse à rester enfermés chez nous. Or, ce monde est le nôtre et on est libre, nos parents se sont battus pour ça. Et j'avais envie avec cette histoire-là de dire aux gens, c'est une comédie d'aventures, sortez, découvrez, n'ayez pas peur», conclut-il.

Extrait du Premier miracle

Gilles Legardinier, Le premier miracle, Flammarion, 512 pages... - image 6.0

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Gilles Legardinier, Le premier miracle, Flammarion, 512 pages

«Dès qu'il tourna la clé dans sa serrure, Ben sentit qu'elle ne fonctionnait pas comme d'habitude. Quelque chose clochait. En ouvrant la porte, il en eut la confirmation. Son appartement avait été retourné de fond en comble. Le désordre était indescriptible. Ce qui aurait pu provoquer du bruit en tombant avait été déposé n'importe où, et le reste des tiroirs et des placards avait été renversé sur le sol. Aucun recoin n'avait été épargné. Certains éléments de meubles avaient même été démontés. 

- Je vous jure que d'habitude, c'est mieux rangé... 

D'une geste calme mais sans appel, Karen plaqua Ben sur le côté de la porte tout en dégainant son arme. 

- Vous ne bougez pas d'ici..., murmura-t-elle.»

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