Le livre de la semaine: Les yeux tristes de mon camion

Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion, Boréal (Infographie Le Soleil)

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Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion, Boréal

L'histoire: Pas d'histoire linéaire derrière les yeux tristes du camion à bord duquel Serge Bouchard nous fait joyeusement monter, mais bien des dizaines de ces histoires toutes petites que l'on savoure confortablement installé sur la banquette arrière, une à une, avant de déposer notre tête contre la vitre de la portière et de se laisser aller au roulis de la vie.

Serge Bouchard, Les yeux tristes de... (Archives La Presse, Ivanoh Demers) - image 2.0

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Archives La Presse, Ivanoh Demers

L'auteur: Anthropologue, passionné d'histoire, conteur exceptionnel, amoureux de la nature, amateur de football, de baseball, de hockey, de vieilles bagnoles et du ragoût de pattes de belle-maman, ami des Amérindiens, mais surtout observateur intelligent et infatigable de notre monde, scruté à hauteur d'homme sans se laisser distraire par ce qu'on en dit dans les journaux.  

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Le dernier humain

CRITIQUE / Qui donc s'intéresse à la parenté de l'auteur, à sa tante Monique, réfugiée en Californie, à son affection irrationnelle pour la voix de Jacques Doucet, aux péripéties de sa vaillante Honda, à ses ennuis de santé, à la tendresse que lui inspire le Stade olympique de Montréal, à ses découvertes autour des peuples amérindiens et des obscurs héros canadiens-français à la grandeur du continent?

Mais voilà, Serge Bouchard est un conteur extraordinaire capable de révéler une âme, une poésie propre à tout ce qu'il affectionne. Il a beaucoup voyagé, par tous les moyens, et son regard ne s'est jamais fatigué même si ses jambes ne parviennent plus à le porter. Mieux, il a conservé et longuement mûri ses souvenirs et ceux qu'il a empruntés aux camionneurs, avec qui il partage ce plaisir sans fin de voir les paysages défiler.

Le résultat est un recueil de 28 petites histoires magnifiquement écrites, scénarisées avec finesse et une chute débordante d'intelligence et de sensibilité. Le plus souvent, le ton est amusé, surtout quand il est question de lui et de ses proches, mais il adopte des mots plus graves pour aborder les dérives capitalistes et se laisse parfois porter par la colère à propos du traitement infligé aux beautés de la nature et aux peuples autochtones.  

S'il avoue «ne pas avoir suivi le beat de sa génération» et s'en être tenu au rythme du contemplateur, Serge Bouchard a respiré pleinement l'air de son temps, mais n'en a conservé que l'essentiel. Bien conscient qu'il a beaucoup roulé, il se demande, faussement amusé, s'il ne sera pas lui-même le dernier humain. Plus on avance dans son livre, plus on s'en inquiète.  Serge Denis, La Tribune ****

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Comme une rangée de biscuits aux pépites de chocolat

CRITIQUE / «Nous vivons tous les jours le vertige de Blaise Pascal, la frayeur en face de l'immense. C'est l'angoisse bien humaine de celui qui se lève seul la nuit, s'assoit dans le silence et réfléchit à tout cela en engouffrant une rangée de biscuits aux pépites de chocolat.» Et une autre rangée, tout aussi délicieuse, de sagesse signée Serge Bouchard, aurait-on envie d'ajouter.

Parce qu'il y a de ce plaisir simple autant que de cette réflexion qui s'étire dans les textes de Bouchard rassemblés dans Les yeux tristes de mon camion, comme un voyage dans le temps et la vie, dans ces moments et ces personnages de nos enfances qui s'entremêlent pour redonner un certain relief à l'existence. 

Que notre anthropologue le plus célèbre nous amène faire un tour du côté de Pointe-aux-Trembles ou dans l'Ouest américain, qu'il nous entraîne sur le fjord ou dans la francophonie du Wisconsin, qu'il nous présente ses oncles, un libre-penseur méconnu, un camionneur croisé sur un traversier, un lac ou une rivière, il y va à basse vitesse, sans se presser et nous presser jamais.

Et c'est ce qui demeure bien au-delà du moment où l'on coupe un peu le moteur, où les phares s'éteignent sur la vie, l'amour, la mort, la route, le fleuve, les lacs, les rivières, les nations de ce pays vers lesquels il nous reconduit, cette envie de ne rien presser, de s'accorder une certaine lenteur, de se lever seul la nuit et de réfléchir en engouffrant une rangée de biscuits aux pépites de chocolat. Sonia Bolduc, La Tribune ****

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Extrait: la première page

Je m'apprête à me départir d'un trésor.

Lorsque j'étais jeune, petit garçon à Montréal, j'admirais les camions de la compagnie Miron. Juste ce nom, Miron, donne la couleur d'une époque, les années cinquante, les années soixante, la construction du métro, la construction des autoroutes, l'âge de la pierre et du béton. Il y avait des carrières dans l'est de Montréal, des trous immenses et profonds dans des couches et des couches de calcaire, de la poussière et du gravier, c'était vraiment impressionnant. On aurait dit qu'un grand ouvrage était en chantier, quelque part dans l'ouest de la ville, chez les riches, et que nous, dans l'est, nous étions dans l'arrière-scène d'une construction monumentale. Des camions Miron, il y en avait des centaines et des centaines dans les rues, comment ne pas les remarquer, les aimer, ils étaient rouges et jaune orange. La compagnie les stationnait bien à la vue, les fins de semaine, tous ces beaux véhicules propres, reluisants, alignés en rangées parfaites, comme si on exposait une flotte orgueilleuse. De gros camions Sicard tractaient les innombrables bétonneuses tandis que les camions à benne étaient des Mack, le modèle B des années glorieuses où la machine ressemblait à une machine.

À venir

14 janvier: Jean-Jacques Pelletier, Bain de sang (Hurtubise)

21 janvier: Collectif sur Nelly Arcan dirigé par Claudia Larochelle Je veux une maison faite de sorties de secours (VLB)

28 janvier: Emmanuel Lepage, Les voyages d'Ulysse (Daniel Maghen Éditeur)

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