Le bédéiste Gotlib s'éteint à 82 ans

Gotlib, père des personnages Gai-Luron, Hamster jovial et... (AFP, François Guillot)

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Gotlib, père des personnages Gai-Luron, Hamster jovial et Pervers Pépère, photographié en 2005

AFP, François Guillot

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Dominique Chabrol
Agence France-Presse
Paris

Le dessinateur français Marcel Gotlib, mort dimanche à 82 ans, a ravi des générations de lecteurs avec ses personnages loufoques et son imagination délirante, qui ont fait de lui l'un des auteurs phares de la BD européenne.

Un feu d'artifice sur papier! Plus qu'un maître, Gotlib a été le père spirituel de milliers de jeunes gens qui ont découvert avec lui la dérision et la liberté de rire de tout. Mais c'est aussi un homme blessé, par son histoire familiale, son enfance sous l'Occupation allemande pendant la guerre et la perte d'amis disparus trop tôt.

Ce petit homme gouailleur, pudique et chaleureux, ne dessinait pratiquement plus depuis le milieu des années 80, fatigué d'avoir trop donné.

Avant de baisser les crayons, il avait passé plus de 30 ans de sa vie, 10 heures par jour, à sa table à dessin, pour créer sa progéniture de papier : Gai-Luron, le chien triste, Hamster Jovial, le scout rock'n'roll, Pervers Pépère, le vieux dégueulasse, ou Superdupont, son super-héros tricolore à béret basque inventé avec Lob.

Gotlib a appris à rire avec les films des Marx Brothers, ses frères d'humour et de dérision. Une statue de Woody Allen trônait dans son bureau.

Marcel Gottlieb - son nom sera francisé plus tard - était né le 14 juillet 1934 à Paris dans une famille d'origine juive hongroise. Son père, Ervin, est mort en déportation à Buchenwald et le petit Marcel passe l'Occupation caché dans une ferme en Normandie, dans l'ouest du pays, pour échapper aux rafles antijuives. Au lendemain de la guerre, il veut faire du dessin animé et prend de plein fouet l'influence des dessinateurs américains, comme Harvey Kurtzman et l'équipe du magazine satirique Mad.

Avec Goscinny

Il crée Gai-Luron dans l'hebdomadaire Vaillant en 1962. Puis rejoint le magazine de bande dessinée Pilote de René Goscinny, le créateur d'Astérix, où il lance en 1968 sa Rubrique à brac, incontournable best-seller des cours de récré.

En quatre ans, il dessinera plus de 500 planches pleines d'animaux bizarres et de personnages hilarants.

Un seul héros, lui-même

Mais avec un seul vrai héros : lui-même. Car Gotlib est le premier auteur de BD que les lecteurs reconnaissent dans la rue parce qu'il se dessine en personne dans ses planches. De préférence sur un trône, avec une couronne de lauriers. Un truc pour exorciser sa timidité : «Je suis extrêmement complexé. J'avais l'impression de me venger en faisant le con, en me montrant magnifique sur mon trône.»

C'est l'époque de la coccinelle, son personnage fétiche qu'il dessine dans les coins.

De temps en temps, Gotlib s'offre «une planche plus sérieuse», comme ces deux pages sur la famine au Biafra, dont Goscinny dira : «Je suis fier d'être le directeur d'un journal dans lequel il y a deux pages comme ça.»

Pilote est bientôt trop petit pour lui. En 1972, il crée L'Écho des savanes, avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka. Le magazine souvent considéré en France comme celui qui a permis à la BD de passer à l'âge adulte.

Trois ans plus tard, il lance Fluide glacial. Un mensuel d'humour d'esprit libertaire qui deviendra l'un des plus importants du genre. Aux États-Unis, Robert Crumb révolutionne les comics. En France, Gotlib et ses copains dynamitent la BD. Dans le genre scato-rigolo.

Le style sobre de Gotlib va à l'essentiel, le délire et la provocation.

Mais la gestion du journal lui pompe son énergie et il délaisse peu à peu le dessin. Dans sa maison du Vésinet, près de Paris, le dessinateur a longtemps gardé un oeil sur Fluide glacial et continué de bricoler des scénarios. Un dessin de Gotlib à la une du journal de temps en temps suffisait à relancer les ventes.

En 2014, le Musée d'art et d'histoire du judaïsme de Paris lui a consacré une grande rétrospective pour son 80e anniversaire.

En forme d'hommage, un astronome amateur a même donné son nom à un astéroïde (le N°184878). Marcel Gotlib, l'astéroïde tragicomique de la BD.

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