Joséphine Bacon: «la poésie ne meurt pas»

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Joséphine Bacon sera de passage à Québec de vendredi à samedi, pour le Salon du livre des Premières Nations de Wendake.

La Presse

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La poésie s'est mise sur le chemin de Joséphine Bacon un peu sur le tard. C'est Laure Morali qui, en lui proposant une correspondance avec le poète José Acquelin, en 2008, a tout déclenché. Depuis, «la poésie ne meurt pas, je la trouve toujours, à n'importe quel moment de ma vie», lance la poétesse innue, un grand sourire dans la voix.

Elle sera de passage à Québec de vendredi à samedi, pour le Salon du livre des Premières Nations de Wendake, mais c'est au bout du fil, à Montréal, que Le Soleil a joint Joséphine Bacon. C'était le lendemain des élections américaines, l'écrivaine était encore sous le choc du résultat de la veille. «Je suis restée vraiment bête des résultats. On ne sait pas ce qui va se passer», partage-t-elle. 

Elle semble un peu inquiète, mais chez Joséphine Bacon, l'optimisme n'est jamais bien loin. C'est ce qui l'a guidée dans la rédaction d'une nouvelle parue dans le recueil Amun, lancé cet automne chez Stanké, qui rassemble différentes voix autochtones. Nashtash va à la ville clôt l'ouvrage; une oeuvre courte, toute en retenue. On y suit une jeune femme qui décide de fuir vers Montréal. Elle en a assez de ces fameux 2 du mois, ces lendemains de veille récurrents. Dans la grande ville, elle côtoie d'abord des punks, puis un bel homme à la peau d'ébène qui la comble... et qui a finalement d'autres desseins pour elle. Nashtash s'enfuit, revient à sa communauté. Certaines choses ont changé. 

«Je ne voulais pas faire ça noir», insiste Mme Bacon. «Tu pars pour une raison, quand tu quittes ta communauté, mais tu y retournes pour une autre raison. C'était pour signifier que ce qu'elle a vécu en ville, c'est tout nouveau, tout beau, mais la vie peut nous amener loin. Quand elle retourne à sa communauté, elle a quand même un choix à faire, ça lui appartient», continue l'écrivaine. 

Son port d'attache est Montréal, elle y est arrivée dans les années 60, une époque où, dit-elle, il était moins difficile de vivre dans la rue et de s'en sortir. Encore aujourd'hui, Joséphine Bacon voyage beaucoup. Le nomadisme coule dans ses veines. Petite, elle a été arrachée à sa famille, comme la plupart des enfants autochtones de son époque, pour être placée dans un pensionnat. Après une formation en secrétariat de deux ans à Ottawa, elle tente de se trouver du travail à Montréal. «Je n'ai pas été une très bonne secrétaire», rigole-t-elle. 

Ce qui est une bonne chose, finalement, puisqu'elle s'est alors mise à travailler avec des anthropologues. Elle servait d'interprète et de traductrice auprès d'aînés des Premières Nations dont ils recueillaient les récits. «C'est ce qui m'a redonné ma langue, ma culture, tout ce que je n'avais pas eu au pensionnat. J'ai pu tout réapprendre à travers les récits que les vieux me racontaient. C'était un bel enseignement, et c'est comme ça que j'ai pu tout apprendre», se remémore-t-elle. 

Avec l'arrivée de José Acquelin et de la poésie dans sa vie, la réalisatrice de documentaires s'est mise à écrire. Son premier recueil bilingue, Bâtons à message / Tshissinuashitakana, a remporté le Prix des lecteurs du Marché de la poésie de Montréal. Son plus récent recueil, Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat (finaliste au Prix du Gouverneur général et au Grand Prix du livre de Montréal), est directement inspiré de son propre séjour dans la toundra et des récits des anciens qu'elle porte maintenant en elle. 

«Quand je retourne dans ma mémoire, c'est la première chose que j'entends, la voix des aînés qui racontent. C'est un peu comment je les vois dans ma mémoire, ce que je transcris d'abord dans ma langue, l'innu-aimun», explique Joséphine Bacon. Dans un désir de partager, elle préfère adapter plutôt que traduire ses poèmes en français. «C'est pour que les gens puissent voir ce que je vois dans ma langue», ajoute-t-elle. Cette langue, elle continue d'ailleurs de l'enseigner, chaque mardi, «en s'amusant». 

Et elle continue de visiter sa famille, à Betsiamites, sur la Côte-Nord, et plusieurs autres communautés où elle donne des ateliers d'écriture dans les écoles. Si la situation est loin d'être rose dans les réserves, Joséphine Bacon insiste pour dire que certaines communautés se débrouillent bien. «Tout n'est pas noir. Il y a de l'espoir pour ceux qui vivent dans les communautés, il s'agit juste d'être bien organisés, de trouver des façons, des solutions», pense-t-elle. 

À travers tout ça, Joséphine Bacon continue son chemin, grappillant ici et là des vers qui deviendront les poèmes de son prochain recueil en chantier. «Ça ne s'arrête plus. Je n'écris pas tous les jours, mais quand une image me vient, à des moments où l'inspiration est là, alors j'écris. Parfois, tu as un vers tellement fort, il faut que tu l'écrives sur papier, pour ne pas que cette image meure. Une fois que tu retrouves ce bout de papier, tu retrouves où tu étais quand tu as eu cette image. La poésie prend alors sa naissance», témoigne la poétesse.  «La poésie ne meurt pas», répète-t-elle encore.

Hommage et salon du livre

Joséphine Bacon se réjouit de voir de jeunes auteurs des Premières Nations - surtout des femmes, remarque-t-elle - réussir à faire entendre leur parole. «Je trouve ça extraordinaire, parce que c'est à leur tour. Ils vont amener de l'espoir, ils vont réveiller leur nation. Ça me fait plaisir quand je vois des Naomi Fontaine, des Natasha Kanapé Fontaine...» énumère la poétesse innue. 

«Leur écriture ne ressemble pas à la mienne», nuance-t-elle toutefois. «Moi, étant beaucoup plus vieille, je parle de la terre des anciens, eux, ils parlent de la terre qui est brisée. On n'a pas passé par les mêmes chemins, c'est pour ça que nos poésies sont différentes. Quelque part, on retrouve notre amour de la terre. C'est ça qui nous rassemble, le respect qu'on a pour elle, notre amour.»

C'est à celle qui a «ouvert le chemin» que sera d'ailleurs dédié un spectacle hommage, Meshkanatsheu, en ouverture du Salon du livre des Premières Nations. La soirée d'ouverture aura lieu à la Maison de la littérature, vendredi, dès 18h30. Le reste de la programmation, qui comprend des déjeuners et des soirées de poésie, des tables rondes littéraires, des ateliers et des lancements de livre, se tiendra principalement à l'Hôtel-Musée Premières Nations, à Wendake. 

Pour tout connaître de la programmation : goo.gl/XD8btN

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