André-Philippe Côté: tout l'art du monde

André-Philippe Côté, revêtu du chandail du Canadien, dans... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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André-Philippe Côté, revêtu du chandail du Canadien, dans un clin d'oeil aux maires Labeaume et Coderre, qu'on trouve sur la page couverture de son 19e album de caricatures, portant respectivement les chandails des Nordiques et des Expos...

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Pour des milliers de lecteurs du Soleil, ses dessins sont chaque jour un rendez-vous incontournable. Son humour pince-sans-rire, ses savoureux clins d'oeil, sa capacité à tordre délicieusement le cou à ceux qui font l'actualité, sans verser dans la méchanceté ou chercher à alimenter le cynisme, font des caricatures d'André-Philippe Côté de petits bijoux qu'on se plaît à regarder une fois et une autre. Ça tombe bien, un recueil, son 19e, de ses meilleurs coups de l'année qui s'achève arrive ces jours-ci en librairie. Rencontre avec un créateur qui a fait de l'art sous toutes ses formes une nourriture essentielle.

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Le Soleil, André-Philippe Côté

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Le Soleil, André-Philippe Côté

Tous les jours de la semaine, bien avant que les animateurs de radio du matin ouvrent leur micro, André-Philippe Côté est déjà au boulot. Sorti du lit à 4h15, il est à pied d'oeuvre moins d'une heure plus tard, penché sur sa table de travail dans son bureau du Soleil, la tête déjà pleine d'idées à présenter pour approbation au rédacteur en chef. «De 5h à 9h, je suis dans ma bulle. C'est le trip, le rush de création.»

Une fois l'esquisse du jour choisie, cent fois sur le métier il remet son travail, fignolant ici un détail, ajoutant là un trait d'humour. C'est seulement une fois le travail terminé qu'il fait la revue des journaux et des sites d'informations. «Avant, je ne veux pas voir personne, je ne regarde rien.»

Tous ceux qui le connaissent savent qu'André-Philippe est un homme d'une grande discrétion. Les baguettes en l'air, très peu pour lui. Sauf, à l'occasion, lorsque le Canadien est impliqué dans un match serré en séries... Sa véritable nature, heureux mélange d'humour fin et de sensibilité, c'est dans la caricature et, depuis un certain temps, dans la peinture, qu'elle s'exprime le mieux. Chez lui, la machine créative tourne toujours à plein régime. Et depuis aussi longtemps qu'il remonte en arrière.

La passion pour le dessin a «toujours été là, ç'a commencé hyper tôt», confie-t-il, attablé devant une rousse au Café au Temps Perdu, sur l'avenue Myrand. «Étant quelqu'un d'assez discret, le dessin me permettait d'attirer l'attention, de me mettre en valeur. C'était ma façon d'aborder les gens.»

Dès sa première année du primaire, le petit André-Philippe savait que le dessin allait être toute sa vie. Il était déterminé à y parvenir, coûte que coûte. «Je n'avais pas de plan B. J'ai toujours été convaincu que ça marcherait. J'avais mis tous mes oeufs dans le même panier.»

Sauf qu'il lui a fallu emprunter le chemin le moins fréquenté, loin du parcours scolaire classique. 

De drop-out à drop-in

Convaincu qu'il n'avait pas à étudier en arts pour réaliser son rêve, peu motivé par les matières autres que le français et l'histoire, il commence à se désintéresser de l'école en 3e secondaire. Il a alors une quinzaine d'années. «L'école répondait mal aux gens qui ont des profils atypiques comme moi. Elle ne m'offrait rien par rapport à l'appétit que j'avais de connaître des choses. C'était plutôt tout le monde dans le même moule. J'aurais probablement été bien dans un programme arts-études, mais ça n'existait pas à l'époque.»

Et de l'appétit, l'adolescent qu'il était en avait beaucoup. «C'était hallucinant. Je lisais tout, j'étais affamé intellectuellement. À la bibliothèque, je dévorais les livres sur les surréalistes, Baudelaire, l'histoire des cathédrales, le théâtre. À la télé, je regardais Les beaux dimanches, Ciné-club

Plutôt que de devenir un drop-out, le jeune André-Philippe se transforme en drop-in, la direction de son école secondaire, De Rochebelle, dans Sainte-Foy, lui donnant la permission de participer à des activités parascolaires malgré son absence aux cours, chose impensable de nos jours, fait-il remarquer. «J'ai continué à y aller pendant deux, trois ans. Avec des amis, je montais des concours de caricatures, des soirées de théâtre, de poésie. J'ai abusé de cette liberté. J'ai étiré l'élastique au maximum.»

Pendant toutes ces années à se chercher, sans jamais cesser de dessiner, André-Philippe ne se fait pas servir la leçon par sa mère et son père, typographe pendant presque un demi-siècle au Soleil. «Mes parents trouvaient ça bizarre, mais ils me soutenaient. Je travaillais tellement fort. Je n'étais pas du genre à m'écraser devant la télé, à fumer un joint.»

Refusé au cégep

Puisqu'il lui faut bien gagner sa vie en attendant ce jour béni où il pourra vivre de son coup de crayon, André-Philippe se déniche un emploi de concierge, de nuit, à l'Université Laval. Pendant deux ans, il alterne les périodes de travail et de chômage, une façon de «se fabriquer sa propre bourse d'études», glisse-t-il, sourire en coin. Avec le précieux coup de pouce d'enseignants qui lui permettent d'obtenir un équivalent de diplôme d'études secondaires, il fait une demande d'admission au Cégep de Sainte-Foy, mais est refusé. «J'étais hyper frustré et je m'étais juré que je réussirais malgré ce refus.»

Fort d'un portfolio de plus en plus impressionnant, il réussit à se faire accepter plus tard à l'UQAM en arts. Il décroche après deux mois. «Je n'arrivais pas à suivre les cours, dans une classe, avec les autres. C'était trop lent.» Il retourne alors à sa moppe et à son balai, mais sans jeter l'éponge.

Entre-temps, le défunt magazine humoristique Safarir fait appel à ses services comme bédéiste. Puis, après avoir gagné un concours de bande dessinée, en 1982, un article sur lui est publié dans Le Soleil. L'un des directeurs du journal, Magella Soucy, fait appel à ses services pour une exposition au Salon du livre du Québec. Il est embauché pour le cahier «Crayons de Soleil». De fil en aiguille, on lui donne des contrats d'illustrations d'articles, le bonheur. «À 30 ans, c'est la première fois que je recevais un chèque pour faire des dessins.»

Le train est lancé sur les rails et ne s'arrêtera plus.

Peindre pour le plaisir

Maintenant établi comme l'un des meilleurs caricaturistes au Québec, sinon le meilleur, André-Philippe prend de plus en plus de plaisir à peindre, ses plus récentes toiles s'inspirant de l'art inuit. Dans l'atelier de sa résidence, il se laisse aller à sa passion. «Avec la caricature, tu te prends la tête; la peinture, c'est plus du domaine du ressenti.»

Mais n'allez pas lui demander d'où lui vient son inspiration. Il n'a pas le goût de s'expliquer, de chercher dans ses oeuvres de quelconques messages subliminaux. «Je le fais parce que ça m'amuse.»

Et nous, de bien nous amuser avec ses caricatures...

Les personnages de Côté

Le personnage le plus souvent caricaturé?

La mairesse Boucher. C'était un personnage drôlement atypique dans le paysage politique. Elle avait de la gueule, elle prenait sa place. C'était un peu une mairesse de village, mais dans une grande ville.

Le personnage qui te donne le plus de mal?

Il y en a que je ne sens pas, et ce n'est pas une question d'apparence physique. Françoise David, par exemple, j'ai toujours eu du mal à la dessiner. Justin Trudeau, je commence à l'avoir. Des personnages, ça prend toujours du temps à se placer. Il faut les faire 20, 30, 50 fois avant de les mettre à sa main.

Les personnages les plus faciles à dessiner?

La mairesse Boucher, Régis Labeaume, Jean Chrétien, Lucien Bouchard...

En rafale

Un personnage historique

Nelson Mandela. Le genre de personnage qui change l'histoire. L'Afrique du Sud, à l'époque, ç'aurait tellement pu être un carnage sans lui. Il a eu un doigté extraordinaire.

Un politicien

René Lévesque. Il avait un charisme hallucinant comme on n'en voit plus. Il donnait toujours l'impression de te parler, à toi. Une approche jamais comptable, jamais fonctionnaire. Il était toujours conscient que la politique touchait les gens.

Un réalisateur

Un seul, c'est difficile... Hitchcock, Chaplin et Woody Allen. J'aime les réalisateurs dont les films peuvent aller chercher un public très large.

Un dramaturge 

Robert Lepage. J'ai tout vu de lui, sauf 887. J'aime beaucoup le théâtre de la parole, avec des dialogues forts. Je n'aime pas les mises en scène exubérantes.

Un musicien

Je n'ai pas vraiment de musicien préféré. J'aime beaucoup les musiques planantes, répétitives, un certain rock contemporain comme celui de Björk ou de CocoRosie.

Un écrivain

Michel Houellebecq (Soumission, Plateforme).

L'écrivain controversé par excellence.

Politiquement incorrect et d'un cynisme hallucinant.

Un peintre

Picasso. Lorsque j'étais jeune, ç'a été une révélation. Une oeuvre immense, un homme d'une liberté incroyable qui n'hésitait pas à changer de style sans avertissement.

Un musée

Le MONA (Museum of Old and New Art), à Hobart, en Tasmanie, une île située au sud-est de l'Australie. Le musée a été créé par un milliardaire collectionneur, David Walsh, qui a fait fortune dans les casinos. Il est considéré parmi les plus beaux au monde. L'endroit m'a complètement décontenancé. Ç'a été un choc.

Une ville

Venise. Une perle, un bijou, une merveille.

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