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Simon Roy: a beau mentir qui vient de loin

Après la figure de la mère, qui habitait... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Après la figure de la mère, qui habitait Ma vie rouge Kubrick, c'est la relation père-fils qui alimente ce nouveau roman, Owen Hopkins, Esquire, de l'auteur Simon Roy.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Son premier roman, Ma vie rouge Kubrick, était inclassable, à mi-chemin entre l'essai et l'autofiction. Simon Roy en parle comme d'un récit. Cet automne, avec Owen Hopkins, Esquire, on est dans la fiction, assure l'écrivain. «Tout est inventé», précise-t-il.

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Simon Roy Owen Hopkins, Esquire édition BORÉAL 248 pages

Quoique... En creusant un peu, l'inspiration ne vient jamais de bien loin. Owen Hopkins, Esquire, raconte l'histoire de Jarvis, un fleuriste montréalais qui reçoit la nouvelle de l'agonie de son père. Ce paternel britannique, qui a habité au Québec le temps de trouver femme, faire deux enfants et vivre un terrible drame, est parti refaire sa vie dans sa région natale de Hull, en Angleterre. Jarvis se rend à contrecoeur au chevet d'Owen Hopkins, fabulateur invétéré, dont l'absence et la fuite ont laissé un goût amer à son fils. 

Après la figure de la mère, qui habitait Ma vie rouge Kubrick, c'est la relation père-fils qui alimente ce nouveau roman. «L'histoire du fils et du père, à la base, je pense que je la portais depuis que je suis gamin», admet Simon Roy. Comme le personnage d'Owen Hopkins, le père de l'auteur évoluait dans le monde de la musique et de la scène. Il a frayé avec des vedettes, était souvent absent, et avait de nombreuses histoires abracadabrantes à raconter dans les partys de famille. 

S'il s'agit d'un matériau fertile dans lequel il a pigé, Simon Roy insiste pour dire que la fiction a fait son oeuvre et que tout est transformé. «C'est un peu cliché de dire ça, mais dans mes deux livres, je pars du réel, le matériau brut est authentique, et par la seule transformation vers la fiction, je deviens menteur. Ce n'est plus de la vérité», expose-t-il. 

Cette notion de mensonge est au coeur de sa trame narrative. «On aime ça, être dupés, manipulés, même si c'est frustrant», pense Simon Roy. «C'est le charme de l'esbroufe, comme je l'écris dans le livre. La vérité n'intéresse personne. Un magicien qui dévoile ses secrets n'a plus d'intérêt. Ce qu'on aime, c'est être médusé. Et je pense que la fiction joue là-dessus», analyse-t-il.

Signature fragmentée

Ceux qui ont lu Ma vie rouge Kubrick, sacré au Prix des libraires du Québec, ne seront pas dépaysés sur la forme. Simon Roy garde sa signature fragmentée, où des morceaux de réflexion et d'informations entrecoupent le récit. «Les attentes sont élevées. C'est dur d'arriver avec un deuxième roman, dans le sens où quand tu fais un peu comme le premier, les gens vont te reprocher de faire comme le premier. Mais si tu vas ailleurs, les gens vont dire qu'ils ne retrouvent plus ce qu'ils aimaient», explique Simon Roy. 

Peu importe, c'est dans cette formule qu'il se trouve le plus à l'aise. «J'aime beaucoup l'idée du fragment, ne serait-ce que pour désamorcer des situations très chargées émotivement, pour éviter de tomber dans le pathos. C'est dans ma nature aussi de ne pas me laisser anéantir par des drames, j'essaie de m'occuper moi-même à d'autre chose», explique-t-il.  

«Ça s'adresse à un lecteur exigeant, qui va remarquer qu'il y a tout un sous-terrain calculé, qu'il se fait amener quelque part comme dans un labyrinthe, et qu'il doit trouver la sortie. D'autre part, c'est un livre qui s'adresse au coeur aussi, parce que je suis quelqu'un de sensible. Pour moi, une oeuvre marquante doit satisfaire à la fois la tête et les sens», argue Simon Roy. 

Organiser le chaos

L'auteur n'en fait pas de cachette : il y a beaucoup de construction dans ses romans. «Il y a peu de choses laissées au hasard. La vie en général n'est pas linéaire. L'idée d'organiser le chaos et d'utiliser les fragments, ça permet de prendre plein de choses qui n'ont pas l'air d'avoir de lien ensemble et de les relier», explique-t-il. 

D'ailleurs, Simon Roy ne s'aventure pas à dire si cette formule continuera de le suivre, ni même si prochain livre il y a aura. «Présentement, la fenêtre est fermée. Mon livre vient de paraître, j'ai le goût de le chérir, de le porter, de vivre un peu avec lui. Est-ce qu'il y en aura un autre? Je ne sais pas, chaque livre est potentiellement le dernier», émet Simon Roy. Il avait le même sentiment après avoir terminé Ma vie rouge Kubrick. Cela tient probablement aussi au fait qu'il se dit pleinement satisfait par sa «job de jour» d'enseignant au cégep. 

L'écriture est arrivée à lui «de manière accidentelle», un peu par ennui en 2012 durant la grève étudiante, et ensuite nourrie par le drame du suicide de sa mère. Il faudra un autre sujet fort pour qu'il s'y remette une troisième fois. «Si ça ne m'intéresse pas profondément, je ne sais pas comment je ferais pour intéresser quelqu'un Je n'aime pas prendre les choses en dilettante, il faut vraiment que ce soit obsessionnel. Si y'a pas d'obsession, à quoi bon le faire?» s'interroge-t-il.

L'habit fait le moine

Owen Hopkins, Esquire se passe principalement à Hull, dans le nord-est de l'Angleterre. Un endroit qu'a intimement connu Simon Roy, puisqu'il y a été professeur adjoint durant un an, à la fin de sa maîtrise. «Une des belles années de ma vie», se remémore-t-il, tout sourire. 

L'auteur a plongé dans ses souvenirs pour écrire, des souvenirs qui sont particulièrement liés à la scène musicale des années 80, peu connue ici, mais qui a précédé la naissance d'artistes comme Fatboy Slim. Il a d'ailleurs fréquenté, sans le savoir, son magasin de disques, à Hull, alors qu'il était encore connu sous le nom de Norman Cook, ex-membre des Housemartins. 

«J'étais très groupie», raconte Simon Roy. Tellement groupie, qu'il s'est fait passer pour une journaliste du Voir auprès de son groupe fétiche, The Beautiful South. «À beau mentir qui vient de loin, il n'y avait pas Internet à l'époque pour vérifier», rigole-t-il. Le groupe n'a pas voulu lui accorder l'entrevue qu'il demandait, mais lui a refilé un laissez-passer V.I.P. pour un spectacle. Simon Roy s'y est rendu et, de son propre aveu, s'est incrusté dans l'équipe, tout bonnement... et sans jamais écrire un article à la fin, évidemment. 

«J'étais là, je me pinçais, j'étais avec mon groupe préféré, mais sur de fausses bases, une imposture brute, et à la fin, j'ai été invité à aller dans un pub pour finir la soirée avec eux. On dit que l'habit ne fait pas le moine, moi, je pense qu'il le fait beaucoup», conclut Simon Roy.  

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