Nathalie Leclerc: la voix de son père... et la sienne

De retour d'un séjour de deux ans en... (Le Soleil, Erick Labbé)

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De retour d'un séjour de deux ans en France, Nathalie Leclerc a retrouvé sa demeure bien-aimée, une vieille maison d'habitant rénovée.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Nathalie Leclerc nous a donné rendez-vous chez elle, à l'île d'Orléans. Le temps est particulièrement doux, les couleurs d'automne à leur apogée, dans un décor de carte postale.

La journée est radieuse, notre hôtesse l'est tout autant. Elle revient à peine d'un séjour de deux ans en France, où elle a emmené ses trois garçons de 7, 10 et 13 ans. «J'ai des ailes dans le dos, je suis super contente», ne peut s'empêcher de lancer Nathalie Leclerc. 

Elle a retrouvé sa demeure bien-aimée, une vieille maison d'habitant rénovée. Assise à la table de la cuisine, elle peut voir, du coin de l'oeil, la maison de son enfance, bâtie par son père, Félix Leclerc, où sa mère habite encore. 

Enfant, elle venait souvent dans la maison de Mme Pichette, sa voisine. «Elle était là, à se bercer, devant le foyer», raconte-t-elle en pointant le salon. Par une entente conclue entre son père et Jos Pichette, cette maison est devenue la sienne, à l'âge adulte.

C'est un des souvenirs que Nathalie Leclerc raconte dans son tout premier livre, un récit touchant, parfois drôle, parfois émouvant, de la vie avec son illustre père, Félix Leclerc, et aussi du deuil qu'elle a dû faire de son papa, mort quand elle avait 19 ans.

La couverture du livre est éloquente. Par son titre, d'abord, La voix de mon père, mais aussi par cette jolie photo où on la voit, enfant, qui regarde intensément son père, armé de son éternelle guitare. Félix y est omniprésent. «J'aimais tellement mon père, c'était tellement toute ma vie!» lance sans ambages celle qui a créé l'espace à son nom à l'entrée de l'île d'Orléans.

Sauf que ce premier ouvrage est surtout la découverte - ou plutôt l'affirmation - de sa propre voix, celle d'une écrivaine en bonne et due forme. Il lui a fallu 30 ans avant d'y arriver. Et tout ça - ou presque -, à cause de soeur Gabrielle, une enseignante qui lui a jeté au visage une de ses compositions en l'accusant d'avoir plagié son père. Elle le raconte dans son roman. Elle avait 10 ans. «Ça a brisé mon élan. Je ne peux pas tout mettre sur sa faute, évidemment, mais oui, elle a en quelque sorte fauché le petit crocus en moi qui sortait tranquillement de la neige», illustre-t-elle. 

«La fille de...»

Elle a aussi eu à porter dans son parcours le poids d'être «La fille de...». «Ça m'a toujours suivie. Mon ami suisse Lionel, dont je parle dans le livre, quand on s'est retrouvés, m'a dit : "Dans le fond, tu ne t'appelles pas Nathalie, tu t'appelles 'la fille de'." En même temps, je suis la seule fille au monde à pouvoir dire que je suis la fille de Félix Leclerc. Il faut vivre avec ça. Il y a deux côtés à une médaille», pense-t-elle.

De son propre aveu «hypersensible», Nathalie Leclerc a enfin trouvé la force d'embrasser ce trait de caractère et de l'utiliser pour faire ce qui la passionne par-dessus tout : écrire. «Je suis vraiment intense. En même temps, je le prends, je vis pour des moments forts. Mon père m'a appris ça. Toute ma vie, j'ai regardé mon père vivre. On me demandait ce que mon père faisait, je disais : "Il regarde." Moi, c'est lui que je regardais. Il m'apprenait à vivre par sa façon de vivre à lui, sans avoir à m'expliquer. C'est pour ça que, quand il est mort, je n'avais plus de repères. Je me demandais comment faire pour vivre.» 

Écrire La voix de mon père était, en quelque sorte, le chemin vers la sérénité. «Ça m'a délivrée. Ça m'a ouvert au bonheur, à la lumière au bout du tunnel», expose-t-elle.  

Le récit, qui se tricote au fil de petites vignettes, là racontant le souvenir de la rencontre entre son père et Maurice Richard, là évoquant la vie de poète vue de l'intérieur, faite de longues marches et de longues heures passées dans son bureau, distille une vision intimiste de Félix Leclerc. On est loin de la biographie; on est dans le ressenti, immergé totalement dans le regard épris d'admiration de sa fille, Nathalie. «La mémoire de l'enfance est à l'abri du temps», écrit-elle joliment dans La voix de mon père.

Une mémoire protégée

«Je suis revenue de France et je suis devenue une femme. Je ne suis plus la petite fille qui cherche son père. Le livre a été écrit, c'est réglé», continue Nathalie Leclerc. «Maintenant, c'est comme si la mémoire de mon enfance est là, protégée. Comme une perle dans un coffre au fond de l'océan. C'est comme ça que je le vois. Et c'est peut-être pour ça que je me sens tellement bien maintenant.»

En retournant en France, où elle est née, Nathalie Leclerc a aussi bouclé une boucle. Elle se sent appartenir autant au Québec, sur son île, qu'à Paris, en ville. «Une amie me demandait récemment si j'allais vivre sur l'Île toute ma vie. Avant je disais oui, maintenant, je ne sais pas. On dirait que je pourrais vivre partout maintenant», analyse l'écrivaine. «Mes racines profondes sont ici, oui, c'est toute ma vie, mais je suis aussi née à Paris. Je suis comme déracinée et enracinée partout. J'ai besoin d'une grande liberté. Je l'ai acquise en me déracinant, tout en restant enracinée ici dans cette maison», poursuit-elle. 

Les chênes tant aimés plantés par Félix sont toujours là. Nathalie en a planté d'autres, des tout petits qui prendront des années encore avant de pousser. Une certitude reste : Nathalie Leclerc continuera d'écrire. «Il faut se battre pour faire ce qu'on aime.»

Documentaire et film

Les pommes ne sont pas tombées loin de l'arbre. Les enfants de Félix Leclerc évoluent tous dans le domaine artistique. Son plus vieux fils, Martin Leclerc, le demi-frère de Nathalie et de Francis, a travaillé à l'ONF, comme photographe et cadreur. Francis, lui, travaille comme réalisateur autant à la télévision qu'au cinéma. Il travaille d'ailleurs présentement à l'adaptation du roman Pieds nus dans l'aube, écrit par son père. Nathalie, elle, participera aussi à une aventure télévisuelle. «C'est un documentaire sur mon père, réalisé par Hugo Latulippe. J'y lis quelques textes tirés de mon livre», explique-t-elle. L'oeuvre sera diffusée sur les ondes de TVA et de Télé-Québec, mais les dates ne sont pas encore connues.

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