Le livre de la semaine: Blessures

YING CHEN, Blessures (Boréal) (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'histoire: Le fantôme d'un médecin occidental, ayant quitté son pays pour aller pratiquer en Asie où il s'est porté volontaire comme médecin de campagne pendant qu'une guerre révolutionnaire y fait rage, retourne sur les lieux où il a vécu les derniers mois de sa vie et où il a trouvé la mort. Parallèlement à son voyage, au cours duquel il rencontre ses plus fidèles collaborateurs, l'interprète et Poutre-numéro-deux, eux aussi des spectres, il revoit les moments forts de sa vie, tant celle qu'il a laissée par dépit que celle qu'il a adoptée par convictions personnelles. Difficile de ne pas y reconnaître Norman Bethune.

YING CHEN, Blessures (Boréal) (Archives La Presse, François Roy) - image 2.0

Agrandir

Archives La Presse, François Roy

L'auteure: Née à Shanghai en 1961, Ying Chen s'est installée à Montréal en 1989 afin de poursuivre des études au Département de littérature française de l'Université McGill où elle a obtenu une maîtrise en création littéraire. Avant de lancer Blessures, elle avait publié 11 romans, dont Ingratitude, en lice pour le prix Femina 1995 et qui lui a valu le prix Québec-Paris, de même que le Grand Prix des lectrices de Elle Québec.

. . . . . . . . . . 

Déserter de l'intérieur

CRITIQUE / Blessures, c'est un regard sur la vie de Norman Bethune (1890-1939), sans que le médecin canadien n'y soit jamais nommé. C'est également une perspective intime sur la Chine, sans que l'Empire du Milieu ni son Grand Timonier Mao n'y soient cités en tant que tels non plus.

Ying Chen préfère évoquer : le milieu rural où son «héros» tente de guérir (tant les soldats blessés qui affluent du front que ses propres cicatrices d'homme incompris devenu figure mythique, voire instrumentalisée des années après son décès pour favoriser un rapprochement commercial entre son pays natal et sa contrée d'adoption); une Chine alors en guerre contre le Japon, certes, mais aussi en mutation intérieure. L'auteure confronte ainsi le romantisme des grands principes à l'humanité des petites et grandes trahisons morales sur le champ de bataille comme dans la vie de couple; le politique au personnel; le silence désillusionné aux discours visant à manipuler les masses; les traditions millénaires à «la supériorité de la loi de la jungle»... À partir de Bethune, Ying Chen crée des ponts entre ici et là-bas, entre hier et maintenant. Par le biais de son fantôme, elle transcende les frontières du temps et de l'espace afin de (nous faire) réfléchir à la valeur des aspirations d'un individu devant celles de la collectivité - et vice-versa.

Ce faisant, Ying Chen propose un roman touffu, syncopé, qui réclame d'être apprivoisé. D'hermétique au premier abord, sa plume s'aère toutefois, ouvrant des espaces dans lesquels le lecteur finit par ressentir et mieux comprendre la Chine des années 30 (Bethune y est mort en 1939) et celle d'aujourd'hui. Des espaces dans lesquels le lecteur peut projeter ses propres questionnements sur les mérites de l'idéalisme et la notion d'aide (que les Occidentaux sont si prompts à offrir, pour ne pas dire imposer, en croyant «incarner le bien et posséder la vérité ultime»), comme sur les conséquences de la course à la modernité et de l'entretien du culte du héros, entre autres.  Valérie Lessard, Le Droit ***

. . . . . . . . . . 

Simplicité volontaire

CRITIQUE / Fiction aux «accents historiques et politiques», Blessures a comme trame de fond la guerre sino-japonaise qui a fait rage en Chine entre 1937 et 1945. Le docteur y est en première ligne afin de soigner les blessés. Privé de tout l'équipement et du confort que lui offrait sa pratique en Occident, le médecin de campagne, qui travaille dans un village d'un pays en voie de développement, doit opérer un nombre toujours grandissant de victimes sans personnel véritablement formé, dans un environnement insalubre et en manque constant de médicaments. Mais malgré ces conditions lamentables, il est heureux. Il a gagné une liberté professionnelle et idéologique et a retrouvé la véritable essence de sa mission.

Le propos de Blessures est lourd. Difficile de lire certains passages et ne pas avoir en tête les images de ces hôpitaux récemment bombardés en Syrie. Les ravages de la guerre sont toujours les mêmes, peu importe les pays ou les époques. Et difficile de ne pas admirer encore plus tous ces médecins qui choisissent de s'occuper des plus démunis au risque d'y laisser leur santé et même leur vie. Il est également lourd à cause du regard qu'il jette sur la révolution chinoise mais aussi sur l'Occident bienfaiteur qui, par vanité, est toujours prêt à aider les pays qu'il juge moins développés. Il l'est finalement par son analyse du combat entre l'individu et la collectivité.

Toute cette lourdeur est accentuée par le fil de l'histoire racontée par Ying Chen. Il n'y a pas vraiment de chronologie dans Blessures. Le présent est constamment chevauché par le passé par le biais de retours en arrière. Et comme si ce n'était pas assez, les phrases de Blessures sont extrêmement longues. Il faut donc prendre le temps de lire le dernier roman de Ying Chen afin d'en apprécier toutes les subtilités. 

Il n'y a pas de doute, Blessure est une oeuvre à la hauteur du grand talent de Ying Chen. Malheureusement, elle ne s'adresse pas à tous les publics, ce qui est dommage. En cette période où l'on doute parfois de la tangence prise par la société, l'histoire du docteur pourrait réconcilier bien des gens avec la nature profonde de l'être humain. Jean-François Tardif, Le Soleil  ***

. . . . . . . . . . 

Extrait: la première page

«Rien ne justifie qu'il doive d'abord passer par ici, dans cette demeure de trois étages faite en bois et dont les fondations pourrissent inévitablement, maison un peu trop grande par rapport aux autres du village, dans la monotonie et l'étroitesse qu'on y ressent comme dans tous les villages, même quand ils se trouvent au milieu des champs étendus, uniformisés par les mouvements et les bruits ponctuels des silhouettes et des objets, silhouettes automates et objets morts qui dépendent de l'énergie extérieure pour prendre un semblant de vie, que seules les forêts et les collines environnantes pourraient parfois adoucir, embellir et rendre présentables sur des cartes postales. Mais, de loin, en un jour sans soleil et sans fumée de cheminée comme celui-ci, malgré les feuilles flamboyantes simulant des crépuscules, des personnes autres que lui, qui ne sont pas natives d'ici, venant de régions tapageuses, surpeuplées, prendraient ce type de village pour un cimetière de luxe.

. . . . . . . . . . 

À venir

  • 22 octobre: Christian Guay-Poliquin, Le poids de la neige (La Peuplade)
  • 29 octobre: Lucie Pagé, Sexe, pot et politique (Libre Expression)
  • 5 novembre: Jack Thorne, Harry Potter et l'enfant maudit (Gallimard)

Écrivez-nous

Le Club de lecture se veut un lieu d'échange sur la littérature. Chaque semaine, deux journalistes du Groupe Capitales Médias partagent leur appréciation d'un livre. Et nous voulons aussi votre avis! Vous avez lu le bouquin dont nous parlons et voulez donner vos commentaires? Envoyez-nous un texte d'environ 80 mots (500 caractères) avec votre nom et votre lieu de résidence à clubdelecture@gcmedias.ca

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer