Larry Tremblay: un roman en cube Rubik

Pour l'écrivain et homme de théâtre Larry Tremblay,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Pour l'écrivain et homme de théâtre Larry Tremblay, il faut toujours une bonne dose de coeur pour écrire.

Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Larry Tremblay aime aller où on ne l'attend pas. «Je fais toujours ça», concède l'auteur en riant. «Je pense que c'est parce que je m'ennuie, je ne peux pas réécrire ce que j'ai déjà fait», continue-t-il, sourire en coin.

Ses lecteurs sont «toujours surpris, parfois même choqués», confie-t-il. Du Christ obèse à L'orangeraie, et dans son nouveau roman, L'impureté, c'est toujours la même démarche, mais jamais le même résultat. «J'ai une approche très physique. L'orangeraie, je l'ai écrit à partir du coeur, Le Christ obèse, à partir du bas-ventre, et L'impureté, à partir de la tête. Chaque roman a une majeure, un endroit de mon corps. Ça change tout d'écrire à partir du coeur ou de la tête», analyse Larry Tremblay.

Attention, se reprend-il toutefois : il faut toujours une bonne dose de coeur pour écrire, et ça a été le cas aussi pour l'impulsion première de L'impureté. «La chair des mots vient du coeur, mais c'est la tête qui a écrit la structure», précise l'auteur originaire de Chicoutimi.

Et pour cause. Dans ce nouveau roman plutôt court, mais frappant, c'est le savant jeu de miroir, ce «double piège», comme le décrit lui-même Larry Tremblay, qui vole la vedette.

On y suit Antoine, dont la femme écrivaine vient de mourir. Elle laisse derrière elle un ultime manuscrit. Rattrapé par les souvenirs de sa jeunesse étudiante au Saguenay, à l'époque de la tragédie de Saint-Jean-Vianney, il plonge dans la lecture de ce qui pourrait bien devenir un brûlot littéraire...

On n'en dira pas plus, de peur de gâcher le plaisir du lecteur, sinon que la mécanique est redoutablement efficace et précise. «J'ai passé plus de temps à travailler la structure qu'à écrire le roman. Parce qu'écrire le roman, ce n'est pas très difficile, mais agencer les masses textuelles entre elles pour créer cet objet, c'est presque comme un cube Rubik. Voilà, j'ai l'impression que mon roman est un cube Rubik», lance Larry Tremblay, sourire en coin.

Inspiration de jeunesse

Si l'oeuvre en est une de fiction, l'écrivain et homme de théâtre admet avoir puisé dans la matière de sa propre jeunesse dans les années 70, vécue à Chicoutimi. «Je suis allé piller mes souvenirs d'adolescence, mes lectures de l'époque aussi», comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, raconte-t-il. «J'ai vécu l'existentialisme un peu en retard, c'était déjà fini à Paris, comme je le dis dans le roman. Mais n'empêche que lire ces livres-là à cette époque, ça a été une grande richesse, ça m'a permis de mieux comprendre le monde.»

Après cette inspiration première, il lui a bien fallu se distancier du personnage d'Antoine et le rendre antipathique, pour les besoins de l'histoire. «C'est difficile à faire. Ça peut être très cliché, trop gros. Antoine, il est antipathique parce qu'il manipule les autres. On sent qu'il a tous les moyens intellectuels pour être un grand penseur, mais qu'il les utilise pour manipuler les êtres plus fragiles», développe l'écrivain.

Comme dans toutes ses oeuvres, Larry Tremblay dit s'être laissé guider par une question. «Je me trouvais un peu dans un brouillard avec un fanal, et le fanal, c'était ma question : "Pourquoi faisons-nous du mal aux gens que nous aimons?" expose-t-il.  

«J'ai connu des gens qui ont été blessés par d'autres qui prétendaient les aimer. On est toujours très étonné que ça arrive, mais ça arrive souvent. Quand on apprend un scandale, souvent, on ne l'avait pas vu venir. Je voulais travailler cette surprise-là», poursuit encore l'auteur. 

Et comme dans son théâtre, Larry Tremblay nous laisse avec plus de questions que de réponses. «J'aime que l'oeuvre demeure ouverte. J'aime cette diversité des interprétations. Mon roman n'est pas monolithique.»

***

Larry Tremblay, L'impureté, Alto, 160 pages

Écrire avec le sourire

L'automne de Larry Tremblay est bien chargé. En plus de la publication de L'impureté et la réédition de La hache, tous deux aux Éditions Alto, l'auteur signe deux pièces de théâtre qui prendront l'affiche à Montréal (Le garçon au visage disparu, à la Licorne, et Le Joker, au Quat'Sous). Reste que la nouveauté la plus surprenante dans le répertoire de l'auteur, c'est un charmant roman graphique pour enfants, Même pas vrai, illustré par Guillaume Perreault et publié aux Éditions de la Bagnole. 

«Là, je me suis payé la traite. Quel plaisir d'écrire ça, lance Larry Tremblay. On parlait des endroits du corps tout à l'heure, eh bien, ce livre-là, je l'ai écrit avec un grand sourire dans la face, et j'espère que le lecteur l'aura, lui aussi, ce sourire.»

Un petit garçon porté depuis des années

Le personnage au coeur de cet ouvrage inclassable, entre la BD, l'album pour enfants et le roman graphique, taraudait Larry Tremblay depuis plusieurs années. «Il y a très peu d'oeuvres que nous portons pendant des années sans le savoir et qui un jour jaillissent de nous. Il y a eu The Dragonfly of Chicoutimi, qui a sorti en trois semaines, et Même pas vrai, en quelques jours seulement. C'est un petit garçon que je portais en moi et qui voulait que je le mette au monde.»

Ce petit Marco, un mélange de Larry enfant, et d'un peu tous les enfants qu'il a connus, nous présente son quotidien, qu'il se plaît à réinterpréter dans des reportages effectués avec son micro imaginaire. «Ce que j'aime beaucoup, ce sont les questions que les enfants posent aux adultes, et les difficultés qu'ont les adultes à répondre. Marco désarçonne les adultes autour de lui», expose Larry Tremblay.  

«Les enfants ne sont pas blasés, ils ne sont pas désillusionnés, s'enthousiasme l'auteur. Ils sont encore capables de croire aux extraterrestres. Quand on est jeune, on aime croire, parce que croire, c'est approcher la magie. C'est pour ça que la mythologie, tout ce qui est Harry Potter, ça fonctionne si bien avec les jeunes. Il y a une ouverture sur le possible.»

Même pas vrai a été écrit comme une oeuvre jeunesse, bien que les adultes y trouveront aussi leur compte, sinon plus. Les oeuvres de Larry Tremblay, même écrites pour des adultes, trouvent souvent écho auprès des plus jeunes. «C'est vraiment étrange, certaines de mes pièces qui sont très appréciées par les ados, comme Le ventriloque, qui est beaucoup jouée au Mexique cette année», constate l'auteur. L'orangeraie vient d'être publié dans une collection expressément pour jeunes en espagnol. «J'ai donné sept entrevues à des médias mexicains la semaine dernière», partage-t-il, encore étonné de la chose. 

«Ça prouve peut-être que mon imaginaire s'ancre souvent dans l'enfance et dans l'adolescence. L'adolescence, pour moi, c'est la passion, la révolte, l'esprit critique - le côté positif, du moins. Tant mieux si j'arrive à puiser dans mon expérience personnelle pour insuffler ça à mes textes. Parce que j'aime cette révolte et cet esprit critique.»

***

Larry Tremblay et Guillaume Perreault, Même pas vrai, La Bagnole, 192 pages

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