Le livre de la semaine: Les empocheurs

YVES BEAUCHEMIN, Les empocheurs (Québec Amérique) (Infographie Le Soleil)

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YVES BEAUCHEMIN, Les empocheurs (Québec Amérique)

L'histoire: Tout juste sorti de l'université, Jérôme Lupien a de grandes aspirations pour la suite des choses. Mais voilà que deux malheurs s'abattent sur lui et ébranleront profondément ses valeurs. Alors qu'il remet ses principes en question, le jeune homme rencontrera des gens qui lui font miroiter un avenir alléchant. Mais le jeu en vaut-il la chandelle?

YVES BEAUCHEMIN, Les empocheurs (Québec... (La Presse, Marco Campanozzi) - image 2.0

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La Presse, Marco Campanozzi

L'auteur: Yves Beauchemin, 75 ans, est l'un des écrivains québécois les plus encensés. Il a gagné le prix France-Québec en 1975 avec L'enfirouapé, mais c'est Le matou, en 1981, qui le propulse comme auteur à succès, avec plus d'un million d'exemplaires vendus. Yves Beauchemin a continué de charmer les lecteurs avec, notamment, Juliette Pomerleau et la série Charles Le TéméraireLes empocheurs est son 11e roman.

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La rédemption du pigeon

CRITIQUE / On est toujours le pigeon de quelqu'un d'autre. Aussi bien alors que ce soient les autres, les pigeons. Voilà qui résume l'état d'esprit de Jérôme Lupien, finissant en littérature à l'université qui avait le monde devant lui, avant d'être, coup sur coup, la pauvre victime de deux arnaqueurs sans scrupules.

Or, ces deux incidents, en apparence anodins, transformeront profondément le protagoniste. Lupien, désespéré et aveuglé par sa soif de vengeance et par l'orgueil, deviendra à son tour un habile manipulateur, prêt à tout pour parvenir à ses fins, même à infliger aux autres le sort qu'on lui a jadis fait subir. D'abord naïf et vert, Jérôme deviendra un crotté, un trou du cul, un vrai.

Un roman dense, qui n'est pas sans rappeler le ton ironique des nouvelles de Maupassant au cours des premières pages, mais qui nous ramène rapidement dans le présent au fil d'un récit captivant calqué sur l'actualité. Le langage coloré d'Yves Beauchemin, habile jongleur de mots, nous fait découvrir les travers de la nature humaine, mais aussi la complexité de celle-ci.

Alors qu'on pourrait haïr le personnage principal, qui ne voit pas le piège qui se dessine à des kilomètres à la ronde, on ne peut s'empêcher de ressentir plutôt pour lui une grande empathie même s'il se défait peu à peu de son humanité. On espère toujours sa rédemption, qui viendra au terme de ce roman à saveur de corruption, de collusion et de chantage, et ce, surtout parce que ses mésaventures nous rappellent immanquablement que nous aussi, on a déjà été le pigeon de quelqu'un d'autre...

Un ouvrage qui traîne parfois en longueur et qui aurait gagné à être un peu plus court, dont le coeur du récit est tellement abracadabrant qu'il en devient invraisemblable... ou pas.  Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est ***

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Comme une odeur de déjà-vu

CRITIQUE / «Chacun pour soi, au diable les autres.» Écoeuré de se faire arnaquer, le jeune Jérôme Lupien, en sabbatique après des études en littérature, décide de mettre ses principes en veilleuse et de plonger dans l'univers des agents d'influences, où tout est permis pour faire de l'argent. Quitte à devenir une crapule au passage. Il entre ainsi dans une ronde infernale avec des ministres véreux, des entrepreneurs en construction sans scrupule et des lobbyistes aux dents longues.

Peut-être étais-je le mauvais public pour apprécier ce roman acide de Beauchemin? La journaliste judiciaire en moi a bâillé d'ennui en lisant ce qui m'apparaissait comme un pastiche de commission Charbonneau, beaucoup moins palpitant que l'original.

Le regard ironique et sans complaisance que l'auteur chevronné porte sur la classe politique québécoise n'est pas sans intérêt. Mais son intrigue, elle, m'a déçue. Après des années à suivre des reportages d'enquête, il aurait fallu, pour titiller mon intérêt, une proposition plus inventive sur ces thèmes bien usés par l'actualité que sont la corruption et la collusion.

Le «héros», antipathique, puéril et nombriliste, m'a fait pousser des soupirs d'exaspération. «C'est peut-être comme ça qu'on devient une crapule. Question de circonstances», se demande Jérôme Lupien. Et 30 secondes plus tard, il ronfle comme un bienheureux. Insupportable!

Je me suis amusée - un peu - à deviner quelles personnalités publiques avaient inspiré l'auteur lorsqu'il a construit ses personnages, des gens froids, avides et calculateurs.

J'ai persisté tout au long des 400 pages pour savourer chaque morceau de langue de Beauchemin, qui nous ravit avec un vocabulaire du terroir («criailleries», «se remmieutent») et des expressions délicieuses («une moiteur à couper en tranches», «la malchance, ce bourreau aveugle qui frappe ses victimes sans les connaître»).

Le Montréal des Empocheurs est fait de petits cafés, de restaurants luxueux, de vitrines battues par la pluie. C'est tellement bien décrit qu'on s'y croirait. Si on veut y être, ce qui n'était pas mon cas.  Isabelle Mathieu, Le Soleil **

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Extrait: la première page

Un soir d'octobre, au début des années 2000, quelques minutes après le coucher du soleil, une lune orange s'éleva dans le ciel tourmenté d'où tombait une pluie glaciale; sa couleur bizarre et comme mêlée de sang donnait à sa face une expression tellement sournoise que des passants levèrent la tête et restèrent bouche bée. Les heures s'écoulaient, incertaines, vaguement lugubres. Une pénombre piquée de lueurs tremblotantes s'était répandue partout et avait envahi la chambre d'un hôtel de Maniwaki, tirant de l'obscurité le visage d'un jeune homme endormi dont la bouche laissait échapper les soupirs d'un mauvais sommeil; on aurait vite deviné que le dormeur n'avait pas aimé la journée qu'il venait de passer et craignait celle qui l'attendait.

En effet, vers 6h, la première chose qu'il fit à son réveil fut de grimacer en promenant un regard maussade sur sa chambre meublée avec une sommaire banalité.

- Ah! chienne de chienne, soupira-t-il en glissant les jambes hors du lit, c'est comme si on m'avait frappé toute la nuit avec une planche.

D'un pas traînant, il se rendit à la salle de bains, prit une douche, s'habilla et apparut bientôt dans le hall de l'hôtel, l'oeil huileux, la bouche pleine de bâillements.

Une grosse fille à l'expression avenante, pas particulièrement jolie, pas particulièrement laide, se trouvait derrière le comptoir de la réception.

- Bonjour, monsieur Lupien, fit-elle avec une amabilité qui débordait les obligations de la courtoisie commerciale, vous avez passé une bonne nuit?

La veille, dès le premier coup d'oeil, ce nouveau client arrivé de Montréal lui avait plu avec sa taille élancée, son air décidé et sa belle chevelure rousse qui lui donnait des airs de chérubin délinquant.

Échos des lecteurs

À propos d'Autour d'elle de Sophie Bienvenu

J'ai lu Et au pire on se mariera entre deux cafés, Chercher Sam entre deux coupes de vin. Autour d'elle, je peux le lire en plusieurs pauses! C'est un genre de recueil, au cinéma on appelle ça un film choral : plusieurs histoires de personnages plus ou moins semblables qui ont elle comme port d'attache. Elle, ça pourrait être Florence, mais je préfère croire que c'est Sophie elle-même, l'auteure. Cette petite bonne femme qui a refusé de grandir, qui a un penchant pour les urgences de vivre, l'inconditionnel présent et les chiens blessés. La plume telle une caméra à l'épaule : une plume qui ne se regarde pas écrire, qui ne cherche pas à séduire, mais qui veut tout dire. Une plume qui convertit la langue parlée en style littéraire, en discours exotique et profond tenu par des éclopés dont la richesse consiste à être incapable de grandir. Les personnages de Sophie Bienvenu, ses enfants en quelque sorte, partagent le beau et le laid d'une inlassable errance. Les mots sortent tout crus et pourtant tout chauds de ces bouches qui frenchent la vie. Je suis abonné aux malheurs de Sophie, je me tiens autour d'elle. Christian Gagnon, Trois-Rivières

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