Madame Caroline

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Le Soleil

(Québec) Certains enseignants touchent leurs élèves de façon unique; rarement chacun d'entre eux, mais parfois l'un d'entre eux pour toujours. Notre journaliste Mylène Moisan est partie à la recherche de ces enseignants qui font une véritable différence dans la vie de certains élèves. Elle en a trouvé plusieurs. Elle nous les présente dans un livre, Dans une classe à part - Histoires de profs inspirants, qui paraît lundi aux Éditions La Presse. En voici un extrait :

Avec Dans une classe à part - Histoires de... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 1.0

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Avec Dans une classe à part - Histoires de profs inspirants, Mylène Moisan est partie à la recherche d'enseignants qui font une véritable différence dans la vie de certains élèves.

Le Soleil, Patrice Laroche

EXTRAIT / Les élèves de Caroline commencent tous l'année sur un pied d'égalité. «Je ne lis jamais les dossiers de mes élèves avant la rentrée, je ne veux pas me faire d'idées préconçues qui pourraient m'influencer.» N'empêche, ses classes sont comme toutes les autres, un mélange d'enfants, des bons, des moins bons.

Elle a une petite classe cette année, 15 mousses, dont quatre avec un plan d'intervention. Un plan d'intervention, c'est quand un élève a besoin d'une attention spéciale. C'est quand même le quart de sa classe. «J'ai quelques élèves ayant un TDAH [trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité], quelques élèves ayant un trouble de l'apprentissage, mais rien de majeur. Ils bougent pas mal, mais ça tombe bien, j'ai une grande classe, ils ont de l'espace en masse!»

Au lieu de se battre avec les élèves pour qu'ils s'assoient droit comme des piquets sur leurs chaises sans bouger, Caroline fait l'inverse. Elle leur permet de trouver la position qu'ils préfèrent. «Tu veux travailler dans un coin? C'est correct. Tu veux être par terre, en dessous de ton bureau, debout? Pas de problème avec ça.»

Elle prend parfois les élèves par surprise. «L'autre fois, je leur ai dit : Allez, tout le monde assis sur son bureau! Ils ont fait : Hein??? Et j'ai répondu : Ben oui, on va faire changement, ça va être drôle!»

Ils ont bien ri.

Au début de l'année, pour faire le plein d'idées et de projets, Caroline demande à ses élèves ce qu'ils aimeraient faire pendant l'année qui leur ferait faire wow!

Elle veut que les élèves n'aient pas le goût d'être ailleurs qu'à l'école.

Elle couche le tout sur un grand tableau. «Il y en a qui proposent une pièce de théâtre, une recherche sur les animaux ou bien du sport. Je pars de leurs intérêts pour planifier mon enseignement. Je me demande : si j'étais en troisième année, comment je voudrais apprendre? Qu'est-ce que je voudrais faire?»

Chaque fois qu'un «wow» est réalisé, elle coche l'item sur le tableau, passe à un autre. «C'est fou tout ce que je peux faire, par exemple, avec une pièce de théâtre. Je peux travailler la fluidité en lecture, je peux faire des arts plastiques pour le décor, faire un ajout de texte pour la créativité...»

Dans sa classe, les murs sont tout blancs. «J'aime mieux ça, les murs blancs. Trop de couleurs, ça les déconcentre. Je trouve que le blanc avec les plafonds hauts, c'est zen. Je mets des touches de couleur avec la déco et les affiches.»

J'ai remarqué un toutou dans un coin.

- Tu fais quoi avec le toutou?

- Si tu savais comment ça change la vie... 

- Comment?

Caroline ne s'en passerait plus. «J'ai un gros toutou que je remets chaque jour, c'est chacun son tour, et ils ont tous hâte à ce jour-là! Et puis, j'ai quatre autres toutous, je les donne comme récompense à la fin de la journée. Les enfants partent avec eux à la maison. C'est une fierté pour eux! La motivation, ça ne demande pas grand-chose...»

Elle fonctionne aussi avec de l'argent, des faux billets, conçus spécialement pour les écoles. «Ça coûte un dollar pour trois minutes de période récompense. Et moi, les périodes récompense, ce n'est pas le vendredi après-midi, j'en fais une de 15 minutes tous les jours. Comme ça, les élèves ont une chance chaque jour de vivre cette période et surtout de se reprendre quand c'est plus difficile. Le lendemain, on repart à neuf!»

Les élèves passent à la banque à la fin de chaque journée, ils font leurs comptes le vendredi. «Ça monte très vite. Par exemple, s'ils ont amassé 100 $, ils peuvent les déposer ou les dépenser. J'ai des bordereaux de dépôt que la caisse m'a donnés. En faisant ça, ils ne s'en rendent pas compte, mais ils pratiquent leurs maths...»

Et elle peut voir qui est économe et qui est dépensier.

Caroline ne va pas chez Dollarama pour acheter des bidules fabriqués en Chine. «Je n'achète rien. Au début de l'année, j'établis avec les élèves la liste des récompenses.»

Voici pour cette année :

100 $ imprimer un dessin

300 $ travailler avec un ami de ton choix pendant une période

300 $ utiliser le tableau interactif

500 $ travailler une période au bureau de madame Caroline

500 $ travailler une période avec la chaise de madame Caroline à mon bureau

500 $ emprunter un iPad pendant la période récompense

500 $ congé de test de leçons

600 $ travailler avec un(e) ami(e) toute la journée

1 000 $ une période libre

1 000 $ j'apporte mon iPod ou iPad

2 000 $ travailler une journée au bureau de madame Caroline

2 000 $ travailler une journée au coin lecture avec un(e) ami(e)

5000 $ dîner avec madame Caroline

Le dîner en tête-à-tête est un classique qui revient presque tous les ans. «L'année passée, une élève a réussi. Elle a économisé son argent pendant toute l'année pour venir luncher avec moi.»

Voilà qui a fait un gros velours à Caroline.

Pour faire ses comptes, le vendredi, chaque élève doit remplir une grille contenant les consignes et les règles qu'il doit respecter chaque jour à l'école. Le maître mot de Caroline, c'est l'autonomie, sa pédagogie est centrée là-dessus.

Elle a dressé la liste de tout ce qu'elle exige de ses élèves, ils savent à quoi s'en tenir. Et, plus ils y travaillent, plus ils sont récompensés.

Caroline demande beaucoup, mais elle donne beaucoup. Elle est toujours en train de chercher de nouvelles façons d'intéresser les élèves, de faire passer la matière. Avant le début des cours, elle a passé une centaine d'heures, chez elle, à plastifier des dizaines d'ateliers. Elle les a classés dans des cahiers, par thèmes.

Elle a observé, au fil des années, que les élèves apprenaient mieux avec des crayons effaçables. «C'est incroyable comment ça marche! Les élèves aiment ça, les ateliers plastifiés, ils n'ont pas l'impression de travailler, parce que ça s'efface...»

Avis aux parents, ça fonctionne aussi à la maison.

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