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KIM THÚY, Vi (Libre Expression) (Infographie Le Soleil)

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KIM THÚY, Vi (Libre Expression)

L'histoire: Vi et sa famille mènent une vie plaisante à Hô-Chi-Minh-Ville (Saïgon) jusqu'à ce que la guerre les force à fuir le Viêtnam. Le père, lui, reste au pays. La fillette et ses trois grands frères s'installent à Québec avec leur mère. À travers la sienne, Vi raconte leur nouvelle existence faite de travail, de séparations, de retrouvailles, de déplacements, d'amour, d'amitié. Son émancipation se heurtera aux traditions et à l'histoire de sa famille.

KIM THÚY, Vi (Libre... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

L'auteure: Kim Thúy est apparue en 2009 comme une bouffée d'air frais dans le milieu littéraire québécois avec Ru, son premier roman aujourd'hui publié dans 25 pays. Née à Saïgon en 1968, elle a quitté le Viêtnam à bord d'un bateau avec ses parents alors qu'elle n'avait que 10 ans. Cette diplômée en linguistique et traduction a touché à une foule de domaines avant de plonger dans l'écriture.

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Le poids des cultures contradictoires

CRITIQUE / Fuir la folie tyrannique qui s'empare du pays de son enfance ne signifie pas qu'on laisse derrière soi les souvenirs des paysages admirés, des parfums qui embaument l'air au retour de l'école et des goûts des plats épicés préparés par les femmes du quartier. Lorsque la jeune Vi quitte le Viêtnam avec d'autres boat-people, ces souvenirs l'habitent et continueront de l'accompagner dans sa nouvelle vie à Québec.

Ce nouveau pays sera celui de son adolescence, cette époque d'affirmation où la jeune Vietnamienne doit composer avec la tradition de son pays natal très chère aux yeux de sa mère, ses frères, et la volonté de voler de ses propres ailes. Même son avenir semble déjà tracé par ses proches.

Kim Thúy connaît bien ce conflit qui habite les jeunes immigrants, à cheval entre deux cultures. Et elle l'expose avec finesse et une grande sagesse. Au fil des pages de Vi, on s'attache à cette jeune Vietnamienne qui tente de prendre sa place dans un monde complexe aux valeurs contradictoires.

Les brefs chapitres de Vi, dont l'écriture rappelle les pages d'un journal intime, transportent doucement le lecteur dans l'univers de la jeune héroïne. Kim Thúy arrive alors à maintenir l'intérêt de son lecteur qui souhaite poursuivre les voyages, au sens propre comme figuré, de la petite Vi.

La puissance de la plume de Kim Thúy réside dans une écriture juste, sans superflu, qui ne passe pas par quatre chemins pour arriver jusqu'à notre coeur. Certains passages vont le briser en mille morceaux, alors que d'autres, d'une infinie beauté, vont le rapiécer tant ils sont chargés d'espoir. Gabriel Delisle, Le Nouvelliste  ****

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Une plume trempée dans la soie

CRITIQUE / Jamais un roman si court (139 pages) n'aura embrassé un destin si riche et entraîné le lecteur dans des lieux si diversifiés de la terre et du coeur.

Kim Thúy fait partie de ces auteurs qui vont à l'essentiel, tant dans leur écriture que dans la progression de leur histoire. C'est simple, limpide et coulant partout. Pas de mots compliqués, pas de constructions alambiquées, pas de figures de style déconcertantes. Juste de l'harmonie.

Kim Thúy trempe sa plume dans la soie: «Par contre, rien ne peut empêcher les deux longs pans de la robe de répondre au souffle du vent et d'attraper les coeurs qui résistent mal au pouvoir de la beauté.» Telle une danseuse, elle berne le lecteur en lui cachant ce que cette quête de sobriété recèle de patience et de labeur.

La narratrice, Vi, a quitté le Viêtnam avec sa mère et ses trois frères pour fuir la guerre. Ils se sont retrouvés à Limoilou. Le père, lui, ne les a pas accompagnés : «Malheureusement, encore une fois, il s'est retiré dans le cocon de sa garçonnière, isolée des vagues de la vie.»

Ce roman ne ravivera pas les souvenirs des voyageurs qui ont marché le long du lac Ho Xuân Huong à Dalat, arpenté les ruelles enchevêtrées de Hanoi et frôlé la mort dans le trafic de Hô-Chi-Minh-Ville (Saïgon). Kim Thúy se tient loin du circuit touristique. Elle nous offre un Viêtnam intérieur pétri de pudeur. Elle révèle ses moeurs et sa nature. Elle décrit ses mets et ses parfums. Elle raconte l'honneur, le travail, la déchéance, la fuite, l'intégration, l'émancipation, l'amour, l'abandon, la résilience.

Dans de très courts chapitres, des destins s'entrecroisent. Et le temps qu'on s'attache à un personnage, voilà qu'il s'efface de l'histoire. Chacun mériterait son propre roman. C'est le seul reproche que l'on peut faire à ce roman: il est trop court.

Le livre en tant qu'objet est le reflet de son contenu et de son auteure, tout en délicatesse. La carte des dernières pages s'éclaire à la fin de la lecture, mais garde une part de mystère. Et les petits repères géographiques, écrits à la verticale sur le côté des pages, sont constellés de poésie et de culture. Michèle LaFerrière, Le Soleil  ****

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Extrait: la première page

J'AVAIS HUIT ANS quand la maison a été plongée dans le silence.

Sous le ventilateur d'appoint apposé au mur blanc ivoire de la salle à manger, un grand carton rigide rouge vif portait un bloc de trois cent soixante-cinq feuilles. Chaque feuille indiquait l'année, le mois, le jour de la semaine et deux dates: une selon le calendrier solaire et une autre selon le calendrier lunaire. Dès que j'ai été capable de grimper sur une chaise, on m'a réservé le plaisir d'enlever une page à mon réveil. J'étais la gardienne du temps. Ce privilège m'a été retiré quand mes frères aînés Long et Lôc ont eu dix-sept ans. À partir de ce jour d'anniversaire, que nous n'avons pas célébré, ma mère pleurait chaque matin devant ce calendrier. J'avais l'impression qu'elle se déchirait en même temps qu'elle arrachait la feuille du jour. Le tic-tac de l'horloge qui d'habitude nous endormait au moment de la sieste de l'après-midi sonnait soudainement comme celui d'une bombe à retardement.

J'étais la petite dernière, la seule soeur de mes trois grands frères, celle que tout le monde protégeait comme les précieuses bouteilles de parfum derrière des portes vitrées. Même si j'étais tenue à l'écart des préoccupations de la famille en raison de mon âge, je savais que les deux plus vieux devraient partir sur un champ de bataille le jour de leurs dix-huit ans. Qu'ils soient envoyés au Cambodge à combattre Pol Pot ou à la frontière avec la Chine, les deux destinations leur réservaient le même sort, la même mort.

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Échos des lecteurs

À propos de La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette

Les trois parties du livre sont très différentes et nous amènent à suivre des gens qui ont perdu des proches et leurs réactions à la suite de ces morts. Il y a des choses étranges dans ce livre et des liens qui font réfléchir. L'auteure aime la nature dans toute sa beauté. Le moment présent est un élément important. Il contient de très belles images poétiques basées sur la nature. Par exemple: «J'en ai été aussi surprise qu'une fleur qui voit pour la première fois une abeille venir vers elle.» Les fins de chaque partie sont emplies d'émotion, m'ont touchée, et j'ai adoré la fin. Micheline Aubé, Château-Richer

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Je viens de terminer ce livre. Il est excellent. Se lit très bien. Même si l'on pourrait ne pas se sentir concerné parce que c'est l'histoire de sa grand-mère, ce n'est pas le cas. Je l'ai lu en deux jours. Bravo, un livre que je conseille fortement. Lise Gagné, Rimouski

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Je l'ai lu d'une page à l'autre sans jamais perdre l'intérêt. Retracer sa grand-mère à l'aide d'un détective privé était le but. Munie d'une mine de renseignements précieux et avec beaucoup d'imagination, l'auteure s'est forgé une grand-mère et a offert une mère à sa mère. La magie de sa fine plume nous retrempe au coeur du groupe de signataires du Refus global et m'a permis d'avoir l'impression d'assister, triste spectatrice, au départ des enfants Barbeau pour la garderie. Un livre tellement bien écrit, plein d'émotion, et où on peut lire toute la souffrance entre les lignes. Sabine Rioux, Québec

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C'est à l'annonce de la mort du peintre Marcel Barbeau, un des signataires du Refus global, et à l'écoute des entretiens d'Anne-Marie Dussault avec sa fille et sa petite-fille, que j'ai acheté La femme qui fuit. Il est poignant de constater comment un parent absent peut imprégner la recherche d'identité de ses enfants et de ses descendants. Au point de laisser une blessure inguérissable qui peut se transmettre de génération en génération. Et dans le cas qui nous concerne, le père, qui demeurait pourtant à quelques pas de ses enfants, était tout aussi absent. Loin de moi l'idée de blâmer cette femme qui fuit. Je la comprends. Qui fuit quoi exactement? La conformité aux valeurs de l'époque qui peuvent excuser un homme artiste de ne pas être présent à ses enfants, tout entier consacré à son art. Et pour une femme artiste, qui doit abandonner ce qui lui est intrinsèque, un choix difficile entre être mère et artiste. [...]

Brillamment écrit. L'utilisation du tutoiement, il y a de l'amour à travers tous ces mots, tous ces maux. La tentative judicieuse de chercher à combler «les vides» par l'auteure, en l'occurrence sa petite-fille, rendent ce livre émouvant et captivant. Je l'ai lu d'une traite.

Je ne suis pas québécoise de souche, je suis née en France, et je vis au Québec depuis 47 ans. J'aime le Québec, ma terre d'adoption, qui est aussi un terreau fertile d'artistes de qualité. Il me semble qu'il y a un artiste qui vit en chaque Québécoise et Québécois. Souvent méconnu d'eux-mêmes... Jeanine Lallement, Cap-Rouge

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Le Club de lecture se veut un lieu d'échange sur la littérature. Chaque semaine, deux journalistes du Groupe Capitales Médias partagent leur appréciation d'un livre. Et nous voulons aussi votre avis! Vous avez lu le bouquin dont nous parlons et voulez donner vos commentaires? Envoyez-nous un texte d'environ 80 mots (500 caractères) avec votre nom et votre lieu de résidence à clubdelecture@gcmedias.ca

À venir

7 mai: Martin Michaud, Quand j'étais Théodore Seaborn (Goélette)

14 mai: Marie Laberge, Ceux qui restent (Québec Amérique)

21 mai: Dany Laferrière Tout ce qu'on ne te dira pas Mongo (Mémoire d'encrier)

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