Dimitri Nasrallah: la guerre comme enfance

Dimitri Nasrallah... (Courtoisie)

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Dimitri Nasrallah

Courtoisie

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(Ottawa) Un garçon de six ans, son père et le Liban déchiré par la guerre civile. Voilà la prémisse de Niko, deuxième roman de Dimitri Nasrallah.

«Ce que je décris du quotidien de Niko dans l'appartement familial de Beyrouth, c'est le décor de mon enfance pendant la guerre. Ma vie, c'était ça : je ne pouvais pas aller à l'école, je passais mes journées dans le salon à regarder la télé et on descendait dormir au sous-sol, au cas où le quartier serait bombardé pendant la nuit», relate l'homme né au Liban en 1977 et aujourd'hui établi à Montréal.

Face à la mort, Niko et son baba Antoine vont fuir ensemble. Vers Chypre, puis la Grèce. Seront séparés. Poussé par son père qui veut le voir s'éduquer, le premier s'envole vers le Québec. Poussé par le vent, le second dérive jusqu'en Amérique du Sud. Le regard tourné vers le passé, craignant d'oublier d'où il vient, le fils ne cherche pas (ni ne parvient) à se transplanter dans sa terre d'accueil. Ballotté par monts et par vaux, son père atterrit à des milliers de kilomètres de lui, ne se souvient plus de rien et, du coup, doit (ou a la chance de) se recréer des souvenirs. 

Entre réalisme et onirisme, mémoire et oubli, Niko de Dimitri Nasrallah traite entre autres de reconstruction et de lâcher-prise.

«Adopté» par sa tante Yvonne et son mari Sami, déjà installés dans un minuscule appartement de Montréal, Niko se frotte rapidement au concret d'un quotidien où il n'a plus de repères. 

«Je suis moi-même arrivé au Québec à l'âge de Niko et à peu près à la même époque que lui dans le roman. La sincérité de ce qu'il vit tient au fait que j'ai aussi mis plusieurs années à trouver ma place, ici», souligne Dimitri Nasrallah dans un français fluide où se glissent quelques mots en anglais lorsqu'il veut préciser sa pensée.

Antoine, lui, perd tout : emploi et commerce, femme et maison, puis pays et fils. Et la mémoire. Comme si couper les ponts rendait du coup sa migration plus facile à gérer sur le plan émotionnel.

«C'est vrai qu'il y a quelque chose de symbolique dans l'amnésie du père. Mais je voulais aussi dresser un parallèle contemporain avec L'Odyssée d'Homère», fait valoir l'auteur.

En explorant ainsi la relation père-fils, Dimitri Nasrallah aborde le fait que «l'expérience de migrer a été bien différente et plus difficile» pour ses parents.

«Pour l'enfant que j'étais, tout quitter ouvrait des possibilités. Pour mes parents, c'était plus affaire de sacrifices, de prendre une décision très rapidement, presque par instinct de survie, sans avoir le temps d'envisager toutes les conséquences ni savoir où ce mouvement mènera... Cela dit, je leur ai toujours été reconnaissant d'avoir fait ça pour nous.»

Niko est paru en version originale anglaise en 2011 et avait alors

reçu le prix Hugh-MacLennan (créé par la Quebec Writers' Federation pour encourager et promouvoir la littérature de langue anglaise au Québec). Dimitri Nasrallah sait que la publication récente de la version française fait aujourd'hui écho à l'actualité. 

«Niko résonne plus encore maintenant, à cause de la crise des réfugiés syriens qui empruntent la même route que ma famille, il y a environ 30 ans...»

Dimitri NasrallahNiko (La Peuplade) 408 pages

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