Umberto Eco vu par Jean-Jacques Annaud

Sean Connery et Christian Slater dans Le nom... (Fournie par 20th Century Fox)

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Sean Connery et Christian Slater dans Le nom de la rose. Umberto Eco était catastrophé du choix de Connery, selon le réalisateur Jean-Jacques Annaud. Après avoir vu le film, il avait changé d'idée.

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Agence France-Presse
Paris

L'Italie et des milliers de lecteurs pleuraient samedi la disparition de l'écrivain Umberto Eco, un des grands intellectuels européens, admiré aussi du grand public pour Le nom de la rose. Le réalisateur français Jean-Jacques Annaud, son ami depuis 30 ans, qui avait adapté le bestseller au cinéma, évoque un «personnage inoubliable», un «modèle».

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Umberto Eco  était à la fois un immense érudit et un très bon vivant, selon le cinéaste Jean-Jacques Annaud.

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Q Comment décririez-vous Umberto Eco?

R C'est un modèle, un personnage inoubliable. L'humain, le bipède, préféré de ma vie. C'était à la fois un immense érudit et un très bon vivant. Je me rappelle qu'un jour, j'entends un magnifique solo de flûte, c'était Umberto qui interprétait Vivaldi. Après, on est allés manger dans un bistrot du coin, des pâtes au fromage dont il s'est goinfré. C'était ça, Umberto. Un personnage d'une gaieté folle.

Les sujets les plus triviaux l'intéressaient. Je me souviens avoir visité avec lui une industrie de confection en Italie. il était fasciné de voir comment les dames cousaient les chemises, la provenance du textile ... Il avait une sorte de gourmandise, de joie à patauger dans la connaissance. Tout l'intéressait.

Il avait aussi une mémoire incroyable. Je me souviens lui avoir raconté des anecdotes de tournage. Dix ans après, il me les racontait en détails, avec son talent de conteur, alors que je les avais déjà oubliées.

Q Comment s'est passé le tournage du Nom de la rose?

R C'était assez formidable, on avait construit un énorme décor. C'était un film cher pour lequel on n'avait pas assez d'argent. J'avais un producteur allemand puisque personne en France n'avait voulu s'aventurer dans ce livre complexe et dans ce film. On me disait: «Personne ne s'intéressera à des histoires de moines.»

Nous avons tourné en 14 semaines alors qu'il en aurait fallu une vingtaine. C'était chargé mais je me suis merveilleusement entendu avec les acteurs, avec Sean Connery (qui interprète le frère Guillaume de Baskerville).

Umberto, lui, était catastrophé par ce choix jusqu'au moment où il a vu le film, m'a embrassé chaleureusement et dit : «Ce que je craignais le plus, c'est peut-être ce que tu as réussi de mieux. Le personnage de Sean Connery est magnifique.» Néanmoins, même s'il était un peu irrité au début du choix de Sean Connery, il m'a laissé libre.

Je dis souvent à mes confrères que je leur souhaite d'avoir un jour un rapport aussi harmonieux, aussi compréhensif et aussi amical que celui que j'ai eu avec Umberto.

Q Quels étaient ses liens avec la France?

R Il avait un appartement à Paris, il venait très régulièrement sans le dire à personne. Il était très lié à ses éditeurs chez Grasset et parlait français admirablement: c'était le seul qui ne disait pas des «ours» (avec le s sonore à la fin), mais des «our» (sans prononcer le s), car c'est comme ça que ça se prononce au pluriel, mais c'était la seule personne au monde qui le savait.

Il adorait flâner dans Paris, faire les librairies, les musées, d'ailleurs Le pendule de Foucault se situe aux Arts et Métiers. Il était très féru de littérature française, lisait régulièrement les journaux français.

Q Umberto Eco s'attendait-il à un tel succès ?

R Umberto n'a jamais cru que ça allait être un roman célèbre. Il a plus ou moins écrit ce livre comme un gag pour ses étudiants, en rajoutant des éléments d'érudition qui n'étaient pas faits pour être lus. Quand il a appris les résultats des ventes en Allemagne et en France, il n'en revenait pas, moi non plus d'ailleurs. Je croyais avoir acquis les droits d'un livre obscur que personne ne lirait.

Il était tellement convaincu que son livre ne marcherait pas qu'il l'a vendu pour une bouchée de pain, qui lui a permis d'acheter seulement la moitié d'une voiture d'occasion de couleur orange, qu'on appelait «la langouste».

Il y a beaucoup de gens qui n'ont pas pu finir Le nom de la rose parce qu'ils l'ont pris trop à la lettre, ils n'ont pas compris qu'il se moquait lui-même de cette érudition et en jouait. Il avait mélangé les ficelles du polar et l'érudition acquise avec l'écriture de sa thèse sur «Le sens du beau chez Saint-Thomas d'Aquin».

Les principaux romans d'Umberto Eco

  • 1980 Le nom de la rose (Il nome della rosa), a été traduit en français en 1982 et a reçu le prix Médicis étranger la même année
  • 1988 Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) publié en français en 1990
  • 1994 L'île du jour d'avant (L'isola del giorno prima), traduit en français en 1996
  • 2000 Baudolino (Baudolino) qui obtient le Prix Méditerranée Etranger 2002
  • 2004 La mystérieuse flamme de la reine Loana (La misteriosa fiamma della regina Loana)
  • 2010 Le cimetière de Prague (Il cimitero di Praga)
  • 2015 Numéro zéro
Très érudit, Umberto Eco était aussi l'auteur de plusieurs dizaines d'essais sur des sujets aussi éclectiques que la sémiotique dont il était un grand spécialiste, l'esthétique médiévale, la linguistique ou la philosophie. Il avait écrit notamment une Histoire de la beauté (2004) et une Histoire de la laideur (2007).  AFP

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