Le siècle raconté par ceux qui l'ont vécu

Beaucoup de chance et des voyages dans sept... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Beaucoup de chance et des voyages dans sept pays ont permis à Mélanie Loisel de rencontrer 62 personnalités qui ont marqué à leur façon les 75 dernières années.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Résumer 75 ans par des entrevues avec ceux qui les ont vécus, voilà le but que Mélanie Loisel s'était fixé en mars 2013. Moins de trois ans plus tard, le projet fou auquel personne ne croyait est devenu un livre qu'elle lançait lundi à Québec.

Du début de la Seconde Guerre mondiale aux attentats contre Charlie Hebdo et à la crise des migrants, la journaliste a finalement rencontré 62 personnes, dont l'ex-président d'Israël Shimon Peres, le Prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, l'ex-secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali et Phan Thi Kim Phuc, la petite fille brûlée au napalm sur la célèbre photo de l'Associated Press prise durant la guerre du Viêtnam.

«J'ai eu cette idée quand je travaillais sur la série Les grands discours historiques à Radio-Canada. À travers ça, je me suis rendu compte comment les gens âgés étaient intéressés à raconter leur histoire à des gens, comme moi, qui ne l'avaient pas vécue. Je me suis dit qu'il fallait recueillir la mémoire de ces personnes avant qu'il ne soit trop tard», raconte l'écrivaine de 34 ans originaire de Fermont en entrevue avec Le Soleil.

Quand son contrat avec Radio-Canada a pris fin, Mélanie Loisel a donc décidé de lancer quelques lignes à l'eau en sollicitant des entrevues avec des acteurs importants de l'histoire des 75 dernières années. «Je suis partie de zéro, je n'avais personne pour me refiler les coordonnées de tous ces gens», précise-t-elle.

Sept pays

À sa grande surprise, plusieurs ont répondu avec des invitations à venir les rencontrer, notamment Hans Blix, ex-chef des inspections des armes de destruction massive en Irak, qui l'a invitée à Stockholm. Elle s'est donc rendue en Europe, où elle a planifié plusieurs autres entrevues, histoire de rentabiliser son voyage.

C'est à son retour qu'elle a décidé de cibler certains événements pour compléter sa revue historique et de faire quelques autres tentatives. «Personne n'y croyait, personne ne voulait me financer. Mais moi, j'y croyais, car ces gens nous ont enseigné beaucoup à travers leur expérience. Ils avaient 20 ans, ils se sont mobilisés, ils ont risqué leurs vies pour la démocratie, les droits de l'Homme, pour mettre fin à des conflits.»

Même si les événements qu'ils relatent se sont passés partout sur la planète, Mélanie Loisel n'a visité que sept pays pour réaliser ses entrevues, une quarantaine en face à face, une quinzaine par téléphone et le reste avec le logiciel de visioconférence Skype. Des entretiens qui pouvaient s'étaler sur 10 minutes, trois heures ou trois jours, mais qu'elle a toujours réussi à condenser en cinq ou six pages.

De la chance

«Dans plusieurs cas, j'ai été chanceuse : j'ai pu attraper des gens comme Muhammad Yunus et Jianmin Wu, l'interprète francophone de Mao, quand ils sont passés à Montréal. J'en ai rencontré d'autres alors qu'ils se sont arrêtés à Paris.»

De la centaine de perches qu'elle a tendues, Mélanie Loisel n'a bien sûr pas réussi à parler à tous ceux avec qui elle aurait souhaité s'entretenir. «Mikhaïl Gorbatchev, Fidel Castro, l'archevêque Desmond Tutu, le pape Benoît XVI et la reine Élisabeth II», énumère-t-elle à propos de ceux qui lui ont dit non ou n'ont simplement pas répondu. Dans presque tous les cas, elle a toutefois pu discuter avec des amis ou des conseillers des personnages en question.

Ce sont des entretiens avec le survivant de l'Holocauste Martin Gray qui lui ont finalement permis de trouver une avenue pour son projet. L'entrevue est devenue le livre Ma vie en partage publié l'an dernier aux Éditions de l'Aube, la maison d'édition française qui a décidé de publier aussi Ils ont vécu le siècle.

L'auteure rêve maintenant de «faire vivre» son livre. «J'aimerais l'amener dans les écoles, donner des conférences auprès des jeunes, pour leur donner le goût de s'instruire et pour leur faire découvrir le vécu de ces gens et tout ce qu'ils nous ont légué.»

 

Cinq entrevues marquantes

Viktor Iouchtchenko... (Archives AFP) - image 3.0

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Viktor Iouchtchenko

Archives AFP

Viktor Iouchtchenko, ex-président de l'Ukraine

«Il est très difficile d'accès, notamment parce que des gens ont déjà tenté de l'empoisonner. Ça a pris deux mois à régler cette entrevue et je l'ai eue trois jours avant que le livre ne parte pour l'impression! Comme il ne parle ni français ni anglais, j'ai dû faire l'entrevue au téléphone avec une interprète ukrainienne.»

Phan Thi Kim Phuc... (AP, Nick Ut) - image 4.0

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Phan Thi Kim Phuc

AP, Nick Ut

Phan Thi Kim Phuc, «la petite fille brûlée au napalm»

«Même si elle habite au Canada, j'ai dû travailler deux ans pour l'avoir en entrevue. Elle est très sollicitée partout dans le monde, où elle donne des conférences, et elle a besoin de beaucoup de repos, car elle est une grande brûlée et que son corps la fait souffrir quand elle revient de l'étranger. En plus de me donner une entrevue, elle signe la préface de mon livre.»

Shimon Peres... (Archives AP) - image 5.0

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Shimon Peres

Archives AP

Shimon Peres, ex-président d'Israël

«C'était très compliqué de pouvoir lui parler et j'ai été incapable de le rencontrer même quand il est venu au Canada. Il est difficile d'accès et a un gros entourage. Lors d'une soirée de l'organisme Action Canada, dont je fais partie, j'ai fait exprès de m'asseoir près de l'ambassadeur d'Israël, qui y participait. C'est comme ça que j'ai pu obtenir une entrevue avec M.Peres.»

Jacques Parizeau... (Archives Presse Canadienne) - image 6.0

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Jacques Parizeau

Archives Presse Canadienne

Jacques Parizeau, ex-premier ministre du Québec

«M. Parizeau est le seul au Québec qui ait cru à mon projet. Je lui ai envoyé un message le lundi et, le lendemain, il m'appelait. J'ai pu le rencontrer une heure dans son appartement de l'Île-des-Soeurs, mais il souhaitait que cette entrevue ne serve que pour mon projet. Je n'en ai jamais utilisé aucun extrait ailleurs.»

Ricardo Lagos, ex-président du Chili

«Je l'ai rencontré lors d'une conférence à Paris, mais il n'avait pas le temps de me parler. Il m'a dit d'écrire à sa secrétaire, ce que j'ai fait. Elle m'a répondu que M. Lagos allait me donner l'entrevue, mais pas avant que j'aie lu son livre The Southern Tiger. Heureusement, il était très intéressant!»

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