L'art de la caricature selon André-Philippe Côté

André-Philippe Côté: «J'essaie souvent de cristalliser un sentiment... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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André-Philippe Côté: «J'essaie souvent de cristalliser un sentiment un peu diffus, qui flotte dans l'air, en une seule image.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Difficile, lorsqu'on travaille avec les mots, de ne pas être un peu jaloux de la force de frappe et de la redoutable pertinence que notre caricaturiste, André-Philippe Côté, obtient avec une seule image.

Pour souligner la parution de De tous les... Côté 2015, sa 18e revue de l'année depuis qu'il est le caricaturiste attitré du Soleil, nous avons eu envie de lui laisser la parole. Celui qui carbure aux enjeux sociaux et aux émotions humaines avait envie de nous parler d'art.

Entrevue avec André Philippe Côté

Q En plus du travail quotidien de caricaturiste, vous avez aussi une pratique en peinture. Est-ce que les deux s'influencent?

R C'est un complément. La caricature, c'est tellement cérébral comme discipline artistique, il y a peu de dessin et il faut surtout trouver des idées et ça me frustrait au niveau dessin. J'étais un peu en manque de débordements. J'avais envie de m'éclater, de mettre le cerveau à off et de laisser aller.

Q Pourquoi ne pas vous être mis à peindre et à exposer à votre sortie de l'École des beaux-arts?

R Maintenant, tu peux faire n'importe quelle sorte de peinture, alors que dans les années 70 et 80, il y avait encore des «ismes», des écoles [de pensée]. C'est comme si tous les courants étaient revenus, et composaient un vocabulaire qu'on a le droit d'utiliser, et moi, ça me convient parfaitement. [...] J'ai appris l'art à une époque où le sujet était rejeté, complètement, comme un oripeau du passé, et ça me heurtait beaucoup.

Q Comment abordez-vous la couleur, la perspective?

R En caricature, on doit être le plus économe possible, il ne doit pas y avoir d'éléments superflus, et le rapport est toujours très frontal. [...] La couleur, c'est quelque chose d'un peu mystérieux pour moi, je ne fais pas trop dans l'audace. J'ai baissé un peu l'intensité de mes couleurs cette année, j'ai plus de facilité, mais ça ne vient pas spontanément, contrairement à certains de mes amis peintres, qui improvisent avec la couleur comme des musiciens de jazz. 

Q Quelle est l'expérience d'art contemporain qui vous a le plus marqué?

R Il y a un musée en Tasmanie, le MONA [Museum of Old and New Art], créé par un homme qui est autiste asperger et qui a fait des milliards dans les casinos. C'est un musée souterrain, de cinq étages de profondeur, avec des oeuvres complètement hallucinantes qu'il a achetées un peu partout dans le monde. Il y a une chute d'eau immense dont les gouttes d'eau écrivent un texte, c'est complètement fou. Ça a été le choc de ma vie.

Q Quels artistes ont été marquants pour vous?

R J'ai toujours aimé les artistes transgénérationnels, comme Charlie Chaplin, qui plaisait autant aux ouvriers qu'à l'élite intellectuelle surréaliste, ou Jacques Tati, ou Hergé. Ça rejoint ce que j'aime de la caricature. Je n'aime pas les gens qui présentent l'art comme quelque chose d'élitiste.

Q Et chez les caricaturistes?

R Sempé, par exemple, est un artiste. Il va dans des choses très, très fines. [...] Il dessine beaucoup de personnages petits dans des décors assez grands et j'ai souvent tendance à faire ça moi aussi. Serge Chapleau fait souvent des personnages qui remplissent toute l'image, moi, c'est l'inverse. Ça correspond à un sentiment que j'ai qu'on n'a pas beaucoup de contrôle sur le monde.

Depuis plusieurs années, vous introduisez des photographies dans vos dessins. Qu'est-ce que ça apporte à la caricature traditionnelle?

R On dirait qu'en caricature, le rapport est inversé : les dessins paraissent plus vrais que les photos. J'aime cet effet de contraste-là, je l'utilise beaucoup avec Docteur Smog, mon psy, pour proposer sur le mur des tableaux symboliques. Mais je ne l'utilise jamais pour remplacer quelque chose que j'aurais dessiné.

Q À travers des caricatures sur l'actualité et la politique, vous n'hésitez pas à aborder des sujets sociaux et des sujets d'actualité internationale. Pourquoi optez-vous pour cette approche?

R Lorsqu'un ministre propose un projet de loi, je n'ai pas tendance à dessiner le ministre, mais plutôt l'effet que la loi aura sur la population. [...] Je trouve la politique québécoise un peu redondante. Il me semble que ça fait 18 ans que ce sont les mêmes débats sur les coupures et les investissements en éducation et en santé. Sortir de la colline parlementaire, ça me fait du bien. J'essaie souvent de cristalliser un sentiment un peu diffus, qui flotte dans l'air, en une seule image.

Q Comment abordez-vous les grands drames, comme la tuerie de Charlie Hebdo, les migrants ou les attentats de Paris en caricature?

R Je veux que l'émotion transparaisse. J'essaie d'être le plus juste possible, tout en évitant la facilité. Mais je n'essaie pas de tout dire dans un dessin. Je décline le sujet en sept ou huit. [...] Sur le coup, je sais que les gens sont secoués et émus, et je veux être en phase avec ça. Mais après, parfois, les émotions s'emballent tellement [comme au sujet de l'accueil des réfugiés syriens] qu'il faut remettre les choses en perspective.

***

Le livre De tous les... Côté 2015, publié aux éditions La Presse, est déjà en vente en librairie.

André-Philippe Côté participera au Bye bye 2015 en caricatures, le 6 décembre à 13h au Musée de la civilisation, avec Garnotte, YGreck et Philippe Girard.

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