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La liberté d'expression pas à tout prix pour Yann Martel

Yann Martel voit l'écriture comme un «acte social»... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Yann Martel voit l'écriture comme un «acte social» qui implique une communication avec l'autre, ce qui l'a amené à modifier un passage du livre qu'il écrit actuellement.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La liberté d'expression est chère au célèbre écrivain Yann Martel, mais pas à tout prix comme il l'a expliqué lors d'une rencontre jeudi midi à l'occasion de Québec en toutes lettres.

Yann Martel est connu internationalement grâce à son roman L'histoire de Pi, porté au grand écran par le réalisateur Ang Lee. Ayant beaucoup voyagé, il a pu constater qu'il faut se battre constamment pour la liberté d'expression dans bon nombre de pays totalitaires, mais aussi au Canada. Selon lui, la liberté d'expression donne le droit de discuter de tout et même de se moquer des nationalités, des orientations sexuelles et des religions - il se dit d'ailleurs en accord avec la démarche de Charlie Hebdo -, mais elle ne donne en aucun temps le feu vert à l'incitation à la violence ou à la haine, nuance-t-il toutefois.

La liberté d'expression est l'un des éléments fondamentaux de la démocratie, poursuit-il. «La démocratie, ce n'est pas de dire tous la même chose, c'est le choc des idées.»

Yann Martel a été confronté à la censure à deux reprises. Alors que son livre L'histoire de Pi était traduit en Indonésie (pays majoritairement musulman), il a reçu un coup de téléphone de son éditeur de Jakarta lui disant que les traducteurs du livre avaient un problème avec le passage où des personnages traitent Mahomet de vendeur de chameau illettré et d'épileptique baveux. 

Les traducteurs du livre ne voyaient rien de mal avec le vendeur de chameau illettré ni avec le terme épileptique. Mais ils sourcillaient à la vue du mot baveux qui, pour eux, rendait Mahomet trop humain, ce qui le réduisait en quelque sorte. Martel faisait face à un beau problème : retirer le mot baveux et ainsi s'autocensurer ou le laisser et faire en sorte que son éditeur de Jakarta subisse l'ire de ceux qui en auraient été insultés. Il a choisi la première option.

Le deuxième cas de censure s'est posé dans le roman qu'il est en train d'écrire : Les hautes montagnes du Portugal. Martel y écrivait une scène de coprophagie faisant référence à l'expression typiquement québécoise «manger de la merde» et à un passage de l'Évangile où il est dit que ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui est la source du problème, mais ce qui en sort. «Mon éditeur m'a dit que j'allais perdre 95 % des lecteurs dès la première partie du livre à cause de ça», relate Martel. Il s'est questionné : «Est-ce que j'insiste sur le principe que je peux écrire ce que je veux ou si je veux continuer le dialogue avec les lecteurs?» Il a décidé de modifier la scène voyant l'écriture comme un «acte social» qui implique une communication avec l'autre. 

Son prochain livre

Son prochain livre, titré Les hautes montagnes du Portugal, doit paraître en 2016. Il est divisé en trois parties. On retrouve le personnage principal en 1904, alors qu'il fait la route entre Lisbonne et les hautes montagnes du Portugal à la recherche d'un artefact qui, croit-il, défiera la vision que l'Église a de la religion. Yann Martel, qui vit à Saskatoon avec sa femme et ses quatre enfants, écrit toujours en anglais. «Chaque livre que j'écris est une tentative de comprendre le monde, explique-t-il. C'est pour ça que je n'ai aucun intérêt à l'autobiographie. Le monde est tellement vaste.»

Faire lire Stephen Harper

Pendant quatre ans, Yann Martel s'est donné comme objectif de faire lire Stephen Harper. Il lui a envoyé toutes les deux semaines un livre et une lettre.

En tout, 101 bouquins de tous les genres, dont des Margaret Atwood, des Alice Munro, des Agatha Christie et même des romans Harlequin, ont atterri sur le bureau du premier ministre du Canada. Il n'a reçu aucune réponse de sa part, seulement sept accusés de réception de son équipe.

Convaincu qu'il faut lire pour comprendre le monde et que les dirigeants ont ce devoir, il trouvait inconcevable que le premier ministre ne lise pas.

Interrogé par l'animateur de la rencontre, l'auteur Gilles Pellerin, à savoir s'il aurait fait la même chose avec un PM d'une autre allégeance politique, Martel a admis sans détour qu'il l'ignorait, mais qu'il était un progressiste et qu'il n'avait jamais voté pour le Parti conservateur.  

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