Expropriation de Forillon: 45 ans plus tard

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La maison Dolbel- Roberts de Grande-Grave est l'une des quelques maisons du parc à avoir été conservées. Parcs Canada y présente l'exposition Ces Gaspésiens du bout du monde.

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Gaspé) Un premier ouvrage d'historien voit le jour sur le sort des 225 familles expropriées de Forillon en 1970 pour créer un parc national. Une opération qui s'est faite dans la précipitation et a maintenu dans l'ignorance les principaux intéressés, relate l'historienne Aryane Babin dans L'expropriation du territoire de Forillon: Les décisions politiques au détriment des citoyens.

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 « Je voulais éviter que mon mémoire s'empoussière sur les tablettes des bibliothèques des universités » - Aryane Babin, historienne

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Mme Babin, âgée de 30 ans et originaire de Paspébiac en Gaspésie, n'était pas née au moment de l'expropriation. Mais elle a été interpellée par «l'injustice, le fait que les gens aient été chassés de chez eux de cette façon». 

Dans les années 60, Ottawa veut étendre son réseau de parcs au Québec. Quant à la province, elle souhaite créer un parc à Forillon, en Gaspésie, pour développer le tourisme, comme le recommande un rapport du Bureau d'aménagement de l'Est-du-Québec (BAEQ). Pendant les négociations entre les deux paliers de 1968 à 1970, l'intégrité du territoire québécois fait débat, mais le sort des expropriés ne pèse

pas lourd.

Une fois l'entente conclue en juin 1970, Ottawa presse Québec de lui céder les terres de Forillon, dûment expropriées. Quand l'avis d'expropriation a été déposé le 22 juillet 1970, «les gens n'étaient pas au courant qu'ils allaient être expropriés en créant le parc, dit Mme Babin. Dans le rapport du BAEQ, il était question de "quelques petites franges côtières et quelques couloirs de pénétration"». 

Les procédures d'expropriation en vigueur au Québec étaient désuètes; un comité recommandait des changements pour prévenir les abus envers les expropriés. «Ce n'était pas réglé au moment de l'expropriation de Forillon et, en plus, on a donné des pouvoirs spéciaux au ministère des Travaux publics pour contourner les procédures habituelles, plus longues», indique

Mme Babin.

Pressions du gouvernement

Les négociateurs du gouvernement du Québec ont «exercé des pressions» et «proféré des menaces» contre les expropriés pour qu'ils acceptent rapidement les offres d'indemnités, rapporte l'historienne. «C'était David contre Goliath. Les expropriés devaient se déplacer à Gaspé dans un bureau où quatre ou cinq professionnels devant eux leur disaient qu'ils étaient bien mieux de se satisfaire de l'offre, parce que leur maison ne valait pas plus.»

Les chemins ne seraient plus déblayés l'hiver et le transport scolaire s'interromprait après la date limite du 22 janvier 1972, menaçait-on certains expropriés. On leur disait aussi que d'éventuels recours et les frais d'avocat grugeraient leurs indemnités, pourtant «dérisoires», décrit Mme Babin.

«La plupart des montants [d'indemnités] que j'ai vus étaient entre 2000 $ et 5000 $. [Même en 1970], c'était peu pour vous racheter une maison et une terre qu'on vous arrache de force.»

Les expropriés ont dû aller jusqu'en Cour d'appel, puis avoir recours au Protecteur du citoyen pour obtenir des indemnités supplémentaires de 1,9 million $ en 1975. «Cinq années d'attente et de frustration pour obtenir ce qu'ils auraient dû obtenir au départ», commente l'historienne.

Marie Rochefort, du Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, espère que le livre répondra aux questions qu'elle se pose depuis des décennies. «Comment ça se fait que dans un pays civilisé comme le Canada, on ait pu décider de vider des lieux habités depuis des générations? On n'arrive pas à concevoir quelles raisons peuvent justifier ce sacrifice.»

En 2001, l'avocat Lionel Bernier, qui a défendu les expropriés dans les années 70, avait publié La Bataille de Forillon, un roman historique prenant appui sur les faits réels.

D'autres expropriations célèbres

Si l'expropriation de Forillon est d'une envergure incomparable au Québec lors de la création d'un parc, elle est précédée de deux autres opérations célèbres.

En 1969, 230 familles réparties dans huit villages sont expulsées du territoire du futur parc fédéral Kouchibouguac, au Nouveau-Brunswick.

La même année, à Sainte-Scholastique (maintenant Mirabel), 97 000 acres de terres cultivables sont expropriés et 1700 familles sont expulsées pour établir un aéroport.

Chronologie

1966

Un rapport du Bureau d'aménagement de l'Est-du-Québec recommande de créer un parc à Forillon pour donner un élan au tourisme.

1968

Ottawa et Québec signent une entente de coopération pour développer l'Est-du-Québec, qui prévoit notamment l'aménagement du parc Forillon.

8 juin 1970 

Le gouvernement libéral de Robert Bourassa, nouvellement élu, et Ottawa officialisent la création du parc par une entente.

17 juillet 1970

L'Assemblée nationale adopte une loi d'exception pour accélérer l'expropriation du territoire de Forillon.

22 juillet 1970

Le plan général d'expropriation est déposé au palais de justice de Percé. À partir de cette date, les expropriés ne sont plus chez eux.

22 janvier 1972

Date limite à laquelle les expropriés devront avoir évacué leurs maisons et leurs terres.

31 octobre 1972

La Régie des services publics entend 125 expropriés qui demandent de plus justes compensations. 

1973

L'État provincial porte en Cour d'appel la décision de la Régie, favorable aux expropriés. 

1975

La Cour d'appel, saisie par l'État provincial, confirme le verdict de la Régie. Les expropriés qui ont accepté la première offre ont recours au Protecteur du citoyen pour faire rouvrir leur dossier.

6 octobre 1975

Québec accorde 1,9 million $ supplémentaires aux expropriés.

2011

La Chambre des Communes à Ottawa et l'Assemblée nationale à Québec adoptent des motions d'excuses pour la façon dont l'expropriation a été menée.

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