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Détours littéraires par le Mexique et l'Italie

La tour du Docteur Brinkley de Robert Hough...

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La tour du Docteur Brinkley de Robert Hough

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Avec l'été, l'appel du large se fait insistant, mais ce n'est pas toujours évident d'y répondre. Traînant sur le bureau depuis un moment déjà, la couverture colorée de La tour du Docteur Brinkley, du Torontois Robert Hough, me faisait de l'oeil en cette saison chaude. Une peinture de Diego Rivera montrant une jeune mexicaine en habits d'une autre époque, et une citation d'un critique promettant un livre «éblouissant comme un verre de mezcal». Séduisant? Intrigant, certainement. Ay! Por qué no?

La tour du Docteur Brinkley est un aller simple pour le Mexique des années 30, avec pour destination finale un petit village assis sur la frontière avec le Texas. Corazón de la Fuente a des airs de Far West, avec sa plaza en ruines, ses rues étroites empoussiérées, ses maisons en adobe rose et bleu, ses chiens errants, ses cuisines en plein air et sa Maison des plaisirs courtois, où toutes les filles de joie s'appellent Maria.

Tout commence avec Francisco Ramirez, un adolescent presque adulte, qui s'éprend de Violeta, réputée difficile d'accès. Il s'emploie à gagner le coeur de la belle, alors que le village, à peine remis de dizaines d'années de conflits sanglants, s'enthousiasme de la venue d'un certain Docteur Brinkley. Le riche Américain veut installer une tour de radio à l'orée de Corazón de la Fuente, pour diffuser sa station à grande échelle... et ainsi promouvoir son opération impliquant des testicules de bouc pour redonner vigueur à ces messieurs.

Cette tour rime avec prospérité pour le village, qui périclite dans l'indolence du désert. L'arrivée des camions de construction ébranlera - littéralement - Corazón de la Fuente. Au départ, pour le mieux, mais la médaille dorée du Docteur Brinkley ne tardera pas à montrer son côté moins glorieux...

Robert Hough coud sa trame à travers plusieurs personnages, à la fois narrateur omniscient et pourtant collé en toute intimité avec le héros du moment. Un genre de récit choral, mais d'une fluidité et d'une cohérence remarquable.

L'univers est réaliste, mais la façon dont l'auteur torontois lui donne vie est un brin fantaisiste. Il y a quelque chose de savoureux dans ce précieux équilibre qui nous donne à la fois l'impression de nous évader dans une histoire exotique tout en gardant un pied sur terre dans des émotions familières, loin de la caricature.

Les éditions Marchand de feuille ont recruté Annie Pronovost à la traduction française, et celle-ci a laissé juste assez de touches d'espagnol pour garder intacte l'ambiance du roman de Hough. Un vrai voyage littéraire et sensoriel qui laisse un goût de tequila sur la langue.

Avec l'été, l'appel du large se fait... (Couverture du livre Numero Zero) - image 2.0

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Couverture du livre Numero Zero

***

Un autre détour estival, par l'Italie cette fois, s'imposait aussi avec le nouveau Umberto Eco, atterri récemment sur les tablettes. Hélas, le voyage ne se révèle pas aussi charmant que celui au pays de Corazón de la Fuente. 

Numéro zéro est un roman somme toute assez court - ou enfin, assez mince. L'intrigue s'ouvre sur un suspense où un écrivain raté se sent en danger, découvrant au petit matin que quelqu'un s'est introduit dans son appartement. On remonte alors le fil de l'histoire à la rencontre de Colonna, qui se fait recruter par l'éditeur d'un nouveau quotidien en élaboration à Milan. Le hic, c'est que l'aventure est faussée dès le départ : le quotidien Domani ne sortira jamais, et ses numéros fantômes doivent servir les intérêts d'un grand financier italien qui veut faire chanter des hauts placés. 

Colonna est mis au parfum dès le début, car l'éditeur lui confie une double mission : écrire un livre sur l'aventure qui le montrera en héros de la presse. Or, tout ce contexte servira finalement bien peu l'histoire, qui dévie lorsqu'un des journalistes, un peu trop paranoïaque, se lance dans une enquête qui remet en question la mort de... Mussolini. Rien de moins 

C'est là qu'Umberto Eco m'a perdue : cette théorie du complot devient le coeur du roman, élaborée de long en large, et elle est n'est pas des plus accessibles pour quiconque ne maîtrise pas intimement l'histoire du fascisme italien.

Pourtant, l'histoire promettait au départ, mais le récit reste en surface. Dommage, parce que l'auteur du Nom de la rose nous réserve ici et là des petites perles, comme celle-ci : «Les perdants, comme les autodidactes, ont toujours des connaissances plus vastes que les gagnants, pour gagner il faut savoir une seule chose et ne pas perdre son temps à les connaître toutes. Le plaisir de l'érudition est réservé aux perdants.» Hélas, ce n'est pas suffisant pour avoir l'impression de rentabiliser son billet d'avion.

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