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Promenade des écrivains: poésie de ruelles

Marie-Ève Sévigny anime une promenade à pieds dans... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Marie-Ève Sévigny anime une promenade à pieds dans ce qu'elle appelle«le Limoilou de Sylvain».

Photo Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Limoilou et sa 3e Avenue sont devenus une destination à la mode : boutiques artisanales, restaurants branchés et petits commerces locaux font son charme. Mais au-delà de la 3e Avenue, dans les triplex et les ruelles qui s'entrecroisent, la vie palpite autrement. «Ça faisait un moment qu'on me réclamait un parcours dans Limoilou, c'est maintenant chose faite», lance Marie-Ève Sévigny à son groupe, à qui elle s'apprête à faire découvrir une nouvelle piste de la Promenade des écrivains.

Nous sommes un samedi de juillet, devant la radio CKRL, aux portes de Limoilou. Le quartier résidentiel, aux origines ouvrières et populaires, a-t-il autant à offrir comme inspiration littéraire que les vieilles rues de la Haute-Ville et du quartier historique, où la Promenade des écrivains propose déjà plusieurs trajets guidés? Nous sommes là pour le découvrir, au fil d'une promenade à pieds de près de deux heures dans ce que Marie-Ève Sévigny appelle «le Limoilou de Sylvain».

Sylvain, c'est Sylvain Lelièvre, auteur-compositeur-interprète né en 1943 dans le quartier et décédé au faîte de sa carrière, en 2002, à 59 ans. Il n'a vécu que son enfance à Limoilou, dont ses premières années au 245, 8e Avenue, mais n'a cessé de faire revivre le quartier. «Moi, je suis d'une ruelle comme on est d'un village / Entre les hangars de tôle pis les sacs à poubelles / Entre la 8 pis la 9, entre la 2 pis la 3 / Entre l'école pis l'église, ma p'tite enfance est là», chante-t-il dans La basse ville.

C'est là un des nombreux extraits que partage Marie-Ève Sévigny durant sa promenade à Limoilou, qui nous emmène hors des sentiers battus, dans ce dédale de ruelles qui fait le charme et l'unicité du quartier, «ce quartier parallèle et intime», comme elle l'appelle. Cette nouvelle promenade n'est ni flamboyante ni liée à des bâtiments précis. On s'arrête bien sûr devant l'immeuble qui a abrité la salle de spectacle intimiste Aux oiseaux de passage, au coin de la 4e Avenue et de la 5e Rue. Et aussi devant le Cégep Limoilou, l'ancien collège Saint-Jean-Eudes, où Lelièvre a fait son collège classique, une période dont son oeuvre reste marquée (notamment dans son roman Le troisième orchestre).

Mais c'est vraiment quand on s'arrête en plein coeur d'une ruelle quelconque, ni particulièrement jolie ni laide, où la vie ordinaire suit son cours, que les extraits prennent réellement du corps et teintent l'environnement d'une certaine magie. Il y a une ambiance, une poésie qui résonne différemment quand on entend la guide réciter : «Petit matin sans horizon / Petit café, fumée d'usines / Je r'garde le derrière des maisons / Les femmes sont à leur cuisine / Y a des oiseaux qui s'font la cour/ Sur les fils du Bell Téléphone / Et dans l'oeil crevé de ma cour / Un 747 qui résonne».

Ce qui fait le charme de cette promenade, surtout, outre la foule de détails historiques sur le quartier et le rappel de l'oeuvre de Lelièvre, ce sont les textes inédits que Marie-Ève Sévigny a commandés à des auteurs. La plupart ont habité le quartier, tous ont accepté de se prêter au jeu de s'en inspirer. François Blais discourt avec tendresse sur l'Empereur de la ruelle, un gros matou noir qui existe vraiment; Max Férandon invente la fuite de durs à cuire dans le quartier de son enfance; Marie-Renée Lavoie parle d'un triplex surnommé «la maison des cancres» parce que quand on le regarde d'une ruelle, il est surmonté par le pic de l'église comme d'un bonnet d'âne; la dramaturge Anne-Marie Olivier, elle, nous raconte une soirée d'été dans toute sa beauté franche et parfois brutale, où «Limoilou fait des wheelies en rotant»...

Chacun de ces petits univers se déploie devant nos yeux et a en plus le mérite de faire découvrir des auteurs d'ici aux marcheurs.

Le coup de coeur va tout de même à un texte de Michel Rivard, servi en toute fin de parcours, devant la maison d'enfance de Sylvain Lelièvre, son ami, à qui il a accepté d'écrire un hommage émouvant en parcourant les ruelles du coin.

Quand le groupe se sépare, il ne reste qu'à regagner son chez-soi, en déambulant dans le quartier. Sur la 3e Avenue, un homme s'exerce sur le piano libre-service dans le «stationnement pour piétons», avec un ami violoniste. Les notes s'échappent dans l'air lourd d'humidité, pendant que tout le monde vaque à ses affaires. Le visage du quartier a changé, mais gageons que Sylvain Lelièvre ne le renierait pas.

Pour informations et réservations : www.promenade-ecrivains.qc.ca

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