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La servante aux corneilles: en dehors des parenthèses

À travers ses personnages, l'auteur de La servante... (Photo fournie par Alto)

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À travers ses personnages, l'auteur de La servante aux corneilles, Dan Vyleta, raconte la vie d'après-guerre d'une manière fascinante.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Il s'en est écrit, des choses, sur les grandes guerres qui ont marqué l'Occident. Sur la Seconde, particulièrement : les horreurs du nazisme portaient en elles tout le tragique propice à exacerber la création, après coup, du moins.

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La servante aux corneillesDan VyletaAlto, 704 pages

Mais qu'en est-il du avant et du après? La matière ne serait-elle pas aussi riche, sinon plus? Alto publiait en février dernier Fenêtres sur la nuit, traduction d'un roman de Dan Vyleta, fils d'immigrants tchèques ayant grandi en Allemagne et ayant vécu au Canada et en Angleterre. La brique qui frayait avec le roman policier d'une façon tout à fait unique avait été remarquée pour son récit troublant et noir entourant les résidents d'un immeuble d'appartements dans une Vienne aux portes du nazisme, à l'automne 1939.

La servante aux corneilles se passe dans le même décor, une décennie plus tard. Tout a changé. Nous sommes en 1948. Anna Beer revient en train après neuf ans d'exil à Paris. Elle doit retrouver son mari, le Dr Anton Beer, revenu d'un camp de travail russe. Sera-t-il là pour l'accueillir? Dans son compartiment de première classe, elle fait connaissance avec Robert Seidel, jeune homme à peine pubère, qui revient lui aussi d'un exil de cinq ans en Suisse, où on l'a envoyé étudier. Son beau-père a été jeté en bas d'une fenêtre; son demi-frère, ancien officier de la Gestapo, est accusé du crime, mais certains squelettes se cachent peut-être dans le fond d'une cave.

L'un et l'autre ne savent pas trop à quoi s'attendre. La guerre est terminée, et Vienne, ravagée, est toujours écartelée entre différentes puissances, pendant que se dessinent lentement les contours de la guerre froide.

Ce qu'ils ne savent pas, non plus, en descendant du train, c'est que leurs destins se recroiseront d'une façon assez tordue, à l'image de cette servante au dos croche qui accueillera Robert chez lui, un personnage qui était déjà présent dans Fenêtre sur la nuit.

Il y a un peu de tout, dans ce roman inclassable. Un peu de policier, sans doute, dans le sens où on cherche des disparus, on chasse des fantômes et on tente de percer à jour l'identité réelle de certains personnages aux contours flous, qui ne peuvent exister que dans cette société morcelée, méfiante, où tout un chacun a le loisir de se reconstruire au quotidien.

La servante aux corneilles est aussi un roman de moeurs, dans un sens, qui s'attarde aux complexes interactions sociales dans une société, qui, justement, après avoir vécu sous le joug d'un régime totalitaire, doit se reconstruire sans trop de repères.

L'univers est plutôt noir, sans être lourd. Les personnages qui se relaient comme point focal du récit ne sont surtout pas manichéens, habités de contradictions et de nuances qui les rendent particulièrement intéressants. Dan Vyleta butine de l'un à l'autre, dans une structure fluide, mais un peu déconcertante, où rien ne semble planifié, calculé. L'auteur a d'ailleurs confirmé en entrevue ne pas écrire avec un plan précis. Ça paraît, mais ce n'est pas dérangeant. S'il n'y a pas de mécanique implacable nous menant à la conclusion, l'intrigue se déroule de façon plus organique, plus vivante.

J'ai lu La servante aux corneilles avec un esprit vierge, sans connaître l'histoire de Fenêtres sur la nuit. Le roman se suffit en lui-même; ce n'est pas à proprement parler une suite. N'empêche, Dan Vyleta a une façon tellement fascinante, tellement prenante de donner vie à ses personnages que je n'ai qu'une seule envie, c'est me plonger dans Fenêtres sur la nuit.

On a souvent tendance à nous enseigner les grandes périodes historiques comme des parenthèses précises, entre des dates déterminées. Mais en dehors de ces parenthèses, il y a la vie qui continue, et elle se révèle tout aussi fascinante, du moment qu'on prend le temps de s'y attarder.

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