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Trois ans et Six minutes

En quittant la courte échelle, où elle publiait... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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En quittant la courte échelle, où elle publiait la série des enquêtes de Maud Graham depuis des années, Chrystine Brouillet a choisi une toute jeune maison d'édition, Druide.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Au Québec, il y a très peu d'auteurs qui vivent principalement de leur plume. Quand l'un d'entre eux, comme Chrystine Brouillet, devient agent libre, la convoitise est forte chez les éditeurs. Étonnement, en quittant la courte échelle, où elle publiait la série des enquêtes de Maud Graham depuis des années, la reine du polar québécois a choisi une toute jeune maison d'édition, Druide.

En entrevue, au mois d'avril dernier, tout juste avant le Salon du livre, elle m'avait expliqué avoir choisi Druide après une expérience particulièrement heureuse sur un bouquin collectif, Crimes à la librairie, orchestrée par la maison d'édition.

Anne-Marie Villeneuve, sa nouvelle directrice littéraire, confirme l'histoire. «Pour nous, ça ne peut pas mieux tomber dans l'histoire de la maison. C'est de l'oxygène, si on pense au volet commercial, mais en plus, sur le plan littéraire et humain, c'est un charme travailler avec elle. On est très heureux et reconnaissant qu'elle travaille avec nous», lance-t-elle en entrevue.

Druide vient tout juste de terminer sa troisième année de publication avec le lancement de Six minutes, le nouveau roman de Chrystine Brouillet. Trois ans, dans le marché du livre, c'est très court. Et pourtant, la maison d'édition compte 65 titres à son catalogue, avec plusieurs noms connus : Alain Beaulieu, Raymond Paul, Hélène Dorion... On y retrouve un peu de tout : de la fiction, oui, mais aussi un récit du politicien François Paradis, une biographie d'Alain Lefèvre, un ouvrage sur la bière, des livres jeunesse...

Dans le monde littéraire, où se distinguer n'est pas évident de nos jours, Druide a choisi d'être un généraliste pur et dur. Menée par trois anciens de chez Québec Amérique, Luc Roberge, Anne-Marie Villeneuve et Normand de Bellefeuille, la compagnie vise large.

«On croit que pour survivre, ça prend un équilibre dans les publications. Le très littéraire, c'est très chouette à faire, mais c'est très difficile d'en vivre, encore plus aujourd'hui qu'hier. Moi, je m'occupe de la littérature plus grand public, avec aussi la littérature jeunesse et les essais, et c'est ce que j'aime faire. J'aime la variété dans le travail, dans l'accompagnement. Chaque projet est un monde», explique Anne-Marie Villeneuve.

«Ce qui est intéressant, c'est qu'on crée un environnement littéraire très fertile. Il y a beaucoup de respect et de camaraderie avec des auteurs "plus" littéraires et des auteurs "moins" littéraires», raconte-t-elle encore. Ce mélange a même permis à Raymond Paul, qui avait publié Léa devant la mer dans la collection écarts, dirigée par Normand de Bellefeuille, de finalement réaliser un projet avec son frère Philippe Paul, qui a donné Coupable d'être policier, des mémoires publiées dans la collection dirigée par Anne-Marie Villeneuve.

De l'information aux livres

Le plus étonnant, dans l'histoire de Druide, c'est peut-être d'où elle vient, cette maison d'édition. En fait, elle est une filiale de Druide informatique, la compagnie qui vend Antidote et Tap'Touche, deux outils informatiques pour aider à la correction de textes et à la rapidité du doigté. Ce sont eux qui, il y a quelques années, ont décidé d'ajouter une maison d'édition à leur compagnie.

Dans un genre de partenariat qui n'existe pas vraiment ailleurs dans le monde du livre au Québec, les deux filiales se partagent une même équipe commerciale. «L'équipe de vente vend à la fois Tap'touche, Antidote et nos livres. Partager ça avec un joueur qui a les reins aussi solides que Druide informatique, ça nous donne vraiment un appui fort. C'est une entreprise en croissance constante», explique Anne-Marie Villeneuve.

Une drôle d'idée, alors que le monde du livre connaît certaines difficultés? Peut-être pas tant que ça, finalement.

Un petit mot maintenant sur ce nouveau Chrystine Brouillet. Dans Six minutes, la célèbre enquêtrice Maud Graham arpente Québec à la fin de l'hiver, dans un chassé-croisé d'histoires où la violence conjugale fait différentes sortes de victimes. Une violence contre laquelle la policière veut se battre, mais sur laquelle il est encore difficile d'avoir une emprise.

Si l'auteure et le personnage sont deux personnes bien distinctes, on sent bien la propre préoccupation de Brouillet, qui a d'ailleurs tenu à laisser un message à la fin du bouquin, où elle dit espérer «que les maisons d'hébergement recevront le financement nécessaire pour continuer d'exister. C'est une question de survie». Un message pertinent, en effet.

La reine du polar n'a pas perdu la main, évidemment. Six minutes se lit tout seul, d'un bout à l'autre. Avec en prime, quand on habite Québec, le plaisir de se situer dans des lieux familiers.

Or, ce coup-ci, Chrystine Brouillet a décidé de nous en laisser savoir plus que les enquêteurs tout au long du roman. Le choix modifie beaucoup l'essence du suspense, qui se déplace vers le désir de savoir comment les protagonistes vont s'en tirer plutôt que de savoir qui a fait quoi. Ceux qui aiment lire des policiers pour jouer eux-mêmes aux détectives seront peut-être un peu déçus. Les autres qui ne détestent pas avoir une longueur d'avance s'y plairont assurément.

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