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Mariages heureux

Présenté au Carrefour international de théâtre, Attentat est... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Présenté au Carrefour international de théâtre, Attentat est un collage de textes poétiques mis en scène par Véronique et Gabrielle Côté. -

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La scène était belle à voir: à la sortie de la pièce Attentat, dimanche dernier, à la Caserne Dalhousie, les gens se pressaient autour d'un tout petit kiosque de la librairie Le port de tête, de Montréal. Sur la table, des plaquettes de poésie, d'auteurs les plus divers: Gaston Miron, Catherine Dorion, Jean-Paul Daoust, Évelyne de la Chenelière, Louise Desjardins...

Ce ne sont pas nécessairement des livres qui font fureur en librairie. Pas le portrait typique du best-seller. Et pourtant, ça jouait du coude pour en acheter. «Est-ce qu'il y a un livre qui rassemble les textes du spectacle?» a demandé une vieille dame, tentant de voir par-dessus les épaules.

Malheureusement, il n'y en avait pas. Le spectacle Attentat est un collage de textes poétiques les plus divers mis en scène par les soeurs Véronique et Gabrielle Côté. Cette petite bombe de poésie a visiblement allumé bien des esprits, en fin de semaine dernière, au Carrefour international de théâtre. Comme si la poésie, prenant corps, prononcée tout haut, incarnée dans un espace théâtral, avait réussi à ouvrir une brèche sur toute sa puissance, même si elle semble parfois si hermétique sur papier.

Quant à moi, j'ai profité de cette petite librairie pour me procurer La vie habitable - Poésie en tant que combustible et désobéissances nécessaires, de Véronique Côté. Un court essai publié dans la série Documents par l'équipe de la revue Nouveau Projet, sur lequel je voulais mettre la main (et l'oeil) depuis un moment déjà.

À la lecture du petit bouquin, on comprend encore mieux les racines du projet Attentat. Véronique Côté, auteur et metteure en scène de Québec, y fait une première mise en garde: «Je parle de poésie: je ne parle pas de poème.» Puis encore: «La poésie naît spontanément du choc d'images, de la mêlée de sens, de l'accident. Elle jaillit de l'imprévisible, et par son surgissement elle nous lave le regard, la tête, le coeur.»

Cette lecture est un petit ravissement, qui permet de reconnecter avec le rêveur, l'idéaliste en nous. Véronique Côté en profite pour passer quelques coups de gueule sur les dérives politiques, sociales et écologiques que le Québec connaît actuellement. Chez elle, la poésie passe par le territoire, celui qu'on habite, mais qu'on a oublié, celui qu'on laisse saccager sans vergogne.

J'ai préféré les incartades où d'autres, philosophes, psychologues, écrivains, ont été invités à partager leur vision de la poésie. Particulièrement l'intervention du cinéaste Hugo Latulippe, qui dit si bien: «La poésie est une lueur qui s'immisce parfois entre nous et le monde. C'est un flottement, un pas suspendu, une clarté soudaine qui nous fait sourire avec les yeux, plier-craquer lorsqu'on pensait rester de glace.» À méditer.

Si le sujet vous enchante, Nouveau Projet tient aussi une collection particulièrement intéressante, Pièces, où c'est le théâtre qui s'invite sur papier. Dans la continuité d'Attentat et de La vie habitable, le petit dernier de la série, S'appartenir(e), fait un joli complément en rassemblant les paroles de huit auteurs, huit femmes d'ici, parmi lesquelles on trouve Joséphine Bacon, Rébecca Déraspe, France Daigle, Véronique Côté (encore!) et Anne-Marie Olivier, entre autres.

Lundi soir, au Carrefour de théâtre toujours, la littérature s'est elle aussi invitée sur scène. Le Portugais Tiago Rodrigues est venu proposer une expérience touchante où les livres tenaient le beau rôle. Il a invité sur scène 10 spectateurs, à qui il a fait apprendre par coeur un sonnet de Shakespeare. Une idée inspirée de sa grand-mère, une grande lectrice, qui, devenant aveugle, lui a demandé de choisir un livre qu'elle pourrait apprendre par coeur.

Voilà deux belles façons de se rappeler que le théâtre est d'abord littérature et que la littérature peut souvent devenir du théâtre. Comme quoi, de l'un à l'autre, les frontières sont poreuses, et les mariages, souvent heureux.

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