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Dany Laferrière intronisé officiellement à l'Académie française

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Dany Laferrière a été longuement applaudi par ses pairs, jeudi à Paris.

AFP, Thomas Samson

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Alain Jean-Robert
Agence France-Presse
Paris

Incarnation de l'universalité de la francophonie, l'écrivain canadien d'origine haïtienne Dany Laferrière est devenu immortel jeudi en s'installant dans le fauteuil occupé jadis par Montesquieu à l'Académie française.

Perpétuellement en exil, Dany Laferrière, 62 ans, est le premier Québécois et le premier Haïtien à rejoindre la prestigieuse institution créée par le cardinal de Richelieu.

«Ce fauteuil est le siège de tant d'aventures reliées à l'Amérique que je ne serai pas étonné qu'il devienne un jour le fauteuil américain de l'Académie», a dit avec malice le nouvel académicien dans son discours d'hommage à l'écrivain franco-argentin Hector  Bianciotti, à qui il succède sous la Coupole du Quai de Conti.

Rappelant qu'un Alexandre Dumas avait également occupé le fauteuil numéro 2 qui est aujourd'hui le sien, il a précisé  avec humour: «Ce n'était pas le Dumas des Trois Mousquetaires, mais plutôt son fils, l'auteur de La Dame aux camélias».

«Je suis né à Haïti, mais né écrivain à Montréal», répète celui qui se définit avec un rire salutaire comme «un écrivain japonais». Dans son discours, il a cependant tenu à saluer «le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor».

«Ce dernier a occupé pendant 18 ans le fauteuil numéro 16. C'est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie», a rappelé M. Laferrière, longuement applaudi par ses pairs et les nombreux invités, dont le président de la République, François Hollande. À la fin de la cérémonie, d'environ une heure et demie, les deux hommes ont échangé quelques mots.

Notes biographiques

Fils d'un célèbre opposant au dictateur François Duvalier, il voit disparaître son père, contraint à l'exil, alors qu'il a à peine cinq ans. Il ne le reverra jamais vivant.

Confié à ses grands-parents, à Petit-Goâve, il est élevé par sa grand-mère, surnommée «Da», une femme envoûtante qui lui donnera le goût de lire. Il a raconté les années passées à Petit-Goâve dans son livre L'odeur du café, mais leurs échos sont présents dans quasiment tous ses ouvrages dont les titres sont souvent une invitation au voyage et à la rêverie: Le charme des après-midi sans fin ou Le journal d'un écrivain en pyjama.

Mais cette supposée nonchalance ne saurait longtemps abuser. «Vous ne cessez de faire l'éloge de la lenteur, des après-midi sans fin, des mangues mûres qui tombent de l'arbre dans vos mains. Le dernier en date de vos livres a pour titre: L'Art presque perdu de ne rien faire. Cependant, si j'ai bien compté, cet ouvrage est le vingt-troisième que vous publiez. Curieuse manière de ne rien faire! À vrai dire, cette nonchalance, c'est votre forme d'élégance», a fait remarquer l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf, qui présidait la cérémonie.

En 1976, à la suite de l'assassinat d'un de ses amis, journaliste comme lui au Petit Samedi soir, Dany Laferrière est contraint de quitter Port-au-Prince pour Montréal.

Il y aura des années de galère: le travail clandestin, des chambres insalubres, mais jamais de renoncement. Il rêve de devenir écrivain et en attendant il lit, lit et relit «dans sa baignoire rose». Borges est son héros. Il ne se lasse pas de Cendras ou Voltaire. En 1985, il publie son premier livre au titre culotté: Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer. C'est le succès immédiat. Traduit en 11 langues, l'ouvrage sera adapté au cinéma. Dany Laferrière vient d'avoir 32 ans.

En 2009, il décroche le Médicis pour son roman L'énigme du retour. La consécration arrive en décembre 2013 avec son élection, au premier tour, à l'Académie française.

Son habit vert a été créé par le couturier québécois Jean-Claude Poitras. Il a nécessité 650 heures de travail dont 500 consacrées uniquement la broderie. Quant à l'épée, autre attribut de l'académicien avec la cape et le bicorne, elle a été confectionnée en Haïti par le sculpteur Patrick Vilaire. Un symbole du dieu vaudou Legba, «maître de toutes les cérémonies», est gravé sur son pommeau. La lame se termine par la pointe d'une plume.

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