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Autres temps, autres moeurs

L'auteure Sarah Waters... (Photo Charlie Hopkinson)

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L'auteure Sarah Waters

Photo Charlie Hopkinson

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Le hasard des lectures fait parfois bien les choses. Derrière la porte, le tout dernier roman de la Britannique Sarah Waters, amené chez nous par le truchement des Éditions Alto, trouve un drôle d'écho dans Le photographe d'ombres, le plus récent roman du Québécois d'adoption Hans-Jürgen Greif, publié chez L'Instant Même.

On ne pourrait être devant deux styles plus différents : Waters développe une histoire dense se passant durant six mois sur près de 600 pages, alors que Grief déploie une trame narrative précise et économe sur une soixantaine d'années en moins de 200 pages. Or, tous les deux tissent une intrigue affective peu conventionnelle dans des époques d'après-guerre, la Première et la Seconde, confrontant ainsi les moeurs d'aujourd'hui et celles d'hier.

Il en résulte, du côté de Sarah Waters, une histoire tout à fait fascinante. Derrière la porte est un curieux croisement entre la romance historique, le thriller et la chronique judiciaire, où pointe même une certaine dose d'érotisme de bon aloi.

Ça commence de façon presque banale. Nous sommes à Londres, après la Première Guerre. Les Wray, mère et fille, doivent se résoudre à prendre des locataires pour rester dans leur grande maison. Les deux frères ne sont jamais revenus du front, le père a dépéri d'une maladie cardiaque, laissant dans son sillage de lourdes dettes.

Waters nous propose plus qu'une chronique historique; c'est aussi la lente montée d'un triangle amoureux qui se forme entre les Barber, nouveaux locataires, et Frances Wray, femme de 27 ans qui cache un caractère insoumis et des idées modernistes sous un vernis de bonnes conventions.

Lentement, la maisonnée vacille entre bonheur et cauchemar, et ce n'est certainement pas de la façon dont on s'y attend.

Il fallait avoir du souffle pour porter cette histoire, et Waters en a indéniablement. Un souffle direct, sans ambages, porté sur la psychologie de ses personnages, mais qui aurait quand même pu être un peu resserré à certains endroits. N'empêche, les pages se tournent toutes seules et on en ressort épaté par une audace certaine et un sens de l'histoire, la grande et la petite, entre société et intimité.

De son côté, Hans-Jürgen Grief continue, après La colère du faucon, à explorer les changements de la société allemande après la Deuxième Guerre mondiale, une société qu'il a lui-même bien connue pour y avoir été élevé. Cette fois, la lorgnette se porte du côté de la deuxième génération, celle qu'on a poussée à s'émanciper, à se moderniser.

Le roman commence toutefois en 2014, avec une mort, celle de Dirk, marié avec Rita, vivant à Hambourg dans un quartier bien réputé. C'est le début d'une remontée à travers les décennies, racontant à grands traits la filiation de Rita, élevée par une mère qui se croyait veuve de guerre, mais qui a vu revenir, huit ans plus tard, un squelette de mari relâché des camps de travail russes. Comme chez Waters, on retrouve des personnages de femmes fortes, qui veulent secouer les moeurs de leur époque.

Au fil de chapitres rédigés avec une écriture épurée, on refait le chemin de la rencontre entre Dirk et Rita. En à peine six mois, ils sont mariés. Or, si tout va pour le mieux, malgré un passé mystérieux que Dirk refuse de dévoiler, quelque chose se brise quand Rita annonce qu'elle attend un enfant : son mari lui avait fait prêter serment de ne jamais avoir de descendance. C'est le début d'une descente périodique dans les affres de l'alcool pour Dirk, que Rita apprend à gérer tant bien que mal, à travers la carrière menée de front avec la maternité.

Le portrait que Grief trace ressemble presque à un album photo, où la toile générale se tisse à travers des polaroïds des épisodes les plus marquants de leur relation, jusqu'au dévoilement du secret de Dirk.

Pas un détail de trop dans l'écriture du romancier. On dirait même une certaine pudeur dans la description des événements, qui contraste fortement avec le style de Sarah Waters, plus passionné et charnel. Il en résulte une efficacité certaine chez Grief, qui a le mérite d'aller droit au but, mais aussi une certaine froideur, qui empêche peut-être d'être vraiment ému par le destin peu banal de cette famille allemande. Reste que l'histoire se révèle, elle aussi, assez fascinante à sa façon.

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