Les ingrédients d'un bon polar

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Comment écrit-on un polar? C'est ce qu'a tenté d'expliquer Claude Forand à des jeunes, dans un atelier en ouverture du Salon du livre, mercredi. Genre bien défini, qui comporte son lot de contraintes, le polar peut être résumé à un grand principe : un crime, une enquête. Pourtant, l'écriture d'un roman policier de qualité n'est pas un jeu d'enfants et, surtout, ne vient pas avec une recette précise, avertissent les auteurs interviewés par Le Soleil. Ils s'entendent, toutefois, sur quelques ingrédients essentiels.

La recherche

Quand il a écrit son premier roman, Claude Forand venait de terminer un dossier important pour un journal judiciaire. Il avait, en main, une quantité incroyable de documentation sur une histoire qui continuait de lui parler : toute la matière était là. Son métier de journaliste l'a franchement aidé dans son travail, mais comme les autres, il insiste sur la recherche nécessaire. «Il faut que ce soit vraisemblable», affirme-t-il. «On fait un travail d'enquête avant de commencer à écrire l'enquête», résume Chrystine Brouillet. «On se doit d'être crédibles», complète Maxime Chattam, qui a étudié en criminologie. «Connaître les bonnes personnes ressources aide aussi beaucoup à économiser du temps», ajoute de son côté Martin Michaud. 

L'intrigue

Un bon polar, ça ne s'improvise pas. Qu'ils aient un plan écrit et finement détaillé ou un schéma mental sommaire, les auteurs consultés par Le Soleil savent où ils s'en vont quand ils entreprennent la rédaction d'un nouveau bouquin. «Lors du premier jet de mon premier roman, je pensais que je maîtrisais assez bien mon histoire pour me lancer sans filet. J'ai bien vite compris que beaucoup de choses n'avaient pas été attachées correctement, si bien que j'ai dû recommencer à zéro», se remémore Claude Forand. Chrystine Brouillet, elle, ne peut vivre sans plan. «Il faut attacher toutes les ficelles. On ne peut pas amener quelque chose et ne pas le régler. Je fais des plans très précis avant de commencer à travailler», explique-t-elle. Avec les années et l'expérience, les planifications de Martin Michaud se sont faites moins élaborées, mais restent tout aussi nécessaires. «Je me donne un peu plus de liberté qu'avant, je suis plus à l'aise. Mais je sais toujours comment ça va finir. C'est important d'être cohérent», argue-t-il. 

L'enquêteur

Que seraient Ian Rankin sans son inspecteur John Rebus, Henning Mankell sans son Kurt Wallander, Arthur Conan Doyle sans son Sherlock Holmes? Les auteurs d'ici n'échappent pas à l'idée d'un enquêteur vedette qui revient, livre après livre, boucler des affaires criminelles. Claude Forand ne déroge pas de son partenariat avec Roméo Dubuc, un policier de la Sûreté du Québec un peu bourru. «Il m'est déjà arrivé d'avoir de bonnes idées d'histoires, mais où Dubuc ne cadrait pas. Je les ai simplement mises de côté», raconte l'auteur. Chrystine Brouillet, évidemment, est indissociable de Maud Graham. Pourtant, l'auteure s'est souvent permis des infidélités, notamment avec l'enquêteur Frédéric Fontaine et le personnage de Louise, créé dans Chère voisine, avec qui elle a renoué ces dernières années avec deux romans à l'humour noir. «C'est comme avoir des amis, j'en ai plus qu'un. Mais l'avantage d'avoir un personnage récurrent, que les lecteurs connaissent déjà, c'est qu'on peut complexifier l'enquête ou se concentrer sur d'autres personnages», explique-t-elle. Maxime Chattam et Martin Michaud aussi se permettent de sauter d'une série à l'autre, de varier les personnages principaux. «La récurrence, c'est intéressant pour développer quelque chose à long terme, mais il ne faut pas s'enfermer là-dedans. C'est bien d'alterner», résume Chattam. 

 Le lieu

S'il a son inspecteur fétiche, l'auteur de polar a bien souvent aussi sa ville chérie. Montréal, sous la plume de Martin Michaud, est «un personnage à part entière». La description de Québec dans l'univers de Maud Graham est devenue tellement importante que Chrystine Brouillet et Marie-Ève Sévigny viennent de publier un livre sur le sujet. Sur la piste de Maud Graham - Promenades et gourmandises rassemble adresses, extraits et photos de lieux marquants de la capitale qui figurent dans l'oeuvre littéraire, qui a aussi inspiré un parcours touristique dans la capitale. Claude Forand, lui, a élu refuge dans une ville mi-réelle, mi-imaginée, en Estrie. «Chesterville existe réellement, mais pas comme elle est décrite dans mes romans. Je suis un gars de petites villes, de régions. Pour moi, c'est le refuge de mon imaginaire», explique-t-il. De l'autre côté de l'Atlantique, Maxime Chattam mise aussi sur un même environnement pour beaucoup de ses livres. «Presque la moitié de mes livres se passent aux États-Unis. C'est un formidable laboratoire de l'aventure humaine», dit l'auteur français, pour qui cette culture fait partie de «l'imaginaire collectif».

Partager

À lire aussi

  • L'âge d'or du polar québécois

    Livres

    L'âge d'or du polar québécois

    Quand elle a publié son premier roman, Chère voisine, en 1982, Chrystine Brouillet foulait un sol vierge en littérature québécoise : le polar.... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer