Salon du livre de Québec

Dale Gilbert, mémoire de Saint-Sauveur

L'historien Dale Gilbert estime que la population âgée... (Le Soleil, Erick Labbé)

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L'historien Dale Gilbert estime que la population âgée de Saint-Sauveur porte un «fort sentiment d'appartenance» à ses institutions, d'où «les réactions très émotives» à chaque annonce de disparition d'une paroisse ou de démolition d'église.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Gamin, Dale Gilbert avait grand plaisir à déambuler dans le quartier Saint-Sauveur avec sa grand-mère. De la grotte Notre-Dame-de-Grâce au casse-croûte Chez Janine, rue Saint-Vallier, en passant par l'église Saint-Sauveur et le Centre Durocher, l'itinéraire comptait plusieurs arrêts obligés, ponctués d'anecdotes et de bavardages avec des connaissances du voisinage.

Les années ont passé, mais ces souvenirs demeurent toujours vifs et évocateurs pour le jeune chercheur en histoire à l'INRS. À telle enseigne que l'étude sociologique de ce coin méconnu de Québec a servi de matière à sa thèse de doctorat déposée à l'Université Laval et, dans la foulée, à la publication d'un livre, Vivre en quartier populaire - Saint Sauveur 1930-1980.

La rencontre avec le journaliste du Soleil avait été donnée devant l'église Saint-Sauveur, l'un des monuments coups de coeur de l'historien de 31 ans. «C'est la plus ancienne du quartier et l'une des plus belles qu'il m'a été donné de voir. Son éclairage met en valeur plusieurs particularités.»

Surnommé «la butte à moineaux» dans les années 30 et 40 en raison des échanges animés entre résidants, le quartier Saint-Sauveur recèle une grande richesse qui témoigne de la petite histoire de la capitale. Ses gens, ses rues, son patrimoine architectural figurent au coeur du livre de Dale Gilbert, qui connaît chaque coin du secteur comme le fond de sa poche, même si, ironiquement, il n'y a jamais habité.

«J'habite Limoilou. J'ai été le premier de la lignée des Gilbert à naître à l'extérieur de Saint-Sauveur. Mon arbre généalogique ici remonte à 1888. Ma grand-mère y a vécu 70 ans. Elle a habité plusieurs paroisses du quartier, mais quand elle est revenue dans Saint-Malo, pour elle, c'était comme revenir à la maison...»

Renouveau du quartier

Arrêt pour une séance photo, rue Boisseau. En toile de fond, de superbes demeures datant de 1902 qui mériteraient d'être rafraîchies. Un transformateur d'Hydro-

Québec et un spaghetti de fils électriques gâchent le coup d'oeil. Presque en face, le magasin Coeur de mailles. «Regardez les deux vitrines, signale l'historien, c'est un bel exemple de commerce recyclé. Autrefois, c'était sans doute une épicerie ou une boucherie.»

À deux pas, coin des Oblats et Durocher, une institution de Saint-Sauveur, Au royaume de la tarte. «On n'est pas dans les pâtisseries fines, on se comprend, mais dans les bons vieux gâteaux traditionnels. Je venais manger des beignes chauds avec ma grand-mère.»

C'est l'heure de la récréation pour les enfants de l'école Saint-Sauveur. Leurs cris résonnent dans l'avant-midi ensoleillé, témoins du renouveau du quartier. «On voit de plus en plus de jeunes venir s'installer dans Saint-Sauveur. Des gens qui veulent moins dépendre de l'automobile pour leurs courses ou aller prendre un verre.»

Dans les années 60, l'inverse s'était produit avec le départ de plusieurs familles, attirées par le rêve américain de la petite maison de banlieue, la cour gazonnée et l'entrée pour la voiture. L'arrivée des centres commerciaux a contribué au déclin des commerces du quartier. En 1941, Saint-Sauveur comptait 161 épiceries, soit un ratio d'une épicerie pour 248 habitants, le plus élevé de la ville, rien à voir avec la situation actuelle.

Virage à droite, rue Raoul-Jobin, où l'équipe du long-métrage à venir Paul à Québec a tourné quelques scènes d'époque en septembre dernier. Rebaptisée du nom de l'ancien ténor, l'ancienne rue Sainte-Thérèse a fait les beaux jours du Carnaval, avec ses sculptures de glace et la très courue Voûte à «Ti-Père».

Parmi les personnages célèbres natifs de Saint-Sauveur, le plus célèbre demeure Roger Lemelin, auteur du roman Au pied de la pente douce. Aussi, une certaine Alys Robi. L'historien croit qu'il est temps que la Commission de toponymie se penche sur la façon d'honorer la mémoire de la défunte chanteuse.

«J'ai hâte de voir. Montréal l'a déjà fait, avec une place qui porte son nom. Une maison du boulevard Charest porte une plaque indiquant qu'elle y a vécu. Mais ça demeure délicat de changer le nom d'une rue. Ça froisse souvent des susceptibilités.»

Le coeur de Saint-Sauveur

Arrivée au Centre Durocher, longtemps le coeur communautaire de Saint-Sauveur, dont l'arrêt de mort a été annoncé par la ville. Sa démolition fera place à une soixantaine de logements. L'idée d'une maison de la culture, soumise par le comité de citoyens, n'a pas été retenue.

Les souvenirs d'enfance du jeune historien remontent à la surface. «Dans un quartier populaire, les symboles les plus forts sont l'église et le centre communautaire. J'ai passé pas mal de samedis ici à jouer aux quilles. Au sous-sol, il y avait un casse-croûte, bien vintage, avec ses bancs en cuir et ses grands comptoirs.»

Assis dans le parc Durocher, qui donne sur la rue Saint-Vallier, Dale Gilbert jette un coup d'oeil à l'édifice dont il déplore la disparition. Il souhaite que l'architecture du nouveau bâtiment intègre la façade originale, histoire de conserver un vestige du passé. Et, surtout, que les nouveaux locataires seront conciliants avec la vocation populaire des lieux. Autrement dit, comprendre que dans un parc, il y a des enfants qui jouent et qui font du bruit...

Dale Gilbert se réjouit de voir Saint-Sauveur reprendre des couleurs, s'ouvrir aux familles, retrouver une véritable vie de quartier. Les immigrants, attirés par le bas prix des loyers, ont également diversifié un paysage qui a été longtemps homogène.

L'ouverture de restaurants comme Le pied bleu, très prisé par les jeunes, et autres restaurants exotiques; d'une micro-brasserie aussi, bientôt, dans l'ancienne Union commerciale, témoignent à son avis de l'arrivée de jours meilleurs. «Le meilleur signe du retour de la vitalité d'un quartier, ce sont les investissements privés.»

Dale Gilbert sera au stand 153 du Salon du livre vendredi de 15h à 16h et samedi de 13h à 14h.

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