Salon du livre de Québec

Dany Laferrière: l'extravagance de lire

Lire, pour Dany Laferrière, c'est accéder à cette... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Lire, pour Dany Laferrière, c'est accéder à cette chose «à la fois jouissive, extravagante et en même temps intime» qu'est le livre. C'est éprouver le désir puissant de découvrir «ce qui bruit et ce qui palpite, derrière et en dessous».

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Lire le Journal d'un écrivain en pyjama, c'est comme entrer au salon du livre en compagnie de Dany Laferrière. Ça vous permet de rencontrer les écrivains qu'il aime et de découvrir un tas de livres, ceux qu'il a dévorés comme ceux qu'il a encore de la difficulté à digérer. Ça parle des mots avec lesquels il a eu à se battre, des phrases à la conquête desquelles il s'est lancé. Ça réfléchit à l'art d'écrire, au métier, au style. Et ça donne surtout envie de lire!

Lire, pour lui, c'est accéder à cette chose «à la fois jouissive, extravagante et en même temps intime» qu'est le livre, dit Dany Laferrière en entrevue. C'est éprouver le désir puissant de découvrir «ce qui bruit et ce qui palpite, derrière et en dessous».  

À l'entendre, il existerait même une aventure de l'adjectif. Le plus beau, c'est qu'on y croit.

Le Journal d'un écrivain en pyjama n'est pas seulement un livre de conseils. C'est un livre qui dit qu'un livre est fait de beaucoup de livres. Et c'est aussi un roman parce qu'on peut deviner le coeur humain en le lisant. «C'est le roman de l'écriture, et c'est le roman de la lecture, résume l'écrivain. Le style y tient une place importante. On peut le lire comme le combat que l'individu mène pour essayer de s'exprimer non seulement avec efficacité sur ce qu'il veut dire, mais aussi avec sensibilité sur ce qu'il ne voudrait pas dire et qui va apparaître malgré lui. C'est le roman de cette situation-là. Et quand on écrit un livre, c'est cela. Il faut qu'il y ait des choses que l'écrivain dit sur lui-même et qu'il ignore. J'y ai mis ma sensibilité, vous ajoutez la vôtre.» 

Lire le Journal d'un écrivain en pyjama, c'est aussi comme «descendre dans la salle des machines pour voir ce qui fait que le bateau flotte», explique Dany Laferrière. Ce livre, de toute évidence, il ne l'a pas écrit pour lui. «Quand vous avez une vingtaine de livres derrière vous, ça ne peut plus vous servir. J'ai fait ça comme une offrande, avec la plus grande spontanéité et la plus grande affection, pour quelqu'un d'autre que moi.» 

Écrire un livre, c'est une façon d'échapper à «cette rumeur confuse et éphémère qui rythme nos jours». Voilà pourquoi le livre peut longtemps rester actuel. Comment faire l'amour à un nègre sans se fatiguer, qu'on n'a jamais cessé de rééditer depuis sa sortie, il y a 30 ans, a survécu à l'épreuve du temps. «Ça s'inscrit dans un cadre, Montréal, mais ce n'est pas un roman sur Montréal. C'est un roman sur le sommeil, sur la solitude, sur les relations entre jeunes gens. Les lecteurs pensent parfois qu'un livre est actuel dans l'actualité de l'époque, alors qu'il est actuel dans son intemporalité.»

L'espace magique

Écrire, c'est rester dans ce qu'il appelle l'«espace magique». Ça demande de la concentration. «Je crois de plus en plus que les Américains ont touché une zone dangereuse avec leur goût pour les recherches intensives. Trois ans de recherche, un an pour rédiger. C'est devenu systématique. C'est très important de ne pas trop vouloir quand on écrit. Ce n'est pas une question d'accumulation. Il faut créer des ellipses, des zones d'absence, des trous, pour permettre au lecteur de se loger, de trouver sa place. Il ne faut pas tout dire, sinon on devient une sorte d'écrivain lourd, une puissance qui s'impose. Un bourgeois, quoi.»

Et si on s'impose uniquement par la puissance ou la quantité, on risque d'oublier ce qui se passe dans le cerveau du lecteur. «Le cerveau, en une seconde, il peut faire 1000 pages. Une odeur suffit pour rappeler toute l'enfance. Une photo en noir et blanc, et toute une époque apparaît. C'est quoi une époque? Cent mille pages?» 

De la même façon, pour que le lecteur rencontre l'écrivain, pour qu'il le connaisse «non parce qu'on lui a imposé votre image, mais au sens biblique du terme, il faut qu'il se passe quelque chose d'intime.» C'est déjà presque l'amour.

Et lire le livre d'un écrivain qu'on aime, c'est «comme apercevoir un point lumineux au fond de la nuit, une lampe au fond de la forêt. Rien n'est réglé, mais on est tellement réchauffé».

Dany Laferrière sera présent au Salon du livre de Québec aujourd'hui de 16h à 17h et de 18h à 19h, demain de 13h à 14h et de 18h à 19h, et dimanche de 11h30 à 12h30 et de 13h30 à 14h30.

Le pyjama de l'académicien

Ce n'est pas parce qu'il a été élu à l'Académie française que Dany Laferrière va renoncer au pyjama. 

«Je pense que le pyjama me sied bien», dit-il.

Le pyjama possède selon lui plus d'une vertu. Il permet de passer d'un monde à un autre, de l'éveil au sommeil, et vice-versa, sans étonner les gens. C'est aussi un vêtement extrêmement intime. Il annonce l'intimité de ce qui va être dit.

Le pyjama n'est d'ailleurs vêtement qu'en apparence. «Le pyjama, c'est le passe-muraille. C'est le non-vêtement. Le pyjama n'est pas un costume de superhéros, il n'apporte pas de changement dans la puissance, mais il a tout de même le pouvoir de vous rendre invisible. C'est une sorte de camouflage.»

Apparemment, Dany Laferrière préfère le pyjama à l'habit vert de l'académicien, à cause de la charge qu'il apporte. «Quand on met le vêtement d'académicien, il se passe quelque chose, dit-il. C'est comme si on te disait : "T'en as déjà assez fait. Tu es maintenant de l'autre côté. Tu dois aider les autres." 

Des deux événements qui ont récemment marqué la vie de l'écrivain, on se demande bien lequel entraîne le plus de conséquences. «Il y a eu le tremblement de terre de Port-au-Prince, qui a eu son impact plus tard, et il y a eu l'Académie, qui a un impact énorme sur le temps libre, parce que c'est un rituel très, très fort. Il faut préparer ça. Et on a un surcroît de demandes individuelles pour faire des conférences, pour voyager et tout ça.» 

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