Le monde selon Bernard Pivot

À presque 80 ans, Bernard Pivot écrit des... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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À presque 80 ans, Bernard Pivot écrit des livres, est critique littéraire au Journal du dimanche et est président de l'Académie Goncourt.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) À quoi ressemble le monde de Bernard Pivot? À quoi ressemble le monde quand on est un jeune homme de bientôt 80 ans? Rencontre avec le président d'honneur du Salon du livre de Québec. Celui que les journalistes avaient surnommé «le président de la République des lettres». L'homme qui voulait tout lire. Ou presque.

Sur l'anglicisation

«On ne peut que constater l'envahissement du français par le vocabulaire anglo-américain. Pourtant, je ne suis pas contre l'utilisation de mots anglais quand il n'y a pas d'équivalent français. Ce que je trouve intolérable, c'est le choix de mots anglais par snobisme ou par simple paresse. En France, on trouve très chic de dire booster, au lieu de mots comme activer, doper, encourager

C'est grotesque, mais il ne faut pas pour autant sombrer dans le ridicule. La Commission française qui suggère de nouveaux mots voulait remplacer le mot start-up (nouvelle entreprise) par l'expression «jeune pousse». Essayez seulement d'imaginer un jeune qui irait dans une banque pour dire : «Je veux démarrer une jeune pousse.»

Sur les 40 ans de l'émission Apostrophes

L'ancien animateur porte d'abord un regard amusé sur l'émission littéraire qui l'a rendu célèbre. «Ce qui me frappe, en revoyant l'émission, c'est à quel point j'avais les cheveux noirs. Un corbeau. [...] Certaines de mes cravates étaient vraiment horribles.»

Blague à part, Bernard Pivot revient vite à l'essentiel. «Je constate que ce que disent les écrivains reste entièrement valable, 30 ou 40 ans plus tard. Il n'y a pas de passages qui s'appauvrissent. Le temps ne modifie pas leur parole.»

Personne n'imaginait qu'Apostrophes deviendrait une émission «culte», dont on diffuserait encore les meilleurs passages, plusieurs décennies plus tard. Sans compter les épisodes que les internautes regardent encore, sur la grande Toile. À commencer par la sortie fracassante d'un Charles Bukowsky, complètement ivre, le 22 septembre 1978. Incluant son commentaire : «Il y avait seulement des gens assis en rond en train de parler de leurs livres. C'était horrible.»

Sur la popularité

Au sommet de sa gloire, quelque part dans les années 80 et 90, Bernard Pivot exerçait une influence considérable sur les ventes de livres en France. Ses critiques l'accusaient même d'avoir «domestiqué» la littérature! Au lendemain de ses émissions, les libraires voyaient débarquer des gens qui cherchaient un livre sans connaître le titre ou l'auteur. Simplement parce que la veille, on en avait parlé «chez Pivot». 

À l'époque, on disait que Bernard Pivot, alias saint Bernard, pour les intimes, incarnait tous les lecteurs de France. On entendait dire que les Français se reconnaissaient dans son personnage d'éternel naïf. Certains éditeurs disaient même d'un livre prometteur qu'il était pivotable.

M. Pivot est-il nostalgique de tout cela? «La télé, j'ai été content d'en faire et content d'arrêter, assure-t-il. J'ai changé de vie. J'écris des livres. Je suis critique littéraire [au Journal du dimanche]. Je suis président de l'Académie Goncourt.»

Pour le reste, celui que les journalistes ont baptisé le «Roi-lire» n'entretient guère d'illusions sur son passage à la postérité. «L'habitude est tellement prise de me téléphoner dès qu'il y a un mort dans la littérature que je suis sûr qu'il y aura des journalistes pour me demander de réagir à la mort de Pivot.»

Sur le Beaujolais

À l'âge de 23 ans, le jeune Bernard rêve de travailler comme chroniqueur sportif. Mais il obtient une entrevue pour Le Figaro littéraire.

L'entrevue avec le rédacteur en chef tourne au désastre. Il ne connaît aucun des auteurs dont on lui parle! Pas même Marguerite Yourcenar!

La chance tourne lorsque le jeune homme évoque son enfance dans la région du Beaujolais.

«Le rédacteur en chef était un amateur de beaujolais. Quand il a su que mes parents produisaient du vin, il a voulu en acheter. Et j'ai été engagé à l'essai.»

«Sans le beaujolais, je ne serais jamais devenu journaliste littéraire», concède Bernard Pivot. Mais dès lors, il lira en boulimique. De 10 à 14 heures par jour, au sommet de son art.

«On ne peut pas aller jusque-là où on avait rêvé aller quand on avait 15 ans», lui confiera le président François Mitterrand, quelques mois avant sa mort. Sauf peut-être si on bascule dans l'imprévu?  

Sur la télévision

Bernard Pivot a déjà expliqué qu'il avait eu la chance «d'arriver au bon moment». Dans une télé qui n'était pas encore «soumise à la dictature de l'audience». Bref, un autre monde. «Ma première émission s'intitulait Ouvrez les guillemets. La première s'était déroulée en direct, sans préparation, sans même une émission pilote. J'étais tellement nerveux que je n'avais pas un poil de sec.» 

Le lendemain, la grande patronne Jacqueline Baudrier lui téléphone pour dire trois choses. 

«1. L'émission [d'hier] n'était pas bonne. C'est normal, parce que c'était la première.

2. Ne remettez jamais cette veste, car vous avez l'air d'un garçon de café.

3. Vous êtes fait pour la télévision!»

Sur son rôle actuel

«Avec ma petite tribune, j'essaie de promouvoir la langue française. La seule chose que je ne voudrais jamais entendre dire, c'est que je ne sers pas bien le livre.» Tout compte fait, Monsieur préfère se décrire comme un «interprète de la curiosité publique».

«Quand j'ai quitté la télévision, un journaliste du Nouvel Observateur m'avait demandé si je me voyais à l'Académie française. Je lui avais répondu que les costumes et les discours ne m'intéressaient pas. Par contre, l'Académie Goncourt m'intéressait. Après tout, on y fait les trois choses que je sais faire à peu près convenablement : lire, boire et manger.

À ma grande surprise, l'Académie Goncourt m'a contacté. J'avoue que cela m'a un peu flatté.»

Un rare moment d'immodestie.

Sur la politique

«Je n'ai jamais été attiré par l'engagement politique. Je n'ai jamais dévoilé pour qui je votais. D'ailleurs, mes votes ont souvent été contradictoires. J'ai invité des hommes politiques, mais pour qu'ils parlent de littérature.» 

Mission accomplie. À la fin, les hommages aigres-doux de la droite et de la gauche ont fini par se rejoindre. Comme si personne n'avait vraiment réussi à l'étiqueter.

À gauche, l'Humanité dira de lui : «Un homme qui aime tout à la fois les grands vins, la bonne chère, le football, la langue française et les livres ne saurait être entièrement mauvais.» À droite, Le Figaro écrira: «Un présentateur qui est capable de vous parler aussi bien d'un cru bordelais, d'une choucroute et du dernier Le Clézio ne peut pas être complètement mauvais.»

Sur Twitter

L'ancien roi de l'imprimé s'est reconverti en écrivain spontané. Six mille messages expédiés en trois ans. Deux cent soixante-dix-neuf mille abonnés. Chaque matin, en semaine, Monsieur rédige des gazouillis qui sentent «le café et le pain grillé». «Pour moi, cela constitue un moment de plaisir, de récréation. Cette communication rapide m'amuse. Je tweete, donc je suis.»

Gare à la précipitation. Un jour, celui qui s'est fait connaître pour ses dictées piégées a commis l'irréparable. Une horrible faute d'orthographe. «Ce fut l'horreur», a-t-il confié au Journal du dimanche. «On disait : "Le monde est foutu, Pivot a fait une faute d'orthographe."»

Une autre fois, un internaute l'a traité de «cacochyme», ce qui veut dire «vieillard mal en point».

En principe, M. Pivot ne répond pas aux insultes. Mais, cette fois, il devait faire une exception. Et pour cause. Le malappris n'avait pas écrit le mot avec un «y».

Bernard Pivot est le président d'honneur du Salon du... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Bernard Pivot est le président d'honneur du Salon du livre de Québec.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Connaissez-vous Bernard Pivot?

1. Parmi les messages suivants, lequel n'a pas été rédigé par Bernard Pivot sur son compte Twitter?

a)  «Bizarre ou logique que dans notre alphabet la lettre m (prononcer aime) soit suivie de la lettre n (prononcer haine).»

b)  «Pas logique, le trait d'union d'ex-mari et femme, puisqu'ils ont rompu et divorcé.»

c)  «Un chef-d'oeuvre de la littérature n'est jamais qu'un dictionnaire en désordre.» 

d)  «Cherchant dans le portefeuille de sa femme une preuve de son infortune conjugale, il n'y trouva que des cartes de fidélité.»

2. Vrai ou faux? 

Bernard Pivot aimerait être réincarné en cep de la Romanée-Conti.

3. Bernard Pivot ne cache pas son petit faible pour un mot belge qui signifie «petit mensonge». De quel mot s'agit?

a)  Carabistouille

b) Calembredaine

c)  Girafé

d) Fesse-mathieu

4. Dans une célèbre dictée de Bernard Pivot, quel personnage s'écriait : «au diable la varice»?

a)  L'avare de Molière

b)  Une vieille femme qui avait mal aux jambes

c)  Le diable en personne

d)  Oncle Picsou

Réponses :

1. c) La phrase appartient à Jean Cocteau.

2. Vrai. Il s'agit du cépage du plus grand vin de Bourgogne.

3. a) 

4. b)

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