Houellebecq: visionnaire ou provocateur?

Soumission, le nouveau Houellebecq, arriveen librairie mardiau Québec... (Infographie Le Soleil)

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Soumission, le nouveau Houellebecq, arriveen librairie mardiau Québec dansun troublantcontexte social

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(Québec) Islamophobe et bassement provocateur pour les uns. Lucide et essentiel au débat pour les autres. Soumission, le nouveau roman de Michel Houellebecq, arrive cette semaine au Québec. Le sulfureux livre, qui imagine la France dirigée par un parti musulman, est précédé par une critique divisée, un phénoménal succès en librairie et un troublant contexte social et politique, deux semaines après l'attentat terroriste qui a frappé la France en plein coeur.

Un nouveau Michel Houellebecq, l'auteur français le plus traduit partout dans le monde, ne laisse jamais indifférent. Mais avec Soumission, son sixième roman, rien n'est ordinaire. D'abord, l'auteur révélé en 1998 par Les particules élémentaires imagine dans son nouveau livre l'accession au pouvoir d'un parti musulman dans la France de 2022.

La Fraternité musulmane instaure le port du voile, plaide pour le retour des femmes à la maison et la conversion à l'islam.

Le roman, qui faisait déjà grincer des dents dans les milieux littéraire et politique français, est tristement paru en France le 7 janvier. Le jour même où des terroristes ont décimé la salle de rédaction de Charlie Hebdo au nom d'Allah.

Ironiquement, Houellebecq apparaissait sur la couverture du numéro de Charlie paru ce jour-là. Le dessinateur Luz se moquait des prédictions du «mage Houellebecq». «En 2015, je perds mes dents, en 2022, je fais ramadan», pouvait-on lire. Le dessin cinglant ne faisait pas de cadeau à l'écrivain à la drôle de tête avec son hagard, ses cheveux hirsutes et le visage ravagé de celui qui, à 56 ans, n'a pas lésiné sur l'alcool et la cigarette.

Pour ajouter au sinistre hasard, Houellebecq a aussi perdu un ami dans l'attentat : l'économiste et chroniqueur Bernard Maris.

Craignant pour sa sécurité, l'écrivain a cessé la promotion de son livre le 7 janvier.

Ce qui n'a pas empêché les ventes de monter flèche. Plus de 120 000exemplaires vendus en France en quelques jours, révélait Le Figaro jeudi. Le numéro 1 des ventes toutes catégories.

Entre sublime et nauséabond

L'écrivain Emmanuel Carrère y a vu «un livre sublime» alors qu'à ses yeux, Houellebecq, qui a reçu en 2010 le prix Goncourt pour son excellent La carte et le territoire, est un romancier «plus puissant qu'Aldous Huxley ou George Orwell».

Pour le philosophe Alain Finkielkraut, Soumission met en scène «un avenir qui n'est pas certain, mais qui est plausible».

À l'autre bout du spectre, le directeur du Monde des livres, Jean Birnbaum, a dit de Soumission qu'il inspire «la nausée et la révolte».

Ce qui a agacé plusieurs commentateurs français est qu'on se demande si on doit voir un second degré dans cette fable politico-religieuse.

Surtout que Houellebecq a déjà tenu des propos controversés sur l'islam. «La religion la plus con, c'est quand même l'islam», avait-il lancé en 2001 dans une phrase qui lui avait valu une poursuite pour incitation à la haine.

Toujours en 2001, dans son roman Plateforme, il imagine un attentat perpétré par des islamistes contre des Occidentaux dans un bar de Thaïlande. Encore là, par une triste ironie du sort, une attaque semblable à celle décrite dans le livre a fait 180 morts à Bali en octobre 2002.

«Accélération de l'histoire»

En entrevue au magazine littéraire Paris Review, avant l'attentat du 7 janvier, Houellebecq assurait ne pas avoir écrit  Soumission dans un esprit de satire ou de provocation. «Je procède à une accélération de l'histoire, mais non, je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable.»

Après le silence suivant l'interruption de sa promotion, Houellebecq s'est livré dans une lettre au magazine les Inrockuptibles jeudi.

En plus de saluer la mémoire de son ami Bernard Maris, il réitère le droit fondamental à la liberté d'expression. «La liberté d'expression n'a pas à s'arrêter devant ce que tel ou tel tient pour sacré, ni même à en tenir compte. Elle a le droit de jeter de l'huile sur le feu», écrit-il.

Engouement à Québec

Vraisemblable, raciste ou génial? Les Québécois pourront se faire leur propre idée sur Soumission dont la parution est prévue mardi. Et ils seront visiblement plusieurs.

À la librairie Pantoute, la directrice générale Marie-Ève Pichette confirme que la demande est forte pour le dernier-né de l'enfant terrible des lettres françaises. Plusieurs réservations ont déjà été placées, mais difficile de dire exactement combien les librairies québécoises recevront d'exemplaires de Soumission parce que la France, dit-elle, en a gardé plus que prévu. Tout cet engouement exacerbé par le contexte très particulier amènera de nouveaux lecteurs à Houellebecq, croit Mme Pichette. «C'est sûr que des gens qui ne le lisent pas habituellement vont le lire. Et ils découvriront un bon écrivain.»

Houellebecq en cinq scandales

En 1998, c'est l'année fracassante autour du plus célèbre roman de Houellebecq, Les particules élémentaires, à qui l'on prédisait le Goncourt  qu'il n'aura pas. Le personnage Houellebecq, clope au bec, entre en scène. En bien ou en mal, tout le monde en parle, et on dénonce sa misogynie et sa vision sombre des relations amoureuses.

La revue de gauche Perpendiculaire, à laquelle il participe, décide de se séparer de l'écrivain, qui est aussi visé par la poursuite d'un camping «new age» qui n'a pas apprécié sa description dans le roman (poursuite perdue d'avance). Flammarion, l'éditeur de Houellebecq et de Perpendiculaire, cesse sa collaboration avec la revue, dont les auteurs ont signé une longue lettre contre les tendances nihilistes et réactionnaires de l'écrivain dans Le monde.

En 2001, alors qu'on l'accuse de faire la promotion du tourisme sexuel dans son roman Plateforme, Houellebecq sort en entrevue sa fameuse déclaration : «La religion la plus con, c'est quand même l'islam.» Il est poursuivi pour incitation à la haine, et sera relaxé par le tribunal correctionnel de Paris.

En 2005, la sortie de La possibilité d'une île lamine toutes les pages culturelles de la rentrée, au grand dam de certains, qui y voient une opération de marketing au bulldozer. D'aucuns diront que ce battage médiatique nuit à l'écrivain, qui n'aura toujours pas le Goncourt. Le livre ne connaîtra pas le même succès, et l'adaptation cinématographique est un échec.

En 2008, sa mère, Lucie Ceccaldi, dont il se plaît à dire en entrevue qu'elle est morte et qu'il décrit dans ses romans comme une «baby-boomer» irresponsable, publie le livre L'innocente, dans lequel elle règle ses comptes avec son fils. «Avec Michel, on pourra commencer à se reparler le jour où il ira sur la place publique, ses Particules élémentaires dans la main, et qu'il dira : "Je suis un menteur, je suis un imposteur, j'ai été un parasite, je n'ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m'ont entouré. Et je demande pardon."» Malaise.

Le 7 janvier 2015, le jour même de la parution de son roman Soumission, dans lequel il imagine une France dirigée par un parti musulman, a lieu le massacre à Charlie Hebdo, dont il fait la couverture. Abondamment précédé d'une critique mitigée, alors que le roman a fait l'objet d'une fuite sur Internet, Michel Houellebecq suspend la promotion de son livre et annonce qu'il quitte la France pour une destination inconnue. La Presse

Souvenirs du Festival d'été 2000

Si Michel Houellebecq l'écrivain est connu mondialement, le Houbellebecq chanteur l'est beaucoup moins. Enfin, chanteur, disons plutôt qu'il récitait ses poèmes sur des arrangements musicaux de Bertrand Burgalat sur son album Présence humaine, sorti en 2000. Un disque étonnant sur lequel la voix basse de Houellebecq campe un climat introspectif et inquiétant tout en mettant en valeur sa poésie sur le sombre sort du genre humain. Cet album, l'écrivain l'avait transporté sur la scène du parc de la Francophonie lors du Festival d'été, le 12 juillet 2000. Le lendemain, il récitait ses vers au défunt D'Auteuil. Un spectacle étrange, sans interaction avec le public, avait écrit le journaliste du Soleil Pierre-Paul Noreau dans sa critique de l'époque. «Michel Houellebecq joue-t-il à cultiver un personnage à la limite de la schizophrénie ou appréhende-t-il vraiment le monde en dissemblable?» pouvait-on lire. Quinze ans plus tard, ces questions se posent toujours sur la bibitte Houellebecq.  Valérie Gaudreau

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