Valérie Lesage: du deuil à la lumière

Même si le roman porte sur des thèmes... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Même si le roman porte sur des thèmes plutôt sombres, il est traversé par une essentielle  lumière, un espoir en fin de course.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Partout ici il y a la vie qui danse dans des statues de bronze alors que, moi, je suis un corps de chair qui bouge avec l'impression d'être mort comme l'hiver.» C'est avec des images semblables, qui juxtaposent les oeuvres d'art, les émotions et les paysages, que Valérie Lesage brode son premier roman : Ne me tue pas si tu t'en vas.

L'auteure de Québec signe un livre qui se déploie comme une série d'arrêts sur images et de peintures romantiques qui défilent au gré des douleurs vives. Un roman du deuil, un road novel, où une jeune femme dévastée par la mort de son amant fuit dans les pays nordiques de la Norvège pour se perdre. Les chambres d'hôtel s'y succèdent comme autant d'endroits où s'échouer, mais différentes rencontres lui permettront de retrouver sa joie de vivre.

Ce sont les souvenirs d'un voyage bien réel, fait en 2002 pour un reportage sur la prévention du suicide, qui ont nourri l'écriture de Valérie Lesage. «Je voyageais seule et j'étais très imprégnée par les oeuvres d'art que je croisais, Le cri d'Edvard Munch, par exemple», indique-t-elle.

Des toiles de grands maîtres ont donc engendré des mots, et comme si écrire avait défoncé une digue, une fois le manuscrit terminé, Valérie Lesage s'est mise à peindre. «Il n'y avait plus de mots qui sortaient, raconte-t-elle, je vivais des choses difficiles et la peinture est devenue un exutoire salutaire.» Le cadeau d'un ex-amoureux, des pinceaux et des tubes de couleurs, a soudainement trouvé un nouvel intérêt. «Ça m'avait surprise, mais avec le recul ça a été un des plus beaux cadeaux de ma vie», constate-t-elle.

Dans le roman, justement, dessiner devient pour Satie (le personnage principal, hommage au compositeur du même nom) une manière de gérer sa colère, mais aussi de repartir à neuf dans un nouvel appartement, ou d'offrir un cadeau aux usagers d'un centre communautaire où elle s'implique. L'acte de peindre trouve plusieurs résonances.

Même si le roman porte des thèmes plutôt sombres, il est traversé par une essentielle lumière, un espoir en fin de course. «Se faire soleil», disait Daniel Boucher. «Mettre de petites étoiles dans les ciels noirs», ajoute Lesage.

Par déformation professionnelle peut-être, puisqu'elle a longtemps couvert la musique francophone, la mélomane a tissé une bande sonore à son récit en le ponctuant de références musicales. «J'ai même dû en retirer, note-t-elle. Il faut que quelqu'un puisse le relire dans 10 ans sans être dérangé par des choses qu'il ne connaîtrait pas. Du Charles Trenet ou du Neil Young, ça traverse le temps.»

Journaliste

L'auteure est journaliste pour le magazine Les Affaires, mais flirte avec la fiction depuis l'adolescence et publie depuis longtemps des poèmes dans le magazine français Chemins de traverse. «On dirait que faire de la poésie permet de préciser sa pensée et son univers», note-t-elle. Lorsqu'elle parle de ses lectures, Valérie Lesage cite les romans de Nancy Huston, d'Alexandre Jardin, de Nelly Arcan, de Marie-Sissi Labrèche et de Romain Gary parmi ceux qui l'ont profondément marquée, pour différentes raisons.

Ne me tue pas si tu t'en vas, le troisième ouvrage publié par JCL dans sa collection Primo roman, est son deuxième manuscrit et le premier à être publié par un éditeur. «En cours d'écriture, j'ai réalisé pendant une thérapie que j'avais été victime d'une agression sexuelle. Ça me donnait envie de régler des comptes, mon personnage prenait un côté plus revendicateur, et ça créait une rupture de ton. J'ai écrit en processus d'édition que ce sujet-là appartenait peut-être à un autre livre, pour plus tard», raconte l'auteure, qui a transformé ses démons en matière de création.Le besoin de parler de renaissance s'est imposé. «Quand j'ai commencé le livre, l'idée de la renaissance était un fantasme, mais maintenant, je suis en train de la vivre. Il y avait une partie de moi qui était morte, c'est peut-être pour ça que je parle de deuil, finalement», constate-t-elle.

Une toile en couverture

En cherchant des images pour la couverture de son roman, Valérie Lesage se sentait un peu découragée. «On arrivait vite au cliché de la fille au bord de l'eau», indique-t-elle. L'idée de proposer quatre de ses toiles à son éditeur s'est donc imposée et l'une d'elles, montrant le visage d'une jeune femme aux cheveux noirs et aux yeux turquoise, a fait consensus. «Le titre [Ne me tue pas si tu t'en vas] est un impératif, et le regard est un impératif aussi, comme si elle te parlait», souligne l'écrivaine.

Titre-chanson

Le titre du roman de Valérie Lesage, Ne me tue pas si tu t'en vas, ressemble à deux vers dans une chanson. L'idée a justement surgi alors que l'auteure écoutait le refrain de Tue-moi, de Dan Bigras, qui dit : «"Tu me tueras si tu t'en vas", c'est épouvantable de dire ça, c'est d'une dépendance affective immense!» souligne la journaliste, qui a longtemps couvert la musique francophone. Son titre voulait plutôt exprimer une délivrance plutôt qu'une dépendance, puisque l'héroïne voyage pour passer à travers le deuil de son amant.

Un reportage en exergue

En 2002, Valérie Lesage s'est rendue en Finlande et en Norvège pour voir comment le Québec pouvait s'inspirer de leur politique de prévention du suicide. Son roman est dédié à Michael Sheehan, un ancien juge de la Cour du Québec, que l'auteure a connu par son travail de journaliste et qui est devenu un ami. «Sans lui, je ne serais probablement jamais allée en Norvège. Le côtoyer dans ses activités de prévention m'a montré à quel point l'authenticité et la solidarité peuvent faire la différence», explique l'auteure.

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