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Lumières d'Afrique: toutes les couleurs du continent noir

Agou Ba, 10 ans, saute d'un sac de... (Normand Blouin)

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Agou Ba, 10 ans, saute d'un sac de sable à l'autre. Ces trottoirs improvisés sont partout dans la banlieue inondée.

Normand Blouin

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(Québec) Le blanc est la teinte obtenue en mélangeant la lumière de toutes les couleurs. La journaliste Sophie Langlois et le photographe Normand Blouin pourraient répondre que le continent noir contient toute la lumière et toutes les couleurs du monde.

Après six ans à sillonner l'Afrique d'un bout l'autre, en étant basée à Dakar, au Sénégal, la correspondante pour Radio-Canada, son conjoint et leur fils ont été rapatriés à Montréal. Sophie Langlois a continué de couvrir le continent à distance, à coups de cinq ou six voyages par année. «Je suis restée un peu sur ma faim, parce que, chaque fois que j'allais quelque part pour une nouvelle, je tenais à faire au moins un reportage pour couvrir le combat et les victoires des gens dans leur vie quotidienne», indique-t-elle.

D'où le désir de faire un livre, qui rassemblerait des histoires de bâtisseurs et de battantes, qui luttent les mains et le ventre vides, mais arrivent à changer leur monde. Elle y raconte l'Islam des Maliens, les 50 000 petits mendiants talibés, le combat des femmes violées au Congo, l'histoire du plongeur obsédé par les dégâts écologiques devenu ministre de l'Environnement au Sénégal, et bien d'autres récits de reportages parallèles. Le style est simple, limpide, incisif, mais également très sensible et personnel. «Mes premiers jets ressemblaient à de longs articles, j'ai dû apprendre à écrire au "je"», note l'auteure.

Se qualifiant de «bête politique avant tout», la journaliste qui a couvert la colline parlementaire et a été correspondante à Washington, le centre du monde riche et développé, a vécu une série de chocs culturels en mettant les pieds dans certains des pays les plus pauvres de la planète. «Aller en Afrique pour sauver le monde, c'était un peu un rêve de jeunesse. Et j'y crois encore, ça me tient à l'abri du cynisme», glisse-t-elle.

Les sujets abordés dans Lumières d'Afrique ne sont pas nécessairement faciles, d'où la volonté d'accompagner les textes d'images lumineuses qui montrent une autre Afrique. Ses écrits sont rassemblés en moins de 100 pages au centre du volume, entre deux cascades de photos de Normand Blouin (lire l'autre texte). L'auteure y revisite ses reportages africains en faisant des recoupements, délaissant l'ordre chronologique au profit d'une approche par thèmes. Celle-ci, beaucoup plus riche, permet de comprendre bien des problématiques qu'une lecture assidue des actualités internationales ne parvient pas à éclaircir. En plus, on trouve des fiches instructives et des données sur les pays d'Afrique les plus abordés dans l'ouvrage.

Exercice complexe

Si Lumières d'Afrique était l'occasion pour le couple de conjuguer leurs regards sur le continent qui les a adoptés, l'exercice s'est avéré complexe, puisqu'ils ne travaillent pas ensemble sur le terrain. Alors que maman part avec son caméraman, papa reste derrière pour s'occuper de l'enfant. Illustrer chaque texte équitablement devenait impossible, même si la journaliste s'est appliquée à choisir des histoires porteuses de thèmes que le photographe a abordés dans son travail. «Finalement, photos regroupées au début et à la fin ce qui a permis de choisir les meilleures. Même si avec le montage final est qu'on n'a plus des photos qui vont à côté du texte qui leur correspond, mais ça fait un plus bel objet», soutient Mme Langlois.

On trouve toutefois des renvois au texte sous certaines photos, ce qui incite le lecteur à faire des allers-retours dans le livre, un mode de lecture actif plutôt intéressant.

Si elle avait un autre livre à faire sur l'Afrique, Sophie Langlois y rassemblerait toutes les success stories de gens d'affaires qu'elle a rencontrés. «L'Afrique qui émerge économiquement, l'Afrique moderne, étonne», indique-t-elle, en citant en exemple le boum économique à Luanda, la capitale de l'Angola, «un hallucinant Dubaï africain», illustre-t-elle.

Lumières d'Afrique, éditions Cardinal, 240 pages, 39,95 $ en librairie.

Diatou va chercher l'eau dans son jardin transformé... (Normand Blouin) - image 2.0

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Diatou va chercher l'eau dans son jardin transformé en mare d'eau stagnante.

Normand Blouin

Dans l'oeil du photographe

Dans la préface de Lumières d'Afrique, Boucar Diouf qualifie Sophie Langlois et Normand Blouin de toubab bou galé, un terme utilisé par les Wolofs du Sénégal pour désigner les Blancs qui sont devenus presque indigènes à force de fréquenter et de discuter avec les locaux.

Même s'il devait la plupart du temps demeurer dans les alentours de Dakar, pour prendre soin de leur fils Henri, un petit Haïtien que le couple a adopté alors qu'il demeurait à Washington, Normand Blouin a pu réaliser des reportages sur de nombreux sujets étant photographe entre autres pour Reuters, la Croix-Rouge et l'UNICEF.

Son long séjour africain lui a permis de recueillir des images sur l'agriculture, les réfugiés, le sport, les coutumes, les animaux... «Lorsqu'on est un photographe étranger dans un nouveau pays, tout nous interpelle, on voit des photos à tous les coins de rue», souligne M. Blouin.

Lentement, l'Afrique a transformé son oeil, et sa manière de voir la vie. «J'ai détecté beaucoup de tolérance, de patience et d'abnégation. J'étais mieux quand je suis revenu que quand je suis parti.»

Beaucoup de ses photos présentées dans Lumières d'Afrique montrent des rituels, où les gens se parent et se rassemblent. «C'est très pieux, mais c'est un Islam très tolérant», note le photographe, qui a aussi voyagé au Moyen-Orient pour un projet photo sur la religion. Il prévoit d'ailleurs y retourner bientôt.

Des visages africains sur l'Ebola

Sophie Langlois s'est retrouvée à faire la promotion de son livre peu de temps après son retour d'Afrique pour couvrir la propagation et les ravages du virus Ebola, «un des plus gros drames qui a frappé l'Afrique», souligne-t-elle. Un coup du sort plutôt ironique, puisque Lumières d'Afrique visait justement à présenter une autre image du continent que celles des guerres, des famines et des épidémies.

«J'ai trouvé ça terrible qu'il ait fallu qu'un Blanc soit infecté au mois d'août pour qu'on s'intéresse à une épidémie qui avait déjà fait plus de 1000 morts, depuis six mois», déplore la journaliste, qui a pris l'avion sans hésiter dès qu'elle a eu le feu vert de ses patrons. «Je trouvais qu'il était important qu'on mette des visages africains sur une tragédie qui se déroule d'abord là-bas et qu'il faut combattre là-bas», explique l'éveilleuse de consciences.

Celle-ci a été éberluée par les messages contradictoires qui tentaient de rassurer la population occidentale tout en entretenant la peur : «En disant, par exemple, qu'un avion a atterri dans la partie non contaminée d'un aéroport... comme si le virus pouvait ramper sur le tarmac!» On peut suivre son blogue à l'adresse blogues.radio-canada.ca/correspondants/author/slanglois.

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