Simon Boulerice: tous transis de désirs

Chez Boulerice, vivre est une succession de petits... (Photothèque La Presse, Alain Roberge)

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Chez Boulerice, vivre est une succession de petits vertiges et d'intenses plaisirs, même dans les moments les plus anodins.

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(Québec) Le premier qui rira, dit le titre... On complète automatiquement la phrase de la comptine enfantine. Le nouveau roman du prolifique Simon Boulerice se construit justement à coup de face-à-face et de rires de toutes sortes, culminant sur une gifle magistrale, qui porte toute la déception d'un coeur floué.

Seulement cette année, Simon Boulerice a publié plusieurs ouvrages jeunesse (Edgar Paillette, Albert 1er, roi du rot, deux tomes de sa série M'as-tu-vu?), une pièce de théâtre (Peroxyde) et un roman, en plus de présenter plusieurs projets sur scène. «Pourtant, je n'ai pas une grande assiduité quand j'écris. J'écris vingt minutes, puis je danse, je lis ou j'écoute un documentaire, mais j'ai une certaine rigueur dans mon chaos. J'écris un peu tous les jours, et plusieurs projets de front», note-t-il.

Le goût de l'écriture est arrivé avant celui du théâtre dans sa vie, mais ses personnages ont des couleurs franches qui se prêteraient bien à la scène. Ils sont mâtinés de contradictions, pris dans une incapacité d'aimer à la hauteur de leur désir d'être aimés. Chez Boulerice, vivre est une succession de petits vertiges et d'intenses plaisirs, même dans les moments les plus anodins.

Narration à la 3e personne

Dans ses récits précédents, l'auteur se glissait dans la peau de ses personnages pour servir une prose près du journal intime. Dans Le premier qui rira, il parvient à transposer ce sentiment d'intimité avec une narration à la 3e personne. «J'ai voulu avoir plus de recul et vraiment écrire un roman, c'est-à-dire construire. J'ai échafaudé tout un plan qui était plus rigide qu'à l'habitude», indique l'auteur, acteur et danseur invétéré.

On suit trois personnages. Alice, la quarantaine, est caissière au Tigre Géant, mère de deux ados pleins d'hormones et adepte du Club du rire, où elle libère chaque mardi soir son rire généreux, sonore et inimitable. Gabriel, la trentaine, est un dramaturge homosexuel qui multiplie les amants et les perles de fantaisies quotidiennes, tout en travaillant à une adaptation psychologique des romans Archie. Xavier, pas encore dans la vingtaine, est quant à lui étudiant en cinéma décomplexé, éternellement en pyjama, obsédé par les maladies et les microbes.

Ceux-ci se côtoient peu, mais seront tous liés, d'une certaine façon. Notamment par un rapport particulier aux fluides corporels. «La salive, l'urine, le sperme, la sueur, c'est quelque chose qui est lié à l'envie et au désir. Mes personnages sont transis de désirs et le vivent tous différemment», explique Boulerice. «J'ai l'impression de créer des personnages qui sont plutôt banals a priori, mais qui ont des aptitudes ou des désirs un peu décalés. Je sens que l'être humain est comme ça.»

Celui-ci consacre une large part du roman à décrire les habitudes intimes - et parfois honteuses - des personnages. «Je voulais mettre en lumière tout ce qu'on peut faire de laid quand on est seul, on vit seul ou on se sent seul», note-t-il. Leur sexualité, et leur rapport au charnel, est justement profondément solitaire. Mais même la solitude la plus exacerbée est porteuse de lumière, chez Boulerice. Elle est synonyme d'autosuffisance, de temps pour soi, de pied de nez à l'ennui.

À l'ère numérique

L'histoire se déroule à l'ère des identités numériques multipliées, des sites de rencontre qui permettent de se magasiner un amant dans sa ville en temps réel et des pourriels de riches héritiers qui voudraient tous nous céder leur fortune. Le roman inclut donc des profils du site Gay411, des conversations Facebook et des pourriels (et une réponse magnifiquement drôle de Xavier, qui se fait un devoir de répondre à chacun d'eux de manière courtoise et sans équivoque). 

Ces incursions dans l'ordinateur nous permettent également d'avoir accès au processus créatif de Gabriel, qui transpose certains éléments de sa vie dans sa fiction sur les personnages d'Archie. Le dramaturge donne une voix lyrique à ces adolescents coincés dans un éternel triangle amoureux, dépourvus de sexualité et au discours frivole et léger. L'exercice est des plus intéressants.

Boulerice ne se complaît pas dans la description d'un milieu hip et cosmopolite et truffe son roman de références populaires, voire kitsch. «Ma mère adorait aller au Dollarama ou au Tigre Géant, et je voyais le bonheur qu'elle éprouvait. Elle écoutait Claude Barzotti, ou Marie-Denise Pelletier, et je chantais avec elle, par amour», raconte-t-il. Le plaisir «coupable» est un concept totalement impossible pour le jeune auteur sans tabous. «À 17 ans, je cachais mes albums de Whitney Houston en dessous de ceux de Radiohead, mais maintenant, je suis en paix», illustre-t-il.

Même si la vie de ses personnages ne va pas spécialement bien, il réussit à mettre l'accent sur les moments de lumière dans leur journée. Comme les fameuses rencontres du Club du Rire, où les participants s'appliquent à multiplier les rires en onomatopées et à construire des «cathédrales de rire» allongés sur le dos. Une expérience que Boulerice a tenu à faire. «C'était surtout des madames, et à force d'y aller j'ai développé l'impression que c'était le moment où elles pouvaient se décharger de quelque chose, et tomber dans la légèreté. Et j'étais sincèrement ému.»

Sa manière de percevoir le vol d'identité, un autre thème qui traverse tout le roman, découle elle aussi d'une expérience personnelle. «Le personnage fictif de Kim Laurin [qui a été l'objet de plusieurs chroniques de Patrick Lagacé, dans La Presse], c'est exactement ce dont le roman parle, comment n'importe qui peut se créer une identité et connecter réellement et intimement avec d'autres via cet avatar.»

Simon Boulerice, Le premier qui rira, Leméac, 288 pages

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