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Faillite de La courte échelle: des droits d'auteur «pris en otage»

L'auteure Annie Groovie... (Photo Isabelle Clément)

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L'auteure Annie Groovie

Photo Isabelle Clément

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) À quelques jours de la fin de la période de soumission pour le rachat des actifs des éditions La courte échelle, une de ses auteures les plus populaires, Annie Groovie, a lancé un cri du coeur sur Facebook. «Imaginez qu'on ait pris en otage ce que vous aviez de plus précieux. C'est comme ça que je me sens», écrit celle qui a créé, il y a 12 ans, un petit cyclope en bonhomme allumette prénommé Léon, qui fait fureur auprès des jeunes.

Depuis que La courte échelle s'est placée en faillite, le 10 octobre, quelque 500 auteurs et illustrateurs vivent dans le flou. Non seulement 132 d'entre eux réclament des redevances impayées pour les années 2013 et 2014 (Annie Groovie en fait partie), mais plusieurs s'inquiètent de voir leur échapper leurs droits d'auteurs, qu'ils croyaient pourtant récupérer en cas de faillite. C'est écrit noir sur blanc dans les contrats de droits d'auteur au Québec, qui s'appuient sur la Loi provinciale sur le statut professionnel des artistes.

«Après la faillite, mon avocat m'a dit que je reprenais mes droits. Ça me consolait, je me disais qu'au moins, j'allais pouvoir faire quelque chose avec ça», explique Annie Groovie, en entrevue avec Le Soleil.

Or, le syndic Raymond Chabot, responsable de la liquidation des actifs de la maison d'édition spécialisée dans la littérature jeunesse, a jeté une douche froide lors d'une réunion d'information, en apprenant aux auteurs et illustrateurs que la Loi fédérale sur la faillite prévaut, et qu'elle invalide ainsi la clause de leurs contrats. «Comment ça se fait que des avocats, qu'on a payés cher pour vérifier nos contrats, ne le savaient pas? Même l'Union des écrivains, qui nous fournit des contrats types, ne savait pas ça. Pourquoi cette loi-là existe-t-elle au Québec si elle est invalidée par celle du fédéral?» s'interroge l'artiste.

«Mariage forcé»

Les droits d'auteur des oeuvres déjà publiées iront donc au nouvel acheteur. «C'est comme si c'était un mariage forcé. On ne sait pas avec qui on va se retrouver, et on n'a aucun droit de regard. Un éditeur, ça se choisit. C'est ma carrière qui est en jeu. Il y a des jours où je suis vraiment en panique», témoigne-t-elle. «J'avais une façon de travailler avec La courte échelle, j'avais toute ma liberté de création et d'action. C'est comme ça que je travaille depuis toujours. Je ne suis pas sûre que je vais pouvoir retrouver ça», poursuit-elle. 

L'auteure entretient toujours l'espoir de tomber entre de bonnes mains, chez un nouvel éditeur qui voudra aller dans la même direction qu'elle pour continuer de développer l'univers de Léon, notamment à l'échelle internationale. «Mais ça pourrait être assez dramatique, aussi. Il y a quelque 500 auteurs qui étaient à La courte échelle depuis 35 ans. Il y a plein de titres là-dedans qui ne verront plus le jour. Il n'y a pas une autre maison d'édition qui pourra reprendre tout ça, il y en a trop», estime-t-elle.

Il lui reste l'option de tenter un rachat de ses livres et de ses droits auprès du syndic, mais la valeur monétaire des droits d'auteur est très difficile à estimer. Sa cinquantaine de titres jeunesse se vend très bien. «Comme je suis créancière, je peux moi aussi faire une offre. Je voudrais faire une offre juste sur mes choses à moi, mais en ce moment, c'est le lot qu'ils vendent. De toute façon, je peux difficilement compétitionner contre les grandes maisons d'édition», résume-t-elle.

La ministre Hélène David a déclaré la semaine dernière que le gouvernement viendrait en aide aux auteurs, mais Annie Groovie doute que les choses bougent assez vite de ce côté pour qu'elle puisse retrouver ses droits avant la date butoir de vendredi. «On va payer pour les prochains. C'est sûr qu'ils vont régler ça éventuellement, la ministre est sur le cas, mais je ne sais pas ce qu'elle va réussir à faire et combien de temps ça prendra. Si ce n'est pas rétroactif, il sera trop tard pour nous», constate-t-elle.

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