Kim Thùy: révéler la beauté du monde

Alors qu'elle entame sa cinquième année comme auteure,... (Photo: Martin Chamberland, archives La Presse)

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Alors qu'elle entame sa cinquième année comme auteure, Kim ThÙy est en pleine écriture d'un troisième roman, qu'elle étoffe au fil de ses périodes d'attente dans les aéroports.

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(Québec) Lorsque Kim Thùy a aperçu un champ de coquelicots entre l'aéroport Charles-de-Gaulle et Paris, elle a été bouleversée par ce petit miracle. «Vous ne voyez pas les déchets qui traînent tout autour?» lui a fait remarquer le chauffeur de taxi. Elle les voyait aussi. Mais Kim Thùy est de ces êtres qui choisissent de voir les éclats de beauté dans le magma gris du monde.

Depuis qu'elle est toute jeune, elle fait de son mieux pour éviter les abysses. «Et si jamais on y tombe, notre regard pendant la chute devrait être tourné vers le ciel», illustre-t-elle. Dans ses livres à la prose économe et délicate, Kim Thùy raconte des variations de sa propre histoire, marquée par la traversée de l'océan dans la cale d'un bateau, par un nouveau pays et par une nouvelle langue.

Elle a tout aimé de ses multiples carrières - qui semblent toutes, étrangement, et si disparates soient-elles, l'avoir menée vers l'écriture. «Si je n'avais pas été avocate, je n'aurais pas le souci de précision, de concision et d'exactitude dans l'écriture. Sans avoir fait de la cuisine, je n'aurais pas appris la patience», indique Thùy, qui a aussi développé  ses sens et le plaisir de donner et de faire du bien lorsqu'elle était restauratrice. 

L'écriture: une autre étape?

L'écriture est-elle son ultime destination, ou une autre étape du parcours? «J'ai lâché prise, je n'ai aucun contrôle sur ce qui se passe dans la vie», répond sagement l'auteure. Ses carrières ont toutes duré cinq ans, mais Kim Thùy n'en a pas fait une règle absolue... Alors qu'elle entame sa cinquième année comme auteure, elle est en pleine écriture d'un troisième roman, qu'elle étoffe au fil de ses périodes d'attente dans les aéroports. Car ses deux premiers romans, Ru et Man, continuent d'être traduits et primés dans de nombreux pays. 

Cette nouvelle histoire mettra toujours de l'avant une héroïne vietnamienne quittant son pays pour le Québec. «Autant les deux premiers livres parlent beaucoup de femmes, alors les personnages masculins sont plus secondaires, autant cette fois le livre sera porté par les personnages masculins», annonce l'auteure. L'héroïne aura quatre frères aînés, un père absent et plusieurs amants, qui agiront comme des révélateurs de ses désirs et de sa personnalité. «Un peu comme le liquide qui fait que la photo se révèle, à partir du négatif», souligne Thùy.

Cette idée que le noir révèle mieux la lumière qu'une avalanche de couleurs l'a frappée en visitant une exposition de Pierre Soulages, il y a quelques années, à Paris. Alors que l'amour et la sensualité ont toujours fait partie intégrante de sa démarche d'auteure. 

«Je peux construire un récit autour d'un poème, d'un mot, d'une image, d'une idée que j'aime, autour d'une bouche que j'ai vue. L'écriture, pour moi, est toujours motivée par un sentiment amoureux.»

Lorsqu'elle écrit, elle n'a qu'un désir : partager avec les lecteurs la beauté de ce qu'elle voit. «Je ne réinvente rien, je ne crée rien. Je n'ai aucune imagination», assure-t-elle.

Pourtant, ses histoires touchent de nombreux lecteurs de toutes les cultures, et semblent avoir particulièrement plu à la royauté. Le prince de Roumanie, la princesse Caroline de Monaco et tout récemment la reine du Danemark ont tous craqué pour Ru, alors que Kim Thùy vient de terminer une tournée en Italie pour Man

En tournée, dans des pays où elle ne comprend pas la langue et où elle n'a souvent même pas le temps de changer son argent en devises locales, elle se sent «comme une valise ou comme un enfant», prise en charge, ballottée joyeusement d'une entrevue et d'un événement à l'autre.

Même si le français n'est pas sa langue maternelle, elle en est devenue le fier porte-étendard. «Chaque mot que je possède en français est devenu un trésor, parce qu'il a été acquis au prix de beaucoup d'efforts. Je porte le français comme un cadeau.»

Des mots qui sonnent

Pour sa Carte blanche à Québec en toutes lettres, Kim Thùy partagera deux de ses amours littéraires avec le public.

Pascal Janovjak, d'abord, avec qui elle a cosigné À toi, un recueil des lettres qu'ils se sont échangées après leur rencontre à Monaco. Tous deux y étaient nommés pour un prix littéraire. Entre la Vietnamienne qui a grandi au Québec et le Suisse né d'un père Slovaque et d'une mère française et établi en Palestine, ça a cliqué. «Nos rythmes d'écriture fonctionnaient parfaitement, faisaient vraiment écho à l'autre», indique Thùy, qui dit éprouver un sentiment de félicité en lisant son collègue.

La correspondance débute sans que chacun des auteurs ne connaisse le travail de l'autre. «J'ai voulu lui envoyer une copie de Ru [son premier livre], mais il m'a expliqué que c'était impossible, puisque tous les colis étaient ouverts aux frontières et ne parvenaient pas à leur destinataire», raconte l'écrivaine.

Leur ouvrage commun a été publié peu avant le printemps arabe. «J'ai l'impression qu'on était à un tournant de l'histoire de l'humanité où la technologie est en train de changer notre façon de gouverner et de gérer les frontières. Nous n'avons pas pu nous envoyer des livres physiques, mais grâce à la technologie nous avons pu écrire un livre ensemble. C'est fou.»

Pour la soirée d'ouverture du festival littéraire, les comédiens Serge Bonin et Alexandrine Warren ont choisi et liront des extraits de cette correspondance. Kim Thùy racontera l'histoire derrière les mots choisis, en réagissant sur le coup, de manière spontanée.

La soirée inclura aussi une performance du slameur David Goudreault, un autre coup de coeur de l'écrivaine. «Pour moi, les mots ne sont pas plus importants que l'histoire d'un livre, mais lorsqu'on sait les faire chanter comme David le fait, ça nous rentre directement dans le ventre. Il a un rythme différent et sublime, plus complexe que le mien», note-t-elle. 

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